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Retailleau déroule sa politique pour maîtriser l'immigration
"La régularisation n'est pas un droit" pour les sans-papiers : le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau lance concrètement sa politique de "maîtrise" de l'immigration via de nouvelles consignes plus strictes qui suscitent d'ores et déjà des remous.
"Cette maîtrise de l'immigration est absolument fondamentale" et la régularisation "n'est pas un droit automatique, mais une mesure exceptionnelle", a jugé lors d'un déplacement à la préfecture des Yvelines le locataire de la place Beauvau vendredi, au lendemain de la diffusion d'un nouveau texte encadrant ces régularisations.
Le ministre LR, qui a fait de la lutte contre l'immigration sa priorité, exige avec cette nouvelle circulaire adressée aux préfets de mettre fin aux "régularisations à tour de bras" avec application immédiate.
Si le texte ne change pas à proprement parler les critères pour obtenir cette "admission exceptionnelle au séjour" (AES), ce tour de vis met fin à la circulaire de son prédécesseur Manuel Valls qui laissait une marge de manœuvre aux préfets et pouvaient dénouer certaines situations en dérogeant au règles classiques des régularisations.
La circulaire qui encadre l'accès aux titres de séjour des étrangers en situation irrégulière permettait ainsi depuis 2012 de régulariser quelque 30.000 personnes chaque année pour motif familial, économique, ou étudiant à "titre exceptionnel".
Pourquoi une nouvelle circulaire ? "Depuis la précédente (...) en décembre 2012, beaucoup de choses ont changé", selon le ministre de l'Intérieur, rappelant que "le droit" et "plusieurs lois immigration" ont été votées depuis. "Je voulais aussi simplifier. La circulaire Valls, c'était douze pages, 27 critères. La nouvelle circulaire, c'est trois pages", a-t-il poursuivi.
"Si on veut diminuer cette immigration, notamment illégale, il ne faut pas régulariser de façon trop quantitative, parce que (sinon) on donne une prime à l'irrégularité, à ceux qui ont fraudé", a insisté le ministre.
Interrogé par la presse, il a refusé de préciser les objectifs chiffrés: "Une circulaire donne des repères avec des critères. Si on donnait un chiffre à l'avance, on trahirait l'esprit d'une circulaire, (qui) deviendrait attaquable", a-t-il plaidé.
S'il n'a pas obtenu du Premier ministre une nouvelle loi sur l'immigration, comme il le souhaitait, Bruno Retailleau montre qu'il n'entend pas abandonner pas ce sujet, au coeur de son action, avec des premières mesures concrètes, quitte à braquer.
- "Un affront à nos valeurs" -
"Je pense qu'on va trop loin", a déploré le député Ensemble pour la République (EPR) Roland Lescure. "Je pense qu'il faut vraiment se méfier de la caricature", a-t-il ajouté.
"C'est un affront à nos valeurs républicaines. C'est un boulevard offert aux idées et aux politiques du RN", a réagi la députée LFI Claire Lejeune.
Ce resserrement inquiète également les entreprises alors que le dispositif permettait à des patrons qui peinent à recruter de fidéliser leurs employés en les régularisant.
Dans un communiqué, l'Umih (première organisation professionnelle dans l'hôtellerie-restauration), demande "une reconnaissance au niveau national de nos métiers dans la liste des métiers en tension", qui justifieraient une régularisation, selon un communiqué.
Dans cette nouvelle circulaire, la durée recommandée pour régulariser un travailleur sans papiers a été allongée à sept ans de présence en France contre cinq auparavant, voire parfois trois ans.
En outre, les critères de régularisation pour motifs familiaux (résider depuis cinq ans en France et avoir un enfant scolarisé depuis au moins trois ans, notamment) ont disparu dans le nouveau texte.
Le ministre prévoit par ailleurs une prochaine circulaire sur les naturalisations, "avec le même objectif".
Celui qui avait tenté de durcir en vain, lorsqu'il était patron des LR au Sénat, la précédente loi immigration, bénéficie d'un contexte mondial de durcissement des politiques migratoires, notamment avec la montée des partis d'extrême droite.
Ces nouvelles restrictions "ne vont pas manquer de plonger plus encore de personnes dans une précarité qui concerne et effraie un nombre croissant de Français", a réagi la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS).
Pour la Cimade, une association d'aide aux migrants, "ce texte participe au renforcement de la machine à bannir et à expulser les personnes étrangères" et dénonce "un pouvoir d'arbitraire (renforcé) qu'ont les préfectures".
L.Janezki--BTB