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Revers majeur pour les Russes : explosions sur le croiseur Moskva, l'Ukraine dit l'avoir frappé
La Russie a subi un de ses plus gros revers dans son offensive contre l'Ukraine avec l'incendie et l'évacuation du croiseur Moskva, son vaisseau amiral en mer Noire, que l'armée ukrainienne affirme avoir frappé avec des missiles de croisière au moment où les défenseurs de Marioupol mènent une lutte acharnée.
Ce navire lance-missiles de 186 mètres de long a été "gravement endommagé" par un incendie qui a provoqué l'explosion de munitions et son équipage de plus de 500 hommes a dû être évacué, a annoncé dans la nuit le ministère russe de la Défense.
Les autorités ukrainiennes ont pour leur part affirmé avoir frappé avec des missiles de croisière ce bâtiment amiral de la flotte russe de la mer Noire basée à Sebastopol en Crimée.
"Des missiles Neptune qui protègent la mer Noire ont causé d'importants dégâts à ce navire russe", a affirmé le gouverneur de la région d'Odessa, sur la mer Noire, Maxime Martchenko.
Ses propos ont été confirmés par le porte-parole de l'administration militaire de cette ville portuaire ukrainienne, Serguiï Bratchouk.
La mise hors service de ce bâtiment emblématique, construit en 1983 en URSS, portant le nom de la capitale russe et précédemment engagé dans la campagne russe en Syrie, constituerait un camouflet majeur pour l'armée russe. Elle interviendrait en effet après la destruction fin mars d'un navire de guerre russe dans le port de Berdiansk, sur la mer d'Azov, et celle d'un dépôt de carburant à Belgorod, en Russie, que les Russes ont attribuée à une attaque héliportée ukrainienne effectuée à 40 km en territoire ennemi
Le conseiller de la présidence ukrainienne Oleksiy Arestovytch a en outre ironisé sur le fait que le Moskva était le fameux "Navire militaire russe" qui, intimant de se rendre au début de la guerre à une poignée de militaires ukrainiens en poste sur une petite île de la mer Noire, s'était vu répondre par radio : "Navire militaire russe, va te faire foutre !".
L'enregistrement de cet échange avait fait le tour du monde et servi de leitmotiv à la résistance ukrainienne, apparaissant même sur des pancartes au cours de manifestations de soutien à l'étranger.
- Armes lourdes américaines -
Avant même l'annonce des explosions sur ce croiseur, la Russie, dont l'offensive massive annoncée dans le Donbass (est), après son échec dans ses efforts pour s'emparer de Kiev, n'a toujours pas commencé et qui peine à prendre le contrôle total de Marioupol, un port stratégique du sud-est de l'Ukraine, a menacé de frapper des "centres de prise de décision" à Kiev, accusant les Ukrainiens d'attaques contre son territoire.
"Nous voyons des tentatives de sabotage et de frappes des forces ukrainiennes sur des cibles sur le territoire de la Fédération de Russie", a déclaré Igor Konachenkov, le porte-parole du ministère russe de la Défense.
Le gouverneur de la région russe de Briansk, a ainsi accusé jeudi l'Ukraine d'avoir bombardé un village à 10 km de la frontière, y faisant des blessés.
"Si de tels événements se poursuivent, des frappes seront menées par l'armée russe sur des centres de prise de décision, y compris à Kiev, ce que l'armée russe s'est retenue de faire jusqu'à présent", a mis en garde le porte-parole du ministère, sans préciser si cette expression désignait exclusivement des cibles militaires.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est resté depuis le début de la guerre retranché avec son administration dans le centre de la capitale, forçant le respect dans le monde entier et intervenant par lien vidéo face aux Parlements de nombreux pays occidentaux, notamment afin de réclamer des livraisons d'armements lourds qui font défaut pour résister à la puissance de feu des Russes.
Joe Biden, qui s'y refusait jusqu'à présent de crainte de s'engager dans une escalade militaire avec Moscou, a accédé mardi à cette demande, promettant à son homologue ukrainien une nouvelle aide militaire massive, de 800 millions de dollars, comprenant des blindés et des canons de longue portée.
