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Allemagne: virage à droite des conservateurs favoris des élections
Economie, social, immigration: les conservateurs allemands, favoris pour remporter les législatives de février, ont dévoilé mardi un programme résolument à droite, se présentant comme l'antithèse des sociaux-démocrates du chancelier Scholz.
"Notre programme électoral est le contre-projet du gouvernement (sortant, ndlr) qui a échoué", a affirmé le chef de l'opposition allemande, Friedrich Merz, président de la CDU depuis 2022 après une carrière d'avocat d'affaires.
"Continuer comme cela n'est pas une option", a-t-il ajouté, fustigeant la politique de l'ancienne coalition de centre-gauche.
Or, au vu des sondages, le scénario de gouvernement le plus probable est une alliance entre les conservateurs emmené par M. Merz, et les sociaux-démocrates d'Olaf Scholz qui a perdu lundi, comme il l'escomptait, la confiance des députés, ouvrant la voie à un scrutin anticipé le 23 février.
S'ils veulent diriger ensemble la première économie européenne, menacée de récession pour la deuxième année consécutive, les deux camps devront adoucir leurs positions, au risque sinon de voir s'éterniser leurs discussions pour former un gouvernement.
La tâche s'annonce ardue : les mesures présentés par M. Merz et son allié bavarois de la CSU, Markus Söder, marquent une rupture avec la voie centriste suivie par Angela Merkel, ancienne cheffe de la CDU, pendant ses seize années passées à la tête de l'Allemagne.
Et de son côté, le SPD du très impopulaire Olaf Scholz opère un virage à gauche espérant regagner les faveurs des électeurs, en se posant comme le champion d'un Etat social protecteur pour les plus vulnérables.
Pour relancer l'économie allemande, les conservateurs veulent que "travailler dur vaille à nouveau la peine", promettant des baisses d'impôts pour les actifs et ceux qui gagnent le plus.
- Contre la dette "potion magique" -
Ils veulent détricoter l'allocation citoyenne (Bürgergeld), réforme phare du gouvernement de Scholz bénéficiant aux chômeurs de longue durée, jugée trop coûteuse et qui n'inciterait pas à la reprise d'un emploi.
Les sociaux-démocrates, quant à eux, promettent de passer le salaire minimum à 15 euros de l'heure, contre 12,82 en 2025. Ils veulent également rendre les cantines gratuites dans tous les jardins d'enfants et les écoles.
S'opposant clairement à un assouplissement des règles d'endettement prôné par M. Scholz pour faire des investissements afin de relancer l'économie, les conservateurs mettent en garde: "les dettes ne sont pas une potion magique avec laquelle on règle les problèmes".
Ils plaident pour un maintien du frein à la dette, mécanisme ancré dans la constitution qui plafonne les nouvelles dettes, tandis que les sociaux-démocrates veulent en revanche le réformer "modérément".
S'il sont remontés contre le SPD, les conservateurs le sont encore plus contre les écologistes de l'actuel ministre de l'Economie Robert Habeck, candidat à la chancellerie.
Les Verts vont "encore plus loin sur le chemin d'une fiscalité forte et des dettes élevées", a asséné M. Merz. "Ce n'est pas notre politique", a-t-il dit, concluant que ces derniers s'éloignaient ainsi "de toute possibilité de coopération" avec le camp conservateurs pour gouverner le pays.
- "Ni woke, ni genrée" -
Sur l'immigration, l'alliance CDU/CSU porte une "ligne dure", comme l'a souligné le ténor bavarois Markus Söder.
Promettant une politique de "law and order" (la loi et l'ordre), qui ne sera "ni à gauche, ni woke, ni genrée", M. Söder a appelé les électeurs qui seraient tentés par l'extrême droite à ne pas voter pour l'AfD, crédité actuellement de la deuxième place dans les sondages. "Ce n'est pas une alternative", a-t-il dit.
Sur l'énergie, les conservateurs veulent garder la possibilité de relancer le nucléaire, alors que les dernières centrales atomiques du pays ont été fermées au printemps 2023 par le gouvernement de Scholz.
C'est sur la politique étrangère que sociaux-démocrates et conservateurs pourraient se rejoindre le plus facilement: ils prônent un maintien durable des dépenses de défense à au moins 2% du PIB, conformément aux ambitions de l'Otan, et un soutien à l'Ukraine aussi longtemps que nécessaire.
Le SPD rejette l'idée de livrer à Kiev des missiles longue portée Taurus, tandis que les conservateurs ne les mentionnent pas dans leur programme, même si M. Merz s'y était dit auparavant a priori favorable.
C.Meier--BTB