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Le Royaume-Uni envisage des "centres de retour" pour migrants hors de ses frontières
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé jeudi avoir entamé des discussions pour la mise en place hors du Royaume-Uni de "centres de retour" pour les demandeurs d'asile déboutés, une formule comparable à celle envisagée par l'Union européenne.
"Nous sommes en discussions avec un certain nombre de pays à propos de centres de retour, je les considère comme une innovation vraiment importante", a déclaré le dirigeant travailliste en déplacement à Tirana, lors d'une conférence de presse avec son homologue albanais Edi Rama.
Il n'a pas donné de détails sur la façon dont ces "hubs" fonctionneraient, indiquant simplement qu'il s'agissait de rendre plus efficaces les expulsions des personnes n'ayant pas le droit de rester au Royaume-Uni.
Il n'a pas non plus précisé avec quels pays ces pourparlers étaient menés.
"Cela s'appliquera essentiellement aux personnes qui ont épuisé toutes les voies légales pour rester au Royaume-Uni", a indiqué un porte-parole de Keir Starmer.
Edi Rama a précisé que l'Albanie n'avait pas vocation à accueillir un "centre de retour" britannique.
Le dirigeant albanais a déjà signé avec l'Italie un accord sur l'ouverture de deux centres de rétention dans son pays, gérés par Rome, pour des migrants en situation irrégulière en Italie.
- "Modèle qui demande du temps" -
"C'est un modèle qui demande du temps pour être testé", a-t-il dit, alors que ces centres sont quasiment vides depuis leur ouverture.
"S'il fonctionne, (il) pourra être repris, non en Albanie, mais dans les autres pays de la région", a ajouté Edi Rama, qui entame un quatrième mandat de Premier ministre après la victoire de son parti aux législatives de dimanche.
L'Union européenne a aussi ouvert la voie récemment à de tels centres de rétention externalisés hors de ses frontières. Ils sont critiqués par les ONG, qui redoutent de les voir se transformer en zones de non-droit.
A son arrivée au pouvoir en juillet, le gouvernement de Keir Starmer a abandonné le projet controversé des conservateurs d'expulser des demandeurs d'asile et migrants vers le Rwanda.
Ils prévoyaient d'envoyer certains demandeurs d'asile dans ce pays d'Afrique, où leur dossier aurait été étudié.
La cheffe des conservateurs Kemi Badenoch a estimé sur X que le plan de Keir Starmer était "plus faible" que ce projet abandonné.
"Cela n'arrêtera pas les bateaux. Les gens tenteront leur chance en sachant qu'ils peuvent rester au Royaume-Uni s'ils obtiennent l'asile", a-t-elle affirmé.
Pour Enver Salomon, directeur général du Refugee Council, ONG d'aide aux réfugiés, ces "centres de retour" sont "inhumains" et "impraticables". Le renvoi de personnes qui n'ont pas le droit de rester au Royaume-Uni doit se faire de manière "ordonnée et humaine" pour être efficace, a-t-il ajouté.
- "Ile d'étrangers" -
M. Starmer s'est engagé à réduire l'immigration - régulière comme irrégulière - au Royaume-Uni.
Sous pression avec la progression du parti d'extrême droite Reform UK, il a annoncé lundi une feuille de route pour réduire l'immigration légale, notamment en restreignant les conditions d'accès à la nationalité et en empêchant le recrutement à l'étranger pour le secteur des soins aux personnes âgées.
Ces mesures se sont accompagnées d'un durcissement de la rhétorique employée à propos des immigrés, M. Starmer évoquant le risque pour le Royaume-Uni de devenir "une île d'étrangers".
Sur le plan de l'immigration irrégulière, Keir Starmer s'est engagé à combattre les réseaux de passeurs. Mais les chiffres d'arrivées de migrants traversant la Manche sur de petits bateaux ne cessent d'augmenter. Quelque 36.800 migrants ont gagné l'Angleterre l'an dernier, essentiellement des Afghans, Syriens et Iraniens. Et près de 13.000 depuis janvier, plus que l'an dernier sur la même période.
Les demandes d'asile ont triplé au Royaume-Uni ces dernières années, avec 84.200 en 2024, selon des chiffres officiels.
Keir Starmer se trouve en Albanie pour renforcer la coopération bilatérale contre l'immigration irrégulière. Tirana et Londres ont déjà signé un accord en 2022 sous le précédent gouvernement conservateur, prévoyant que les Albanais arrivés au Royaume-Uni en bateau puissent directement être renvoyés dans leur pays.
Les arrivées d'Albanais ont chuté de 95% ces trois dernières années, tandis que le nombre d'Albanais renvoyés dans leur pays a doublé en deux ans, selon Downing Street.
Y.Bouchard--BTB