Défendant la décision d'armer l'Ukraine, la diplomatie américaine a confirmé l'accusation de "génocide" portée lundi par le chef de la Maison Blanche, estimant que "c'est une décision intentionnelle prise par la Russie et par ses forces de détruire l'Ukraine et sa population civile".
Le président français Emmanuel Macron, publiquement interpellé par Volodymyr Zelensky sur son refus d'utiliser le mot "génocide", a souligné de son côté que "les Etats qui considèrent que c'est un génocide se doivent par les conventions internationales d'intervenir".
"Est-ce que c'est ce que les gens souhaitent ? Je ne crois pas", car ce serait "devenir cobelligérant", a-t-il affirmé.
- "Marioupol reste ukrainienne" -
C'est à Marioupol, une ville initialement peuplée d'un demi-million d'habitant, assiégée et pilonnée depuis plus d'un mois par l'armée russe, que pourrait être enregistré dans l'immédiat le plus lourd bilan humain de cette guerre.
Le gouverneur de la région a parlé de 20-22.000 morts, les témoignages font état d'une situation catastrophique et de corps jonchant les rues mais la bataille n'est pas finie.
Le maire de Marioupol, Vadim Boïtchenko, a ainsi démenti jeudi la prise par les forces russes de sa zone portuaire, annoncée la veille par le ministère russe de la Défense.
"Les Russes déploient de nouvelles forces, mais nous tenons la ligne et Marioupol reste une ville ukrainienne, ce qui rend la Russie furieuse", a-t-il affirmé.
"Il est clair que l'armée russe a commis des milliers de crimes de guerre dans cette ville", a-t-il ajouté, demandant à "la communauté internationale de faire preuve d'humanité en créant des couloirs humanitaires pour sauver des vies".
Sur place, des journalistes de l'AFP embarqués avec les forces russes ont vu les ruines calcinées de cette cité que les Ukrainiens disent "détruite à 90%".
L'Ukraine a annoncé jeudi une reprise des évacuations de civils via neuf couloirs humanitaires, notamment à partir de Marioupol.
La conquête de cette ville serait une victoire importante pour les Russes car elle leur permettrait de consolider leurs gains territoriaux côtiers le long de la mer d'Azov en reliant la région du Donbass, en partie contrôlée par leurs partisans, à la Crimée que Moscou a annexée en 2014.
Si certains experts jugent sa chute inévitable, les militaires ukrainiens continuent de résister, les combats se concentrant désormais dans sa gigantesque zone industrielle.
Les bombardements continuent également dans la partie orientale de l'Ukraine, où ils ont provoqué la mort de sept personnes ces dernières 24 heures à Kharkiv, une ville du nord-est aussi assiégée depuis le début de l'invasion russe.
Kiev a appelé la population de ces régions à fuir au plus vite de peur d'une grande offensive russe imminente pour le contrôle total du Donbass, que les troupes ukrainiennes et leurs ennemis séparatistes prorusses se partagent depuis 2014.
Des analystes considèrent que le président russe Vladimir Poutine, embourbé face à la résistance acharnée des Ukrainiens, veut obtenir une victoire dans le Donbass avant le défilé militaire du 9 mai marquant sur la Place Rouge la victoire soviétique sur les nazis en 1945.
L'Ukraine est devenue une véritable "scène de crime", a de son côté jugé mercredi à Boutcha, près de Kiev, le procureur de la Cour pénale internationale, le Britannique Karim Khan.
Des centaines de corps, selon les autorités ukrainiennes, ont été découverts fin mars, dans cette ville qui est devenue le symbole des atrocités imputées aux forces russes, Moscou niant pour sa part toute exaction.
Autour de la capitale comme ailleurs, les autorités ukrainiennes disent chaque jour trouver des cadavres dans les zones dont les Russes se sont retirés.
C'est dans ce contexte que le chef de la diplomatie irlandaise Simon Coveney se rend à Kiev jeudi pour s'entretenir avec le gouvernement ukrainien.
T.Bondarenko--BTB