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France: incertitude politique et fin des JO ont conduit la croissance dans le rouge fin 2024
L'économie française s'est contractée de 0,1% au quatrième trimestre, subissant le contrecoup des JO de Paris en pleine crise politique, mais elle a progressé comme prévu de 1,1% en 2024.
Sur les trois derniers mois de l'année, l'évolution du PIB est ressortie en deçà de la prévision de l'Insee. Celui-ci s'attendait à une croissance nulle pour la deuxième économie de la zone euro, en cette période marquée par la chute du gouvernement Barnier qui a privé la France de budget pour 2025.
"Au-delà de la fin mécanique de l'effet positif lié aux Jeux olympiques, le ralentissement en fin d'année souligne la nécessité d'adopter un budget pour mettre fin aux incertitudes et restaurer la confiance des ménages et des entreprises", a commenté le ministre de l'Economie, Eric Lombard.
Depuis jeudi, sept députés et sept sénateurs sont réunis en commission mixte paritaire (CMP) pour tenter de s'entendre sur une version commune du budget de l'Etat, une étape cruciale qui pourrait déboucher sur un examen du texte à l'Assemblée nationale lundi, avec à la clé sans doute le premier 49.3 de François Bayrou et un risque de censure.
Ces incertitudes ont aussi ébranlé la confiance des investisseurs, comme en témoigne le creusement de l'écart entre les taux d'emprunt français et allemand à 10 ans. Le taux français dépasse maintenant ceux de l'Espagne et du Portugal, naguère mauvais élèves de la zone euro.
- Consommation modérée -
Sur l'ensemble de 2024, avec une hausse de 1,1% conforme aux prévisions et similaire à 2023, la France a toutefois fait mieux que l'Italie (+0,5%) et l'Allemagne en récession pour la deuxième année d'affilée (-0,2% sur l'année comme au quatrième trimestre), mais bien moins que l'Espagne (+3,2%).
Entre octobre et décembre en France, le PIB a été marqué par le ralentissement de la consommation des ménages (+0,4% après +0,6%) notamment en services, alors que celle-ci avait soutenu la hausse de 0,4% du PIB observée au troisième trimestre.
Cette consommation s'est toutefois doucement redressée depuis le début 2024, sur fond de repli marqué de l'inflation qui a redonné du pouvoir d'achat. Cependant, plutôt que des achats, celui-ci vient aussi renforcer leur épargne.
Les investissements ont reculé de 0,1%, moins fortement que durant l'été (-0,3%): ceux des entreprises ont stagné tandis qu'ils ont reculé de -0,3% (après -0,7%) chez les ménages. La construction a continué de souffrir.
"Malgré une certaine résilience, l'investissement des entreprises reste faible. Sans la crise politique, on aurait pu s'attendre à une reprise puisque les taux d'intérêt de la BCE ont beaucoup baissé", souligne Maxime Darmet, économiste chez Allianz, interrogé par l'AFP.
Au total, la demande intérieure finale (hors stocks) a progressé de 0,3 point (après +0,4) au quatrième trimestre tandis que la contribution du commerce extérieur a été négative (-0,2 point après -0,1), les importations ayant rebondi face à des exportations en baisse.
- Pessimisme -
Début 2025, l'horizon risque fort de ne pas s'éclaircir.
"Les incertitudes intérieures, autant que la morosité de nos principaux partenaires commerciaux, n'incitent pas à l'optimisme pour la conjoncture des prochains trimestres", a commenté Sylvain Bersinger, économiste chez Asterès, dans une note. Il pointe aussi le risque de guerre commerciale avec les Etats-Unis.
En France, le gouvernement de François Bayrou ambitionne plus de 50 milliards d'euros d'effort budgétaire cette année pour ramener le déficit public à 5,4% du PIB, contre environ 6% en 2024. Mais les négociations pour s'accorder avec les socialistes sur un budget de "compromis" sont houleuses, faisant toujours planer le risque d'une censure.
"L'incertitude entourant le budget 2025 et la chute possible du gouvernement Bayrou continuent de peser sur la demande intérieure et cela risque de perdurer dans les prochains mois", a prévenu Charlotte de Montpellier, économiste chez ING.
La croissance ayant été tirée par la consommation (+2,1%) et les investissements publics (+3,3%) l'an dernier, "c'est de mauvais augure pour 2025, les contraintes budgétaires allant nécessairement mener à des dépenses publiques moins dynamiques", a-t-elle ajouté.
En 2025, le gouvernement a anticipe une croissance de 0,9%, jugée "un peu optimiste" par le Haut conseil des finances publiques. L'Insee table lui sur une hausse de 0,2% du PIB aux premier et deuxième trimestres, horizon de ses prévisions.
O.Lorenz--BTB