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Lyssytchansk, touchée par une frappe mortelle, se prépare aux combats
Des cendres ont recouvert une place de la ville de Lyssytchansk, dans le Donbass, tandis que de la fumée s'élevait vendredi de la Maison de la Culture où une frappe de missile russe a fait quatre morts parmi les personnes qui s'y abritaient.
La ville se prépare à de possibles combats de rue, alors que les forces russes affrontent les soldats ukrainiens dans la ville de Severodonetsk, située en face, de l'autre côté de la rivière Donets.
Les bombardements de jeudi ont déclenché un incendie qui a dévasté au cours de la nuit la Maison de la Culture, un bâtiment blanc datant de l'époque stalinienne qui était toujours en proie aux flammes vendredi.
Elle abritait une librairie, un bureau de poste et une scène pour les événements artistiques. Avec la guerre, elle est devenue un abri contre les bombardements et un refuge pour ceux qui ont perdu leurs habitations.
Une mère et sa fille ont été tuées, ainsi qu'un jeune homme et une femme enceinte qui s'étaient réfugiés dans ce bâtiment après avoir fui Severodonetsk, selon des habitants présents sur les lieux.
Selon la police, une dizaine de personnes ont été blessées, dont plusieurs grièvement, après avoir été ensevelies sous les gravats, tandis qu'une dizaine d'autres l'ont été à l'intérieur du bâtiment.
Les blessés graves ont été transportés à l'hôpital dans la ville voisine de Bakhmout, car l'hôpital de Lyssytchansk n'a plus d'électricité.
"Des habitants disent que les soldats avaient parfois l'habitude de venir ici", déclare un officier des forces spéciales de la police qui s'occupe de l'évacuation des habitants et dont le surnom est Jaconda.
La frappe de missiles lui rappelle le bombardement en mars à Marioupol d'un théâtre où étaient réfugiés des civils.
"Qui sait ? C'est peut-être pour la même raison" qu'à Marioupol, ajoute Jaconda, laissant entendre qu'un habitant pro-russe aurait pu donner des informations sur les lieux où se trouvent des soldats.
- 'Tout abandonner' -
Un groupe d'habitants se tient prêt avec des sacs à être évacué vers une ville plus sûre.
Alla Bor, professeure d'histoire, accompagnée de son gendre Volodymyr et de son petit-fils de 14 ans, ne s'était pas résolue à partir avant l'attaque contre la Maison de la Culture.
"J'ai pris peur. Nous abandonnons tout et partons. Personne ne peut survivre à une telle frappe", déclare-t-elle.
"Nous avons tout abandonné, nous quittons notre maison. Nous avons laissé notre chien avec de la nourriture. C'est inhumain, mais que pouvons-nous faire?", se lamente-t-elle.
Deux véhicules de police font le tour de la ville pour emmener les habitants devant être évacués, selon Maksim, inspecteur des forces spéciales de la police.
Les journalistes de l'AFP ont vu des soldats ukrainiens creuser une tranchée devant servir de poste de tir dans une rue du centre de Lyssytchansk et ériger des barricades avec des barbelés et des branches.
Un tracteur traînait une voiture brûlée pour tenter de barrer une rue.
On pouvait entendre le vacarme des combats de l'autre côté de la rivière, selon un photographe de l'AFP.
"Il pourrait y avoir des tirs ici bientôt", insiste Jaconda qui tente de convaincre un homme réticent à l'idée de quitter son domicile."
"Vous pouvez finir encerclés", prévient-il. "Il n'y aurait plus de vie ici", mais si vous êtes évacué, "vous serez au moins sain et sauf".
- 'Oubliés' -
"De nombreux habitants qui sont restés attendent le monde russe", explique Jaconda à un journaliste de l'AFP, faisant allusion à la volonté du président russe Vladimir Poutine de restaurer l'influence russe dans les régions limitrophes de la Russie.
Des résidents montrent à l'AFP la cave humide et froide où ils se sont abrités et où vit à plein temps une famille victime de bombardements, dont une septuagénaire incapable de marcher.
Manquant d'eau potable et d'énergie, ils ont fait bouillir de l'eau et cuit des oeufs dans la cour de leur immeuble avec un feu de camp, en utilisant des branches arrachées par les bombardements.
"Notre pays ne nous aide pas, notre pays nous a oubliés. Nous sommes aidés par des personnes ordinaires bénévoles", déclare Natalia, 47 ans.
Les militaires ukrainiens circulaient sur les routes à destination de la ville, avec des camions transportant des lanceurs de roquettes multiples Grad.
Au moment où une équipe de l'AFP quittait la ville, de la fumée s'est élevée d'un grand bâtiment agricole derrière la route tandis que des gravats étaient projetés au-dessus.
Des soldats ont indiqué que la frappe avait eu lieu quelques minutes plus tôt et que personne n'avait été blessé, tout en refusant de préciser ce qui se trouvait dans le bâtiment.
P.Anderson--BTB