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Russes et Ukrainiens mènent leurs premiers pourparlers directs depuis 2022
Les délégations ukrainienne et russe, sous médiation turque, ont entamé vendredi à Istanbul leurs premières négociations directes depuis le printemps 2022 pour trouver une issue à la guerre, qui a coûté la vie à plusieurs dizaines de milliers de civils et militaires et causé de grandes destructions.
Mais en l'absence des présidents Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, qui a ordonné à son armée d'envahir l'Ukraine le 24 février 2022 et n'a pas fait le déplacement en Turquie, les espoirs de progrès substantiels sont jugés minces.
Le porte-parole de la diplomatie ukrainienne a partagé avec l'AFP une photo des deux délégations assises face-à-face, entourées des médiateurs turcs, et la télévision russe d'Etat a également diffusé des images.
Dans cet intense ballet diplomatique intense, Donald Trump avait quant à lui la veille dit être prêt à rencontrer le chef de l'Etat russe "dès qu'il sera possible d'organiser" un sommet, sans quoi "rien ne se passera" concernant le règlement du conflit.
Une telle rencontre est "certainement nécessaire", a acquiescé le Kremlin.
Au cours de la réunion russo-ukrainienne au palais de Dolmabahçe à Istanbul, "un cessez-le-feu inconditionnel" sera la "priorité" ukrainienne, a martelé Andriï Iermak, le bras de droit de Volodymyr Zelensky, peu avant le début des entretiens.
Une rencontre Zelensky-Poutine sera "également inscrite à l'ordre du jour", a dit à l'AFP une source diplomatique ukrainienne ayant requis l'anonymat, alors que le président russe n'a pas répondu à l'offre de son homologue ukrainien de se voir en Turquie.
Autres requêtes ukrainiennes, selon cette source : le retour des enfants ukrainiens "déportés" en Russie selon Kiev - ce que Moscou dément - et un important échange de prisonniers de guerre.
- "Suite" de 2022, pour Moscou -
La délégation russe, quant à elle, est emmenée par un conseiller présidentiel de second plan, Vladimir Medinski, au grand dam de M. Zelensky qui avait qualifié la veille cette équipe de "pure façade". S'en était suivi un échange d'insultes avec Moscou, la diplomatie russe le traitant de "clown".
Si M. Medinski a assuré jeudi que la Russie était prête à de "possibles compromis", le Kremlin maintient des revendications maximalistes : que l'Ukraine renonce à rejoindre l'Otan, abandonne quatre de ses régions partiellement contrôlées par la Russie, en plus de la Crimée annexée en 2014, et que cessent les livraisons d'armes occidentales.
Vladimir Poutine a d'ailleurs envoyé un signal clair aux Ukrainiens en renommant à la tête de la délégation russe M. Medinski, déjà chargé côté russe des pourparlers du printemps 2022 qui avaient échoué.
M. Poutine souhaite, comme l'a souligné son négociateur, que les nouvelles discussions s'inscrivent dans "la suite" de ces pourparlers avortés il y a trois ans, aux cours desquels les Russes avaient campé sur ces positions maximalistes, inacceptables pour Kiev et ses alliés.
- "Le massacre doit cesser" -
Juste avant le début des discussions, Kiev a accusé Moscou de bloquer la participation des Etats-Unis aux négociations, pour qu'ils "ne soient présents à aucune réunion".
"Le massacre doit cesser", a de son côté averti le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, présent à Istanbul.
Avant les discussions russo-ukrainiennes, Turcs, Ukrainiens et Américains avaient échangé ensemble environ une heure, ont affirmé des sources turques, en marge d'entretiens entre responsables ukrainiens et sécuritaires européens, accompagnés de l'émissaire américain Keith Kellogg, d'après une source ukrainienne.
Le week-end dernier, Vladimir Poutine avait surpris en proposant des négociations directes. Mais, mis au défi par Volodymyr Zelensky de se rendre à Istanbul pour négocier avec lui, le président russe n'a pas fait le déplacement.
- "Accroître la pression" -
Les Européens et Kiev avaient réclamé un cessez-le-feu préalable avant toute discussion entre Kiev et Moscou. Une demande rejetée par M. Poutine, au motif qu'une trêve prolongée permettrait à l'armée ukrainienne de se renforcer en recevant des armes occidentales, alors que les soldats russes ont l'avantage sur le front.
"Il est d'une importance cruciale qu'un cessez-le-feu soit mis en œuvre dès que possible", a insisté vendredi le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan
La Russie "ne veut pas la paix", a déploré le même jour la cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, tandis que le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, a jugé que Moscou avait fait une "énorme erreur" en envoyant à Istanbul une équipe de "second rang".
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pour sa part promis d'"accroître la pression" sur la Russie. "L'important, c'est un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel", a dit une source diplomatique française.
La Chine, proche partenaire de la Russie, a de son côté répété vouloir un accord de paix "juste" et "durable".
Sur le terrain, les combats se poursuivent. Une personne a été tuée à Kherson (sud) dans un bombardement russe, ont annoncé vendredi les autorités municipales.
C.Kovalenko--BTB