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Nucléaire: l'Iran défie les Etats-Unis avant de nouveaux pourparlers
L'Iran a annoncé jeudi la prochaine construction d'un nouveau site d'enrichissement et une augmentation "significative" de sa production d'uranium enrichi, exacerbant les tensions sur son programme nucléaire avant des pourparlers avec les Etats-Unis prévus dimanche.
Peu avant ces annonces, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait adopté une résolution condamnant l'Iran pour "non-respect" de ses obligations en matière nucléaire.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a affirmé jeudi que cette résolution "ajoutait à la complexité des discussions" avec Washington, dont un sixième cycle est prévu dimanche via une médiation du sultanat d'Oman.
"Nous serons à Mascate pour défendre les droits du peuple iranien", a-t-il déclaré.
L'enrichissement d'uranium est la principale pierre d'achoppement dans ces discussions visant à encadrer le programme nucléaire iranien en échange d'une levée des lourdes sanctions imposées à l'Iran.
Les Etats-Unis exigent que l'Iran renonce totalement à l'enrichissement, ce que Téhéran refuse.
L'Iran est le seul Etat non doté d'armes nucléaires à enrichir de l'uranium au niveau élevé de 60%, selon l'AIEA. Pour fabriquer une bombe atomique, l'enrichissement doit être poussé jusqu'à 90%.
Les Occidentaux et Israël accusent l'Iran de chercher à se doter de l'arme atomique. Téhéran dément en défendant un droit au nucléaire civil en vertu du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.
Jeudi, les Affaires étrangères iraniennes et l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA) ont annoncé que "les ordres nécessaires" avaient été donnés "pour lancer un nouveau centre d'enrichissement dans un endroit sécurisé".
"Nous remplaçons toutes (les) machines de première génération par des machines avancées de sixième génération" à l'usine d'enrichissement de Fordo, au sud de Téhéran, a déclaré Behrouz Kamalvandi, porte-parole de l'OIEA, ajoutant que la production "de matière enrichie augmentera de manière significative".
Le chef de l'OIEA, Mohammad Eslami, a lui jugé "illégale" la résolution de l'AIEA, l'imputant à "l'influence" israélienne.
M. Eslami a souligné que son pays avait respecté ses engagements envers l'AIEA mais qu'il s'était affranchi de certaines obligations liées à l'accord nucléaire conclu avec les grandes puissances en 2015, après le retrait unilatéral américain en 2018.
Selon lui, l'enrichissement sur le nouveau site débutera "dès l'installation des machines".
L'accord de 2015 fixait la limite de l'enrichissement à 3,67%.
- Menaces d'attaques -
Israël a aussitôt appelé la communauté internationale à "une réponse décisive" contre l'Iran, dont les actes constituent selon lui "une menace imminente pour la sécurité et la stabilité" internationales.
Des médias américains, dont le New York Times et NBC News, ont rapporté qu'Israël, proche allié des Etats-Unis, semblait préparer une attaque imminente contre l'Iran.
Israël a maintes fois menacé d'attaquer les sites nucléaires iraniens.
L'Iran a averti qu'il répondrait à toute frappe israélienne en ciblant les "installations nucléaires secrètes" d'Israël.
Mercredi, il a aussi menacé de frapper les bases militaires américaines au Moyen-Orient en cas de conflit consécutif à un éventuel échec des négociations.
Dans la foulée, un responsable américain a déclaré que les effectifs de l'ambassade des Etats-Unis à Bagdad avaient été réduits pour raisons de sécurité et Washington a décidé de restreindre les déplacements en Israël des employés du gouvernement américain et de leurs familles.
- Eviter une "escalade" -
A Vienne, la résolution adoptée par l'AIEA appelle l'Iran à "remédier d'urgence au non-respect" des engagements pris en vertu du TNP. En l'état, l'AIEA, une instance onusienne, "n'est pas en mesure de garantir que le programme nucléaire iranien est exclusivement pacifique".
L'Union européenne a appelé l'Iran à "éviter toute mesure qui contribuerait à une escalade". La France a dénoncé "la poursuite assumée de l'escalade nucléaire de l'Iran" et l'Allemagne a appelé Téhéran à renoncer "de manière crédible" à tout projet d'armement nucléaire.
Washington et Téhéran, qui n'ont plus de relations diplomatiques depuis 1980, tentent depuis avril de s'entendre sur un accord après le retrait des Etats-Unis de celui de 2015, sous le premier mandat de Donald Trump, et le rétablissement des sanctions américaines.
Dans un podcast du New York Post, enregistré lundi, M. Trump a dit être "beaucoup moins confiant (qu'auparavant) de parvenir à un accord".
L'Iran a indiqué lundi qu'il soumettrait dans les prochains jours sa propre proposition aux Etats-Unis en vue d'un accord, après avoir critiqué un plan proposé par les Etats-Unis. On ignore le contenu des deux propositions.
H.Seidel--BTB