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En Iran, la Prix Nobel de la paix Mohammadi temporairement libérée
L'Iranienne Narges Mohammadi, Prix Nobel de la paix et incarcérée à Téhéran depuis novembre 2021, a été libérée de prison temporairement mercredi pour raison médicale, selon son avocat.
Âgée de 52 ans, la militante a été maintes fois condamnée et emprisonnée depuis 25 ans pour son engagement contre le voile obligatoire pour les femmes et contre la peine de mort.
Elle a passé une large partie de la dernière décennie en prison.
Selon ses proches, la Nobel de la Paix, toujours "déterminée" et "combative" malgré son "état de santé fragile", est sortie la prison d'Evin à Téhéran en scandant "Femme, Vie, Liberté", le slogan du mouvement de révolte populaire en Iran.
"La première chose qu’elle m’a dit c’est qu’elle est sortie sans le voile obligatoire et qu’elle avait un seul mot à la bouche: +Femme, vie, liberté+", a raconté son fils Ali, âgé de 18 ans, lors d'une conférence de presse à Paris. Lui et sa sœur jumelle Kiana n'ont pas vu leur mère depuis 2015, et n'ont eu aucun contact avec elle depuis deux ans.
"La deuxième, et c’est le plus important, c’est qu’elle continuera à se battre sans relâche contre la République islamique d’Iran pour que l’apartheid de genre soit reconnu comme un crime universel dans le monde entier, et qu’elle continuera à se battre également contre la peine de mort", a ajouté le jeune homme.
Selon son comité de soutien, elle se trouve désormais dans une résidence privée où elle est pour l'heure libre de ses mouvements.
Dans la matinée, son avocat iranien Me Mostafa Nili avait annoncé que la Prix Nobel de la paix s'était vue octroyer une suspension temporaire de sa peine de prison de trois semaines.
"La raison de sa libération est son état physique après l'ablation d'une tumeur et une greffe osseuse réalisées il y a 21 jours", a ajouté Me Nili sur le réseau social X, bloqué en Iran.
- "Insuffisant" -
La libération temporaire de Narges Mohammadi est "insuffisante", a réagi depuis Paris son comité de soutien, évoquant de "nombreuses pathologies pulmonaires et cardiaques", en plus de sa récente opération.
"Après une décennie d'emprisonnement, Narges a besoin de soins médicaux spécialisés dans un environnement sûr", a déclaré la fondation Narges Mohammadi dans un communiqué.
De plus, ces trois semaines de "permission" ne seront "pas décomptées de sa peine de prison, ce qui montre bien encore une fois qu’aucune concession n’est accordée à Narges Mohammadi", a déploré son époux, Taghi Rahmani, qui intervenait à la conférence de presse en visio depuis l'étranger.
Selon ses soutiens, sa libération n'a d'ailleurs été possible qu'au prix d'une caution de 8,5 milliards de toman (environ 75.000 euros).
A Oslo, le comité Nobel norvégien a exhorté mercredi les autorités iraniennes à libérer définitivement la lauréate du prix 2023.
"Nous demandons aux autorités iraniennes de mettre un terme définitif à son emprisonnement et de veiller à ce qu'elle reçoive un traitement médical adéquat pour ses maladies", a dit le président du comité Nobel, Jørgen Watne Frydnes.
- Combative en prison -
Narges Mohammadi purge une peine dans le quartier des femmes de la prison d'Evin dans le nord de Téhéran, avec une cinquantaine de prisonnières.
Considérée comme une "détenue d'opinion" par Amnesty International, cette femme élégante aux cheveux bouclés noirs n'a jamais cessé le combat depuis la prison, d'où elle fait régulièrement sortir des messages.
Emprisonnée, elle n'avait pas pu recevoir le Nobel qui lui avait été attribué pour son combat contre la peine de mort.
En juin, la militante iranienne a été condamnée à une nouvelle peine d'un an de prison pour "propagande contre l'État".
Elle avait refusé d'assister à l'audience de son procès après avoir demandé, sans succès, que celui-ci soit ouvert au public.
Début novembre, elle avait soutenu une étudiante iranienne arrêtée après s'être dévêtue en public devant une université à Téhéran.
En mars, la militante avait diffusé un message audio dans lequel elle dénonçait une "guerre à grande échelle contre les femmes" dans la République islamique. Elle bataille aussi derrière les barreaux contre les violences sexuelles en détention.
En Iran, les femmes sont tenues de respecter un code vestimentaire strict les obligeant notamment à dissimuler leurs cheveux dans les lieux publics depuis la Révolution islamique de 1979.
L'Iran a été secoué par un mouvement de contestation inédit après la mort de Mahsa Amini en 2022, arrêtée par la police des mœurs pour non-respect du strict code vestimentaire.
La répression du mouvement a fait plusieurs centaines de morts et provoqué l'arrestation de milliers de personnes, selon des ONG.
O.Krause--BTB