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Marco Rubio, le diplomate au double langage de "l'Amérique d'abord"
Pour ses débuts en tant que chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio a effectué sa première tournée en Amérique latine, mettant à profit son espagnol pour nouer rapidement des liens avec les dirigeants locaux, tout en adoptant un discours ferme.
Le diplomate, fils de réfugiés cubains, n'est pas seulement bilingue. Il tient aussi un double langage, soufflant le chaud et le froid.
Après sa première étape au Panama, Marco Rubio a qualifié sa rencontre de "respectueuse" et a laissé entendre qu'il était discrètement arrivé à des solutions répondant aux exigences du président Donald Trump concernant le canal.
Mais, dans le même temps, le Département d'État a diffusé un communiqué disant que son chef avait adressé un ultimatum, puis assuré que le Panama avait accepté d'accorder un passage gratuit aux navires de l'Etat américain. Conséquence : un démenti cinglant des autorités panaméennes.
Ancien sénateur à l'allure avenante, il a mis à profit ses décennies de vie politique, de compromis ateints en s'appuyant sur l'amitié de ses interlocuteurs.
Mais il a également appris à parler la +langue+ de Donald Trump, vantant avec effronterie les accords émergents ou proférant des menaces sur les réseaux sociaux, parfois en lettres majuscules.
M. Rubio, le premier secrétaire d'État hispanique, a souligné que ce n'était pas un hasard s'il faisait son premier voyage officiel en Amérique latine, avec la visite de cinq pays qui se terminera jeudi par la République dominicaine.
Cubano-Américain, cet homme qui parlait espagnol avant d'apprendre l'anglais a appris à connaître les principaux responsables en Amérique latine, en particulier les conservateurs, après des années passées à travailler à Miami, une ville stratégique pour les latinos.
Dans son discours devant le personnel de l'ambassade américaine à Panama, il a confié que lorsqu'il avait accepté son poste il s'était demandé : "Où vas-tu pour ta première visite ?".
"Dans un endroit chaud", a-t-il plaisanté, à un moment où une nouvelle vague de froid s'approche de Washington. Et d'ajouter : "Je voulais aller dans un endroit où l'on parle espagnol, parce que je suis bilingue et que c'était une grande opportunité".
- L'agenda Trump -
Pour lui, cette "grande opportunité", c'est de servir le programme "America First" ("L'Amérique d'abord"), en contradiction, au moins dans le ton, avec certaines de ses convictions antérieures.
Au début de sa carrière au Sénat, Marco Rubio avait ainsi déclaré au magazine Time que sa mère - caissière et femme de chambre dans un hôtel - l'avait supplié de ne pas s'en prendre aux immigrés, lui disant de se souvenir que même les sans-papiers étaient des êtres humains en quête d'une vie meilleure.
Il appelait alors à une vision plus inclusive des États-Unis et avait même eu des échanges salés avec Donald Trump à l'occasion de leur affrontement pour l'investiture républicaine en 2016.
Maintenant, il est au service du nouveau président américain et, au Panama, il a observé sans états d'âme sur le tarmac de l'aéroport les autorités faire sortir des dizaines de sans-papiers, la plupart mal habillés et les mains vides, pour les renvoyer en avion en Colombie.
Marco Rubio a défendu son opposition à l'immigration en soulignant le rôle des passeurs. "La migration de masse est l'une des grandes tragédies de l'ère moderne", a-t-il lancé au Panama. "Ce n'est bon pour personne. Les seules personnes qui profitent des migrations de masse sont les trafiquants".
Il cherche également à donner un visage humain au retour au pouvoir de Donald Trump.
A Panama, ce fervent catholique a assisté à une messe et s'est attardé à saluer la foule. Il s'est également entretenu avec la presse de manière beaucoup plus spontanée que ses récents prédécesseurs.
- Nuancer le discours -
Tout comme les collaborateurs de M. Trump l'ont fait au cours de son premier mandat, M. Rubio doit composer avec certaines déclarations parfois outrancières ou tonitruantes du président.
Après les propos sur l'envoi de troupes américaines dans la bande de Gaza et le déplacement de sa population palestinienne, le secrétaire d'Etat a nuancé, assurant que ce n'était qu'une offre "généreuse" de reconstruction et que le déplacement ne serait que provisoire.
Sur le système d'aide étrangère des Etats-Unis, Marco Rubio insiste sur le fait que Donald Trump cherche à réformer le système plutôt qu'à y mettre fin. Mais, tandis qu'il dînait avec le président du Guatemala, l'Agence américaine pour le développement international (USAID), a annoncé, sous la pression d'Elon Musk, qu'elle mettait en congé la quasi-totalité de son personnel.
La méthode Rubio semble toutefois porter des fruits.
Le Panama, tout en démentant publiquement l'existence d'un accord sur les droits de passage des navires, a néanmoins fait savoir qu'il se retirait du programme chinois de construction d'infrastructures dans le cadre des Nouvelles routes de la soie.
Et chaque pays visité par Marco Rubio a proposé son aide pour mettre fin aux migrations vers les Etats-Unis.
Au Salvador, le président Nayib Bukele a même proposé d'enfermer des "criminels" américains dans une méga-prison locale.
"Il est difficile de nier que son approche ferme a donné des résultats", relève un diplomate qui s'interroge toutefois : "Si vous gagnez simplement parce que vous poussez, que se passera-t-il lorsqu'une autre puissance pourra pousser plus fort ?".
P.Anderson--BTB