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Un procès exceptionnel d'opposants au président Saied s'ouvre à Tunis
Le procès de dizaines de personnes accusées de "complot" contre l'Etat, dont de grands noms de l'opposition au président Kais Saied, s'est ouvert mardi à Tunis, une affaire d'exception dénoncée comme visant à étouffer toute contestation par les militants des droits humains.
"Libertés, libertés, Ô justice aux ordres", ont scandé des proches des accusés dans la salle comble en brandissant leurs portraits, selon une journaliste de l'AFP sur place.
L'audience s'est ouverte en l'absence des accusés en détention, dont les autorités judiciaires ont décidé qu'ils comparaîtraient par visioconférence. Une mesure vivement dénoncée par la défense.
Responsables de partis, avocats, figures des affaires et des médias: une quarantaine de personnes en tout sont poursuivies pour "complot contre la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat" et "adhésion à un groupe terroriste".
Ces accusations sont passibles de lourdes peines de prison et jusqu'à la peine capitale.
Il est reproché à un certain nombre de mis en cause, selon la défense, d'avoir eu des contacts jugés suspects avec des diplomates.
Le procès est hors norme par son ampleur et par l'identité des personnes poursuivies, dont beaucoup sont des visages familiers en Tunisie, vétérans du militantisme et habitués des plateaux télévisés.
L'un d'eux, le juriste Jawhar Ben Mbarek, actuellement en détention, a fustigé un "harcèlement judiciaire" ayant pour but "l'élimination méthodique des voix critiques" en Tunisie.
Depuis le coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs, défenseurs des droits humains et opposants dénoncent la régression des droits et libertés dans le pays qui avait lancé le "Printemps arabe" en 2011.
- "Injuste" -
"C'est un procès injuste de personnalités en vue en Tunisie, connues pour leur pacifisme et leur respect de la loi", a dit à l'AFP l'opposant historique Ahmed Néjib Chebbi, chef du Front du salut national, principale coalition d'opposition au président Kais Saied.
Lui-même est mis en cause dans ce procès mais en liberté, contrairement à son frère Issam Chebbi, un chef de parti en détention.
Pour l'avocat Samir Dilou, il y a bien complot dans cette affaire, mais "un complot du pouvoir contre l'opposition", affirme-t-il à l'AFP.
Parmi les accusés les plus connus figurent un ancien haut responsable du parti islamiste Ennahdha, Abdelhamid Jelassi, les militants Khayam Turki et Chaïma Issa et l'homme d'affaires Kamel Eltaïef.
L'ex-députée et militante féministe Bochra Belhaj Hmida, qui se trouve en France, en fait aussi partie.
L'avocat français Christian Charrière-Bournazel, qui défend certains des accusés, évoque un "dossier surprenant".
"Il n'y a pas d'élément qui justifie un complot contre la sûreté de l'Etat", affirme-t-il à l'AFP.
La défense assure en effet que le dossier est "vide" et repose notamment sur des témoignages anonymisés.
- "Terroristes" -
Plusieurs des accusés ont été interpellés lors d'un coup de filet dans les rangs de l'opposition en 2023. Le président Saied les avait alors qualifiés de "terroristes".
Dimanche, en visite dans les rues de la capitale, il a affirmé à une Tunisienne qui l'interpellait sur ses fils emprisonnés - sans lien avec le procès des opposants - qu'il n'intervenait "jamais" dans les affaires de justice.
"Que cela soit clair pour tout le monde", a-t-il lancé.
Plusieurs des accusés sont en détention, une partie en liberté et les autres en fuite à l'étranger.
D'autres opposants et personnalités politiques ont récemment été condamnés à de lourdes peines de prison, comme Rached Ghannouchi, chef d'Ennahdha et ancien président du Parlement, qui a écopé de 22 ans pour "atteinte à la sûreté de l'Etat".
Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a dénoncé la "persécution des opposants" en Tunisie, estimant que nombre d'entre eux faisaient "l'objet d'accusations vagues et larges après avoir vraisemblablement exercé leurs droits et libertés".
La Tunisie a dit sa "profonde stupéfaction" après ces critiques, assurant que les mis en cause l'avaient été pour "des crimes de droit commun qui n'ont aucun lien avec leur activité partisane, politique ou médiatique".
T.Bondarenko--BTB