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Macron à Berlin pour une visite d'Etat en pleine campagne des européennes
Emmanuel Macron a entamé dimanche une visite d'Etat de trois jours en Allemagne pour réaffirmer la force du couple franco-allemand et tenter de dépasser des différends qui pèsent à l'heure de défis européens majeurs, de la guerre en Ukraine aux rivalités commerciales.
L'avion présidentiel s'est posé en début d'après-midi à l'aéroport de Berlin.
Première étape pour le président français : la "Fête de la démocratie", dans le quartier du gouvernement, qui célèbre le 75e anniversaire de la Constitution allemande d'après-guerre. Emmanuel Macron, seul chef d'Etat étranger invité, et le président Frank-Walter Steinmeier y dialogueront avec des jeunes.
Les deux dirigeants auront ensuite un entretien, suivi d'une conférence de presse et d'un dîner d'Etat au Château de Bellevue, résidence du président allemand.
Discours sur l'Europe, visite au Mémorial de l'Holocauste, prix pour la Paix et faste protocolaire... à moins de deux semaines des élections européennes, la visite s'annonce empreinte de symboles d'unité et d'amitié.
"On peut beaucoup gloser sur les vicissitudes du franco-allemand, mais il y a aussi une permanence, une profondeur des relations entre les deux peuples et c'est ce que cette visite d'État vient montrer", pointe l'Elysée.
A l'issue des européennes, où les nationalistes devraient encore gagner du terrain, l'UE se dotera d'un nouvel exécutif et déroulera ses priorités stratégiques pour les cinq années à venir.
Autant d'échéances durant lesquelles Paris et Berlin, moteurs de l'Europe, joueront un rôle majeur même si leurs dirigeants sont en perte de vitesse au plan intérieur.
- "Disruptif" -
Il s'agit de la première visite d'Etat - la plus élevée dans le rang protocolaire - d'un président français chez le grand voisin d'outre-Rhin depuis celle de Jacques Chirac en 2000.
Programmée initialement l'an dernier, elle avait dû être reportée en raison d'émeutes urbaines en France. Ironie du sort, Emmanuel Macron revient d'un voyage-éclair en Nouvelle-Calédonie, un territoire français du Pacifique-sud secoué à son tour par de violentes émeutes.
Berlin, Dresde (est) puis Münster (ouest) : Emmanuel Macron va aller à la rencontre de l'Allemagne dans sa diversité, notamment l'ex-RDA où la dernière grande visite d'un président français remonte à 1989, juste après la chute du Mur, avec François Mitterrand.
Les retrouvailles avec le chancelier Olaf Scholz n'interviendront que mardi même s'il devrait faire une apparition au dîner d'Etat, tout comme l'ex-chancelière Angela Merkel.
Mais le président social-démocrate Frank-Walter Steinmeier a aussi été ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier dans le gouvernement d'Angela Merkel.
De la guerre en Ukraine à la relation franco-allemande, les échanges avec le président français promettent donc d'être très politiques.
"Il apprécie beaucoup Emmanuel Macron pour son côté faire bouger les lignes, un peu +disruptif+", relève Hélène Miard-Delacroix, spécialiste de l'histoire de l'Allemagne à la Sorbonne.
- Compétitivité -
De quoi mettre peut-être de l'huile dans les rouages avant le conseil des ministres franco-allemand mardi et la rencontre avec Olaf Scholz dans un contexte toujours lourd de dissensions et malentendus.
Emmanuel Macron y fera le service après-vente de son discours de la Sorbonne, le 25 avril, dans lequel il a appelé les Vingt-Sept à un nouveau sursaut.
Face aux menaces de la Russie, au défi climatique et à la concurrence de la Chine et des Etats-Unis, "l'Europe peut mourir d'elle-même", a-t-il alors asséné en plaidant pour plus de défense, de compétitivité et de financements européens.
"Il faut une plus grande dynamique de croissance, en libérant les possibilités que nous avons sur notre marché des capitaux", a abondé dimanche Olaf Scholz lors d'un échange avec le public à la Fête de la démocratie.
Si le président et le chancelier s'accordent sur la nécessité de booster l'Europe face à la concurrence des deux géants mondiaux, ils restent en désaccord sur la place du nucléaire, la stratégie budgétaire, les accords commerciaux ou le degré de protectionnisme.
L'envoi potentiel de soldats en Ukraine évoqué par Emmanuel Macron a suscité une levée de boucliers en Allemagne.
"La relation franco-allemande, c'est se dire des désaccords et essayer de trouver des chemins de compromis", relève Hélène Miard-Delacroix.
Mais pour Olaf Scholz, à la réserve toute nordique, et Emmanuel Macron, prompt à bousculer les évidences, le chemin s'avère plus long qu'à l'accoutumée.
L.Dubois--BTB