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Le Pen met en garde contre "un coup d'État administratif", l'Elysée l'appelle au "sang froid"
Marine Le Pen a mis en garde mardi contre un "coup d'Etat administratif" du camp macroniste qui envisagerait, selon elle, une vague de nominations avant une éventuelle cohabitation, suscitant une ferme mise au point de l'Elysée qui l'a appelée à faire preuve de "sang froid".
"Il existe des rumeurs comme quoi le président de la République envisagerait demain (mercredi), c'est-à-dire à quatre jours du second tour, de nommer le directeur général de la police nationale, alors qu'il devait rester jusqu'à la fin des JO, et le directeur de la gendarmerie nationale", mais aussi "des dizaines de préfets", a expliqué la leader du Rassemblement national sur France Inter.
Une salve de nominations est prévue prochainement en Conseil des ministres, peut-être dès mercredi, selon plusieurs sources concordantes. Les patrons de la police et de la gendarmerie doivent aussi être remplacés car ils partent à la retraite et ont été maintenus en fonctions jusqu'à la fin des Jeux olympiques.
Pour la présidente des députés du parti d'extrême droite, "l'objectif" de telles nominations dans la précipitation serait "d'empêcher Jordan Bardella de gouverner le pays comme il le souhaite", si le RN remportait la majorité dimanche au second tour des législatives.
"C'est une forme de coup d'État administratif", a-t-elle estimé, tout en espérant "que ceci relève uniquement de la rumeur". Pour son allié Éric Ciotti, cela témoigne d'une "panique générale" pour "recaser les proches".
L'Élysée a diffusé une mise au point estimant "qu'être en responsabilité suppose du sang-froid et de la mesure".
"Elle fait des grands gestes, des grandes paroles pour essayer de masquer la panique qui est la sienne", a aussi réagi le Premier ministre Gabriel Attal en déplacement à Chartres.
La présidence accuse d'abord le RN d'aller vite en besogne en projetant l'arrivée de Jordan Bardella à Matignon, rappelant que seul le chef de l'Etat peut nommer un Premier ministre. "Ainsi qu'il l'a indiqué, il le fera après les élections législatives sur la base de la composition de l'Assemblée nationale que les Français auront élue", a-t-on expliqué dans son entourage.
- "Sujets d'anicroche" -
"Par ailleurs, l'article 13 de notre loi fondamentale indique que le chef de l'Etat nomme aux emplois civils et militaires tels les préfets lors du Conseil des ministres qu'il préside", a souligné l'Elysée. "Il y a depuis 66 ans chaque semaine des nominations et des mouvements, notamment l’été, indépendamment des moments politiques traversés par nos institutions, et il n'est aucunement prévu qu’une de ces dispositions puisse changer dans les prochains mois."
Selon des sources proches du dossier, on s'interrogeait avant la dissolution de l'Assemblée, au sommet de l'Etat, sur l'opportunité de procéder à ces nominations avant ou après les JO. Depuis la convocation des législatives anticipées, la question se posait de passer à l'acte avant le premier tour, dans l'entre-deux-tours, ou bien d'attendre après le scrutin.
Selon un proche d'Emmanuel Macron, "il n'y a pas de mouvement majeur" prévu mercredi, seulement des nominations "ordinaires". Ce qui laisserait supposer que la vague d'ampleur attendrait au moins la semaine prochaine.
Dans le cas de nominations importantes dès mercredi, un conseiller de l'exécutif estime que ce serait "logique".
"C'est de la prévention", "on pare à toutes les éventualités en cas de possibilité que le RN arrive en majorité absolue", reconnaît-il. "On protège à minima les institutions", ajoute ce conseiller.
Si le pouvoir de nomination relève du président, pour toute une série de grands commis de l'Etat, cela implique aussi un contreseing du chef du gouvernement ou des ministres.
En cas de cohabitation, cela confère de facto au chef de l'Etat "un droit de veto", affirme Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l'université Paris II, rappelant que "des nominations avaient été longtemps reportées" lorsque François Mitterrand était à l'Elysée et Jacques Chirac à Matignon.
En cas de cohabitation entre Emmanuel Macron et un gouvernement RN, "je pense qu'il y aurait des tractations importantes", renchérit la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina, de l'Université de Rouen.
Marine Le Pen s'est déjà insurgée contre la volonté, exprimée par le président, de désigner Thierry Breton pour un nouveau mandat au sein de la Commission européenne, estimant que cette prérogative doit revenir au gouvernement sorti des urnes.
F.Müller--BTB