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Face aux "trophées" ukrainiens, des Russes partagés entre admiration et angoisse
Des blindés d'une douzaine de pays de l'Otan, des drones, des lance-roquettes: la foule se presse mercredi pour voir les "trophées" rapportés d'Ukraine et exposés au parc de la Victoire de Moscou, avec un mélange d'admiration, de patriotisme mais aussi de peur face à ce conflit qui s'éternise.
En ce 1er mai férié et ensoleillé, beaucoup sont venus en couple, en famille ou en groupe, découvrir, dès le premier jour de cette exposition, une quarantaine de blindés et transports de troupes de toutes tailles: parmi les "trophées" les plus photographiés, un char américain Abrams sérieusement endommagé, un Leopard 2 allemand, ou encore un AMX-10 français.
Les panneaux explicatifs sont purement techniques - dimensions, année de conception, portée des armements... Leur provenance exacte n'est pas précisée, sinon qu"ils viennent globalement des régions ukrainiennes annexées de Donetsk, Lougansk, Kherson ou Zaporijjia.
L'un des militaires chargés de guider les visiteurs, Andreï Lioubtchikov, énonce l'objectif de cette exposition devant durer un mois: "montrer que, comme pendant la Grande Guerre patriotique, la Seconde Guerre mondiale (face aux Nazis), nos combattants résistent (aujourd'hui), face à l'Occident et sa technologie, et gagnent".
Dans un effort de comparaison entre l'Allemagne nazie et les Occidentaux soutenant l'Ukraine, il précise que l'exposition - organisée dans le parc de la Victoire dédié aux victimes de la Seconde Guerre mondiale - s'inscrit dans la lignée d'une présentation des trophées nazis des années 1943-48, sous Staline, qui s'était tenue au célèbre parc Gorky, au centre de Moscou.
A l'approche du 9 mai, la fête de la Victoire sur Hitler dont Vladimir Poutine a fait un marqueur essentiel de la puissance retrouvée de la Russie, de nombreux visiteurs semblaient apprécier le parallèle.
A l'instar du discours officiel martelé depuis février 2022 sur les "nazis ukrainiens", Dmitri Pervoukhine, 75 ans, estime que Moscou a eu tort de ne pas agir de façon "décisive" contre les "nazis ukrainiens" dès 2014, lors de l'annexion de la Crimée.
Mais ce militaire retraité se montre rassuré de voir que les Russes peuvent s'emparer de chars Abrams. "Ca veut dire qu'on peut les battre. La Russie a beaucoup de potentiel, (...) alors que les Occidentaux tablent sur notre faiblesse".
Si les visiteurs interrogés par l'AFP se sont tous montrés de fervents supporters de l'armée russe, plusieurs n'ont pas caché leur angoisse face à une "opération militaire spéciale", qui dure depuis bientôt deux ans et demi, et pour laquelle les autorités ne fournissent jamais aucun bilan.
- Exposition "effrayante" -
Denis Donskoï, 21 ans, étudiant en sciences, dit notamment ressentir un mélange d'"admiration et de peur" en voyant tous ces blindés.
"Quand je vois ça, j'admire les actions de nos soldats, leur courage, leur volonté, mais j'ai peur aussi et je crains pour leur vie. J'espère que tout cela finira bien".
"C'est terrible de voir un engin comme ça, qui avance, qui tire. Il n'apporte pas la paix," dit aussi Alexeï, 29 ans, ingénieur informaticien qui préfère taire son nom de famille.
Marina et Andreï Novik-Zolotov, venus avec leurs enfants de 4 et 11 ans, ont beau avoir le sourire aux lèvres, ils ne cachent pas leur inquiétude.
Marina, 34 ans, se dit "patriote", "fière" de voir les soldats russes "continuer le combat contre le fascisme". Mais "c'est quand même la guerre, c'est très dur, les gens meurent", ajoute-t-elle.
Son mari Andreï, 37 ans, lui aussi dit trouver l'exposition "effrayante", bien qu'il la juge "très importante, pour montrer aux gens que la guerre n'est pas lointaine, mais très proche".
Aucun doute pour ce couple que le conflit est loin d'être terminé.
"On ne parle pas d'un an, ni de deux, ni de cinq. C'est pour très longtemps", prédit cet informaticien. "Si on considère que ça dure déjà depuis une trentaine d'années (depuis la fin de l'URSS, ndlr), ça ne peut pas se terminer comme ça".
F.Pavlenko--BTB