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Venezuela: Maduro profite du boycott de l'opposition pour consolider son pouvoir
Le président Nicolas Maduro, héritier de Hugo Chavez, a recouvert de rouge --la couleur du chavisme-- la carte du Venezuela lors des élections législatives et régionales de dimanche, consolidant son pouvoir alors que l'opposition se félicite de son boycott sans toutefois définir une stratégie claire.
Le parti du président Maduro, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), a conquis 23 des 24 gouvernorats et devrait avoir remporté une majorité absolue à l'Assemblée nationale. Les résultats circonscription par circonscription sont encore attendus.
M. Maduro renforce ainsi sa mainmise sur les institutions du pays, dix mois après sa réélection contestée, marquée par des troubles et des arrestations massives.
Le rendez-vous de dimanche a d'ailleurs été marqué par l'arrestation en amont de quelque 70 personnes dont Juan Pablo Guanipa, une figure de l'opposition, accusées de vouloir déstabiliser les élections. Et un déploiement de plus de 400.000 membres de forces de l'ordre avec des patrouilles intimidantes de policiers cagoulés et armés.
Fort de cette majorité, le président avance tranquillement vers sa réforme de la Constitution sur laquelle il y a peu d'informations mais qu'il évoque fréquemment depuis des mois.
"Aujourd'hui, nous avons démontré le pouvoir du chavisme ! Cette victoire est la victoire de la paix et de la stabilité de tout le Venezuela", a célébré M. Maduro sur la place Bolivar de Caracas après l'annonce des résultats dimanche.
Le président fête une victoire, mais l'opposition y voit une défaite. Sa cheffe Maria Corina Machado, qui avait appelé à ne pas participer à la "farce", assure que la faible affluence dans les bureaux de vote est une protestation silencieuse contre la réélection de M. Maduro en juillet.
Le gros de l'opposition, qui revendique la victoire à la présidentielle de 2024 et crie à la fraude, estimait qu'il n'était pas possible de participer à un nouveau scrutin organisé par le pouvoir.
Un groupe opposant rebelle a participé au scrutin, estimant que la politique de la chaise vide ne portait pas ses fruits.
Mais le résultat est maigre. Le pouvoir ne lui a laissé que des miettes: une poignée de députés et la gouvernance de l'État de Cojedes (centre-ouest).
- "Pas insignifiant"-
Grâce à ce scrutin, dépourvu d'observateurs indépendants, le chavisme aura le contrôle absolu de l'Assemblée nationale jusqu'en 2031 et des Etats remportés jusqu'en 2029.
"Bien que prévisible, le résultat n'en a pas moins des implications importantes: un chavisme renforcé dans le contrôle institutionnel, une opposition divisée à la représentation limitée, et une majorité sociale (de la population) démobilisée", estime l'analyste politique Luis Vicente Leon.
Une nouvelle fois, Mme Machado a appelé l'armée à "agir" contre un gouvernement jugé illégitime. "Ils ont l'obligation de le faire", a lancé dans une vidéo sur X l'opposante, qui vit dans la clandestinité.
Mais les forces armées, clef de voûte du pouvoir qui sait les choyer, ont juré loyauté maintes fois au président Maduro.
Difficile de dire quel sera le prochain pas pour l'opposition. La réforme constitutionnelle se débattra l'année prochaine mais devra être approuvée par référendum populaire.
"L'abstention (...) ne fait qu'aggraver sa situation", estime le politologue Pablo Quintero. "Elle génère un processus de désaffection politique, de désillusion, de résignation de la part des gens".
Jenny Massicatto, femme d'affaires, est sur cette ligne: "je n'ai pas voté. C'est une perte de temps de voter de nos jours. J'essaie maintenant d'être neutre".
Henrique Capriles, à la tête de l'aile rebelle de l'opposition, a remporté un siège au Parlement et dirigera un groupe d'une quinzaine de députés, selon les estimations de M. Leon. Peu par rapport au PSUV qui en comptera probablement plus de 230 mais "pas insignifiant", selon l'analyste.
"Ils ont partiellement atteint leur objectif de préserver une présence institutionnelle et d'éviter la disparition totale" de l'opposition de la vie institutionnelle, relève-t-il.
Staline Gonzalez, l'un des opposants élu député, défend la participation, critiquant la position de Mme Machado: "Cette théorie de donner de l'espace au gouvernement, au +madurisme+, et de croire qu'il suffit de délégitimer le processus en n'y participant pas pour qu'il (Maduro) s'en aille... Qu'avec ça nous allons ramener la démocratie. Nous ne sommes pas convaincus par ce chemin".
M. Quintero estime toutefois que le coût est élevé et croit que "l'opposition a besoin de sang neuf".
M.Furrer--BTB