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Présidentielle au Venezuela: un candidat de l'opposition dans la rue, un autre sur les bulletins
Sur la plateforme-arrière d'un camion, au plus fort de son discours, la leader de l'opposition Maria Corina Machado déroule devant la foule une affiche avec la photo d'Edmundo Gonzalez Urrutia : "Nous avons un candidat" pour la présidentielle au Venezuela.
Inéligible, elle reste le visage et l'âme de la campagne contre Nicolas Maduro qui brigue un troisième mandat de 6 ans le 28 juillet prochain.
Plus de deux millions de personnes ont voté pour Mme Machado lors de la primaire de l'opposition mais elle a été écartée de la course à la présidentielle, le pouvoir l'ayant déclarée inéligible pour 15 ans, accusée de corruption et de trahison.
Ancien ambassadeur, Edmundo Gonzalez Urrutia, illustre inconnu de 74 ans, a donc été propulsé candidat officiel de la coalition de l'opposition Plateforme unitaire démocratique (PUD), forcée de faire un choix rapide dans le labyrinthe juridico-électoral.
Son nom sera sur les bulletins et sur les machines électorales, mais la candidate en campagne, c'est bien elle.
Depuis des semaines, l'ancienne députée de 56 ans sillonne inlassablement le vaste pays (près d'un million de km2) en voiture, parce que les autorités lui interdisent de prendre l'avion. Menant une campagne de proximité, elle visite hameaux, villages, répétant partout que l'heure du "changement" est arrivée.
A Maracaibo, berceau de l'exploitation pétrolière vénézuélienne et capitale de l'État de Zulia frontalier de la Colombie, dans le plus grand collège électoral du pays, des milliers de personnes sont venues l'écouter.
Mme Machado se fraye un chemin parmi la foule, qui l'étreint, l'embrasse, l'encourage, l'acclame.
Dans cette région en crise -- l’industrie pétrolière s'y est effondrée --, elle promet d'être "la présidente de tous les Vénézuéliens", bien que formellement elle ne soit pas la candidate.
M. Gonzalez n'est pas encore apparu en public et communique peu sur les réseaux, laissant le champ libre à Mme Machado qui s'évertue à présenter partout sa photo à la foule.
"C'est un homme bon, sérieux et honnête. Et c'est pourquoi je veux vous demander que le 28 juillet nous allions voter avec énergie", lance-t-elle. "Nous allons gagner, nous allons balayer (le pouvoir) ! "Nous allons libérer le Venezuela !"
A cette injonction, la foule lui répond en choeur : "On est prêts".
- L'officiel et le terrain -
La Cour suprême a confirmé en janvier inéligibilité de Mme Machado qui a toujours réfuté toutes les accusations et critique une justice aux ordres.
La PUD a ensuite vainement tenté d'enregistrer auprès du Conseil national électoral (CNE) une première candidature, celle de Corina Yoris, une universitaire inconnue portant le même prénom que Mme Machado. Mais la tâche lui a été rendue impossible.
Dans l'urgence, la PUD a ensuite inscrit "provisoirement" M. Gonzalez.
Faute d'autres options possibles, la PUD a donc été contrainte de valider le choix de cet opposant reconnu et compétent, qui n'a jamais brigué de mandat électoral et affectionne le travail de l'ombre plutôt que le feu des projecteurs.
"Quand M. Gonzalez a accepté la responsabilité, il était clair ce que chacun pouvait apporter" à la lutte pour conquérir le pouvoir, dit Mme Machado vendredi à l'AFP.
"Ils (pouvoir) pensaient qu'en me bloquant la route, les gens diraient +on s'arrête là+ mais, c'est le contraire qui s'est produit. Les gens me disent +je voterai pour celui que vous me direz+", explique-t-elle, "reconnaissante" de "la grande confiance" qui lui est faite.
"C'est comme s'il y avait des jumeaux : la porte-parole d'un côté (Mme Machado) et le vrai candidat de l'autre (Gonzalez)", estime Jesus Castillo-Molleda du cabinet Polianalitica.
Le politologue Nicmer Evans partage le même avis : "Nous avons un candidat officiel et un candidat de terrain. Edmundo Gonzalez est le garant de la participation et de l'unité stratégique, tandis que Maria Corina (Machado) est la leader des masses qui parcourt le pays pour mobiliser".
Bien que le visage de Machado monopolise la campagne, certains participants au rassemblement de Maracaibo portent des T-shirts et des casquettes avec pour slogan "Edmundo por todo el mundo".
"Nous savons que le candidat est Edmundo Gonzalez Urrutia, mais le leader de l'opposition est Maria Corina Machado", dit Javier Atencio, présent au rassemblement de Maracaibo. "Quel que soit le candidat désigné par Maria Corina, tout le Venezuela votera pour lui".
E.Schubert--BTB