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Allemagne: Friedrich Merz en quête d'alliés pour s'installer rapidement au pouvoir
Vainqueur des élections allemandes avec un score plus faible qu'espéré, Friedrich Merz, le chef de la droite, se lance dans des négociations ardues pour former un gouvernement attendu avec impatience par les Européens pour peser face à Donald Trump et la Russie.
Le nouvel homme fort de l'Allemagne compte se tourner en priorité vers les sociaux-démocrates, malgré un résultat, de leur propre aveu, "catastrophique". Les deux partis disposent au final ensemble d'une courte majorité de sièges à la chambre des députés.
Friedrich Merz sait que son pays ne peut pas rester longtemps sans direction face aux bouleversements économiques et géopolitiques : rupture du sacro-saint lien transatlantique, crise du modèle industriel concurrencé par la Chine, menace de guerres commerciales avec les Etats-Unis.
Avec une victoire moins large que prévue, ce vétéran de la scène politique, qui n'a jamais eu de fonctions ministérielles, "doit faire face à des tâches herculéennes", prévient la politologue Cornelia Woll, présidente de la Hertie School de Berlin.
Sur la scène intérieure, il est sous pression de la poussée spectaculaire de l'extrême droite, qui a doublé son score, à 20,8% et raillé "la victoire à la Pyrrhus" de la droite.
Ce score "historique" place l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) "dans les meilleures conditions" pour "dépasser" le parti conservateur "au cours des quatre prochaines années et aussi devenir le premier parti" au plan national, a dit lundi sa cheffe de file Alice Weidel.
A l'international, les partenaires de Berlin souhaitent que la première économie européenne retrouve un rôle moteur au moment où le "parapluie" américain, qui garantit depuis 80 ans la sécurité du continent, semble plus fragile que jamais.
Un sommet européen spécial consacré à l'Ukraine a été convoqué le 6 mars, sur fond de rapprochement entre Washington et Moscou. Une date à laquelle le nouveau gouvernement allemand ne sera certainement pas en place.
- Scholz hors jeu -
En promettant de former une coalition "au plus tard" à la date de Pâques, soit le 20 avril, Friedrich Merz se fixe un objectif ambitieux.
"Le monde extérieur ne nous attend pas (...). Nous devons vite redevenir opérationnels pour (agir) sur le plan intérieur, pour redevenir présents en Europe", a lancé le futur chancelier alors que l'Allemagne est déjà paralysée depuis quatre mois par la rupture de la coalition d'Olaf Scholz avec les verts et les libéraux.
Ayant annoncé qu'il ne s'alliera pas avec l'AfD, Friedrich Merz n'a d'autre choix que de tendre le main à des sociaux-démocrates aux abois: avec un score autour de 16%, le SPD, plus vieux parti du pays, encaisse son plus mauvais résultat en 80 ans.
Il doit éviter l'implosion et tenter de se rassembler autour de nouveaux leaders, Olaf Scholz prévoyant de se mettre en retrait.
Le parti écologiste Die Grünen, qui était dans la coalition sortante, a décroché 11,6% des voix.
Après une campagne électorale polarisée comme jamais, sceller les compromis indispensables au "contrat de coalition" pourrait s'avérer ardu. Les deux formations (sociaux-démocrates et conservateurs) contrôleraient ensemble 328 des 630 sièges du nouveau Bundestag.
- Ligne dure -
Friedrich Merz, ancien rival d'Angela Merkel, s'est affranchi de l'héritage de l'ex-chancelière, revendiquant une droite sans tabou aux propositions radicales pour lutter contre l'immigration illégale.
Son pari de prendre des voix à l'AfD grâce à cette ligne intransigeante, au point d'esquisser un début de rapprochement avec l'extrême droite pendant la campagne, n'a pas été payant.
Merz n'a pas réussi "à susciter un véritable désir de changement, un enthousiasme pour sa personne ou son projet", estime le quotidien Süddeutsche Zeitung.
Marlies Schäfer, une retraitée interrogée à Berlin, avait imaginé une victoire des conservateurs "avec une plus grande marge".
La cheffe de l'AfD a prédit un sort funeste à une future coalition SPD-CDU qui sera incapable, selon elle, de s'entendre sur l'immigration ou les questions budgétaires.
"Nous aurons de nouvelles élections très rapidement", a avancé Alice Weidel, ouvertement soutenue par l'administration Trump depuis des semaines.
Un électeur berlinois, Jörg Seiffert, se demande "où la montée en puissance de l'AfD va mener". "J'espère que les plus grands partis finiront par s'unir et auront des idées" pour enrayer la progression de l'extrême droite, dit ce thérapeuthe de 69 ans.
F.Pavlenko--BTB