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Ukraine: intensification des combats dans l'Est, avertissements de Moscou à la Suède et la Finlande sur l'Otan
L'Ukraine s'attendait lundi à une intensification de l'offensive des forces russes dans l'est du pays, où elles n'ont progressé que lentement jusqu'ici, tandis que Moscou avertissait des conséquences "considérables" d'une adhésion de la Suède et de la Finlande à l'Otan.
"On se prépare à de nouvelles tentatives de la Russie d'attaquer dans le Donbass", pour "intensifier son mouvement vers le sud de l'Ukraine", a indiqué le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans une vidéo dimanche soir.
Plusieurs responsables occidentaux, notamment les services de renseignement militaire britanniques, ont souligné ces derniers jours que l'offensive russe dans l'est de l'Ukraine avait "perdu de son élan" et ne parvenait pas à des gains territoriaux substantiels.
Malgré les appels répétés des autorités ukrainiennes à évacuer la ville de Lyssytchansk, séparée de Severodonetsk uniquement par la rivière Siversky Donets et régulièrement bombardée, plus de 20.000 civils - sur une population de 100.000 avant-guerre - sont toujours là, selon des volontaires qui distribuent de l'aide dans la région.
"Je pense que les gens ne saisissent pas entièrement la situation", a déploré Viktor Levtchenko, un policier tentant de les convaincre d'évacuer. "Nous devons esquiver les bombardements et traverser des zones très dangereuses pour arriver jusqu'à eux, les nourrir et essayer de les évacuer."
Le transfert de forces russes vers le Donbass semble avoir contribué à la reprise par les Ukrainiens de la région au nord de Kharkiv, deuxième ville du pays. Le ministère ukrainien de la Défense s'est félicité lundi que ses forces aient pu "continuer à expulser les Russes" de cette région frontalière, publiant sur son compte Facebook une vidéo de soldats ukrainiens devant un poteau-frontière peint aux couleurs de l'Ukraine, jaune et bleu.
Le ministère russe de la Défense a néanmoins affirmé que ses forces avaient, dans la nuit de samedi à dimanche, tiré des "missiles de haute précision" sur des "points de commandement" ukrainiens dans cette région, notamment à Tsapivka. Ainsi que sur des dépôts d'armement dans les régions de Donetsk et Lougansk.
- "Grave erreur" de Helsinki et Stockholm -
Moscou s'efforce par ailleurs de reprendre l'initiative sur un autre front, celui de l'élargissement probable de l'Otan à la Finlande et la Suède, deux pays que l'invasion russe de l'Ukraine lancée le 24 février a poussés à renoncer à des années de non-alignement militaire.
Les candidatures de la Suède et de la Finlande à l'Otan constituent une "grave erreur", dont "les conséquences auront une portée considérable", a affirmé lundi le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov. "Pour nous, il est clair que la sécurité de la Suède et de la Finlande ne sortira pas renforcée par cette décision", a-t-il martelé, relevant que "le niveau de tension militaire (allait) augmenter".
Moscou avait notamment justifié son attaque de l'Ukraine par son rapprochement avec l'Otan et le soutien politique, diplomatique et militaire de celle-ci à Kiev. La Russie estime que l'Alliance posait une menace "existentielle" pour sa sécurité.
Le parti social-démocrate au pouvoir en Suède a donné son feu vert dimanche à une candidature à l'Otan, peu après que l'exécutif finlandais eut annoncé sa volonté d'adhérer à l'Otan. Lundi, les parlements finlandais et suédois devaient débattre de la candidature de leurs pays respectifs à l'Alliance. De larges majorités étaient assurées dans les deux chambres, prélude à un dépôt de candidature officiel en milieu de semaine.
Ces candidatures sont la preuve "qu'une agression ne paie pas", a jugé le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jens Stoltenberg, en assurant que l'Otan était prête à renforcer les "garanties de sécurité" pour ces deux pays.
Il s'est aussi dit "confiant" dans la possibilité pour les pays de l'Alliance de trouver un compromis avec la Turquie, qui avait la semaine dernière manifesté son hostilité à l'adhésion de la Suède et de la Finlande.
A l'issue d'une réunion des chefs de la diplomatie des pays de l'Otan dimanche à Berlin, la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a affirmé que les pays de l'Alliance, individuellement, ne relâcheraient pas leurs efforts "en particulier en matière d'assistance militaire" à l'Ukraine.
Après une visite en Allemagne, le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba a salué, dans une vidéo dimanche, l'évolution de la position de Berlin, désormais prêt à livrer des armes lourdes à Kiev.
"Le jour où je suis arrivé à Berlin, il y avait une formation pour des soldats ukrainiens à l'utilisation d'artillerie automotrice allemande de 155 mm", a déclaré M. Kouleba. "Bientôt, ces Howitzer automoteurs frapperont l'ennemi. Un précédent a été créé. L'obstacle psychologique (à la fourniture d'armes lourdes à l'Ukraine) a été surmonté", a-t-il affirmé.
- Renault Russie nationalisé -
Alors que M. Kouleba retrouvait lundi ses homologues de l'Union européenne à Bruxelles, pour discuter notamment de nouvelles sanctions contre la Russie, les effets de ces mesures inédites se font de plus en plus sentir.
La Commission européenne a annoncé lundi avoir abaissé de 1,3 point sa prévision de croissance économique pour la zone euro en 2022, à 2,7%, et augmenté de 3,5 points sa prévision d'inflation, à 6,1%, à cause du conflit.
Les sanctions ont notamment poussé le groupe automobile français Renault, leader en Russie avec 45.000 employés, et la marque Lada qu'il avait commencé à redresser après huit ans comme actionnaire majoritaire, à vendre ses actifs à l'Etat russe, première nationalisation d'ampleur depuis l'offensive russe en Ukraine.
La marque au losange a indiqué dans un communiqué avoir cédé sa participation majoritaire (67,69%) dans le groupe Avtovaz au NAMI, l'institut russe de recherche et de développement des automobiles et des moteurs. Le ministre russe du Commerce et de l'Industrie avait indiqué fin avril que la transaction se ferait pour "un rouble symbolique", ce que Renault n'a pas voulu confirmer.
La direction du groupe avait déjà annoncé qu'elle allait passer au premier semestre une provision de 2,2 milliards d'euros environ en raison de cette vente.
Le marché russe s'est effondré avec le conflit ukrainien, et les usines du groupe tournaient au ralenti, voire pas du tout, en raison de la pénurie de composants importés provoquée par les sanctions.
burx-cat/uh/mba
C.Meier--BTB