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Au Vatican, le tailleur des gardes suisses compose la "mosaïque" des uniformes
Mètre-ruban autour du cou, Ety Cicioni fait glisser un tissu aux tons vifs sous l'aiguille de sa machine à coudre: depuis 25 ans, le tailleur de la garde suisse pontificale confectionne avec passion leurs uniformes chamarrés.
"Il y a 25 ans, cela me semblait presque impossible, mais on finit par savoir le faire par cœur. Malgré le nombre de pièces, c'est comme une mosaïque que je construis automatiquement", confie à l'AFP ce quinquagénaire au front dégarni dans son atelier, situé dans la caserne de la plus vieille armée du monde, au coeur de la cité du Vatican.
Sur les murs, des photos encadrées des derniers papes semblent observer les futures tenues, entre tables à repasser, paires de ciseaux et bobines de fil alignées sur les étagères.
Ces dernières semaines, les essayages se multiplient: tout doit être prêt pour la cérémonie de prestation de serment de la nouvelle promotion, vendredi, lors de laquelle une trentaine de citoyens suisses - obligatoirement célibataires et catholiques - âgés de 19 à 30 ans s'engageront à assurer la sécurité du pape pendant au moins 26 mois.
"A partir de l'arrivée des nouvelles recrues, nous n'avons qu'un mois pour confectionner l'uniforme avant qu'ils ne débutent leur service", explique M. Cicioni, assisté de seulement trois collaborateurs pour tailler sur mesure trois tenues pour chaque garde: l'une d'hiver, l'autre d'été et la dernière de nuit.
Composé de guêtres, d'un pantalon bouffant et d'une veste à col blanc, le célèbre uniforme de gala à rayures bleues, jaunes et rouges est réalisé à partir d'un tissu provenant de la ville de Bielle, dans le Piémont (nord-ouest de l'Italie), réputée pour la qualité de ses textiles. L'assemblage des 154 pièces nécessite 39 heures d'un minutieux travail.
- Jusqu'au cercueil -
Mais "il y a aussi les choses du quotidien", s'empresse de préciser M. Cicioni. "Un garde qui fait un accroc, un bouton qui tombe, un crochet cassé: on s'occupe aussi de ces petites urgences", sourit-il en allusion à la fragilité de l'uniforme.
La tenue des hallebardiers, immortalisée par les touristes du monde entier aux alentours de la place Saint-Pierre, a évolué depuis la création de la Garde suisse en 1506 par le pape Jules II.
Au cours des siècles, l'uniforme a subi les sursauts de l'Histoire, avec tantôt plus de rouge, tantôt davantage de noir. Le modèle actuel, redessiné par le colonel suisse Jules Repond, date de 1914.
Pour des jeunes hommes d'une vingtaine d'années, le port de cet habit à la mode Renaissance peut représenter une expérience déroutante. "Au début, ils mettent 15 ou 20 minutes pour s'habiller... Il y a tellement de boutons qu'ils ne savent pas comment faire, donc il faut les mettre à l'aise", plaisante le couturier.
Entré dans le métier "à la suite d'une série de coïncidences" en 1997, sous Jean Paul II, il a vu évoluer ce métier artisanal qui requiert autant de patience que de technicité.
"Nous essayons de moderniser le processus parce que, bien sûr, les techniques changent et chacun apporte la sienne", relève celui qui travaille chaque jour vêtu d'un élégant costume-cravate.
Outre les uniformes, il a tissé au fil du temps un lien "d'amitié" avec les gardes. "Lorsque je suis arrivé, nous avions pour habitude de sortir tous ensemble. Aujourd'hui, la relation a changé, mais il y a un grand respect", précise-t-il, se disant admiratif du "sacrifice" que représente leur engagement.
A leur départ, les gardes se doivent de restituer l'uniforme, à moins d'avoir fait plus de cinq ans de service. "Dans ce cas, il peuvent l'emporter, mais ils n'en deviennent pas propriétaires". Après le décès, l'uniforme doit être rendu... ou accompagner le défunt dans son cercueil.
S.Keller--BTB