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Macron à la rencontre de l'Allemagne de l'Est
Emmanuel Macron va saluer lundi à Berlin la mémoire des six millions de Juifs assassinés par les nazis et lancer depuis l'est de l'Allemagne un appel à la jeunesse pour plus d'Europe, à moins de deux semaines des élections européennes.
En visite d'Etat pour trois jours en Allemagne, le président français a planté le décor dès son arrivé dimanche : la démocratie est en "crise", bousculée par la "montée" des extrêmes, une "fascination pour l'autoritarisme", et il a appelé à se rendre aux urnes pour la "défendre".
Il poursuit ainsi depuis l'Allemagne sa campagne pour les européennes, alors que la liste de son camp est loin derrière celle du Rassemblement national (RN, extrême droite) dans les intentions de vote le 9 juin.
"Nous sentons que nous ne pouvons pas nous reposer sur nos acquis, mais que nous devons défendre ce qui nous est cher", a renchéri le président allemand Frank-Walter Steinmeier lors d'une conférence de presse commune.
Lundi matin, Emmanuel Macron et son épouse Brigitte, accompagnés du couple présidentiel allemand, visiteront l'imposant mémorial de l'Holocauste, au coeur de la capitale allemande.
L'occasion d'un moment de recueillement lourd de sens à l'heure où l'antisémitisme revient en force en Europe, alimenté par l'hostilité à l'offensive israélienne à Gaza en réaction à l'attaque du groupe islamiste Hamas contre Israël le 7 octobre.
- Ville martyre -
Emmanuel Macron décorera aussi le français Serge Klarsfeld et son épouse allemande Beate, qui ont traqué les nazis restés impunis après-guerre et contribué à la mémoire de la Shoah.
Ils sont aujourd'hui controversés pour leurs prises de position en faveur du RN de Marine Le Pen, dont ils saluent l'engagement contre l'antisémitisme, après avoir longtemps combattu la formation de son père Jean-Marie Le Pen, le Front national, fondé par des partisans du régime collaborationniste de Vichy.
M. Macron rejoindra ensuite Dresde (est), la capitale de l'Etat régional de Saxe, où il prononcera un discours en fin d'après-midi devant l'église Notre-Dame (Frauenkirche), symbole des tourments du 20e siècle.
L'édifice, détruit en février 1945 par des bombardements américano-britanniques, est resté à l'état de ruines durant le régime communiste de la RDA et a été reconstruit après la réunification allemande en 1990.
La ville de Dresde est également emblématique de la renaissance économique de cette partie de l'Allemagne de l'Est aujourd'hui connue sous le nom flatteur de "Silicon Saxony".
Mais l'ex-RDA est aussi une terre de conquête du parti d'extrême droite AfD (Alternative pour l'Allemagne), qui surfe sur la peur du déclassement et des étrangers dans ces régions longtemps coupées de l'Ouest.
Emmanuel Macron, premier président français à se rendre en Allemagne de l'Est depuis François Mitterrand en 1989, prendra la parole devant des jeunes Allemands, mais aussi des pays voisins, Tchèques, Polonais.
- "Ni vieux, ni jeune" -
"L'Est de l'Allemagne est en même temps le centre de l'Europe, une Europe qui, 20 ans après l'élargissement de l'UE à l'Est, est de plus en plus marquée par les expériences de l'Est européen", a souligné le président Steinmeier.
C'est-à-dire "les espoirs et, au plus tard depuis l'attaque brutale de la Russie contre l'Ukraine, les craintes de cette région", a-t-il pointé en saluant le choix de son homologue de s'y rendre.
Les deux présidents auront aussi une séquence à Dresde sur les moyens de renforcer la compétitivité de l'Europe face à la Chine et aux Etats-Unis, notamment en matière d'intelligence artificielle.
Mardi, le chef de l'Etat recevra le prix international de la paix de Westphalie à Münster (ouest) pour son "engagement européen", avant de retrouver le chancelier Olaf Scholz à Meseberg, près de Berlin, pour un Conseil des ministres franco-allemand.
Les deux tenteront de nouveau de mettre à plat leurs différends concernant le soutien à l'Ukraine, l'avenir de l'Europe, et de booster le couple franco-allemand, qui demeure le moteur de l'UE.
"Ce couple en est un, il n’est vieux ni jeune, il est vivant, exigeant, ambitieux pour nos deux pays, ambitieux pour notre Europe", a assuré Emmanuel Macron.
E.Schubert--BTB