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Thaïlande: une manifestation réclame la démission de la première ministre
Des milliers de manifestants anti-gouvernement se sont rassemblés à Bangkok samedi pour réclamer la démission de la première ministre Paetongtarn Shinawatra après qu'un appel téléphonique avec l'ancien dirigeant cambodgien Hun Sen a suscité la colère de la population et remis en question sa capacité à diriger.
La deuxième économie d'Asie du Sud-Est se prépare pour un énième cycle de troubles politiques et de contestations populaires, sur fond de querelles tenaces entre la dynastie Shinawatra et l'establishment conservateur alignée avec le roi et l'armée.
Samedi, environ 4.000 manifestants ont rempli les rues qui font le tour du Monument de la Victoire dans la capitale thaïlandaise, brandissant des drapeaux thaïlandais et applaudissant des discours entremêlés de performances musicales.
La foule était composée principalement de personnes âgées et menée par d'anciens militants des "chemises jaunes" impliqués dans les grandes manifestations de rue qui ont contribué à faire tomber le gouvernement de son père Thaksin Shinawatra dans les années 2000, mais aussi par l'un de ses anciens alliés devenu l'un de ses plus grands détracteurs.
"Je suis ici pour protéger la souveraineté de la Thaïlande et pour dire que la Première ministre est inapte", a déclaré Seri Sawangmue, un manifestant de 70 ans qui a voyagé toute la nuit en bus depuis le nord du pays pour assister à l'événement.
"Après avoir entendu l'appel qui a fuité, j'ai su que je ne pouvais pas lui faire confiance", a-t-il déclaré à l'AFP. "J'ai vécu de nombreuses crises politiques et je sais où cela nous mène. Elle est prête à renoncer à notre souveraineté".
La Thaïlande connaît depuis des décennies des affrontements entre les "Chemises jaunes", qui défendent la monarchie et l'armée et considèrent Thaksin comme une menace pour l'ordre social traditionnel du pays, et les "Chemises rouges", qui soutiennent Thaksin.
Jamnong Kalana, 64 ans, a déclaré qu'elle avait été par le passé une "Chemise rouge", mais qu'elle avait changé de couleur et demandait désormais la démission de Paetongtarn.
"Je ressens beaucoup de douleur lorsque je vois une compatriote thaïlandaise qui n'aime pas le pays comme moi", a-t-elle déclaré.
- Le clan Shinawatra sous tension -
Les autorités ont indiqué que plus d'un millier de policiers et d'agents municipaux avaient été déployés pour l'événement qui se déroule pour le moment sans violence.
"C'est leur droit de protester, du moment que les choses se font sans violence" a déclaré aux journalistes Paetongtarn Shinawatra avant un déplacement dans le nord de la Thaïlande frappé par des inondations.
Novice en politique, la première ministre est l'objet de controverses et a été abandonnée par le Bhumjaithai, deuxième plus grand parti de sa coalition, suite à un appel téléphonique avec l'ancien Premier ministre cambodgien Hun Sen.
Dans la conversation qui a fuité, elle a comparé un général thaïlandais à un "opposant", puis utilisé un ton jugé trop familier, par ses adversaires traditionalistes en appelant l'ancien dirigeant cambodgien "oncle".
L'appel entre Paetongtarn et Hun Sen, qui a dirigé le Cambodge durant environ 40 ans, visait à apaiser les tensions, après la mort d'un soldat cambodgien, fin mai, lors d'un échange de tirs dans une zone disputée à la frontière.
En poste depuis moins d'un an, Paetongtarn est la quatrième personnalité du clan Shinawatra à devenir Premier ministre de la Thaïlande après son père, sa tante et le mari de sa tante.
La semaine prochaine la dirigeante et son père Thaksin vont faire face à des batailles judiciaires qui pourraient rebattre les carte du paysage politique thaïlandais.
Mardi, la Cour constitutionnelle décidera si elle doit se saisir d'une pétition de sénateurs demandant sa destitution pour manque de professionnalisme.
Le même jour, son père sera jugé pour des accusations de lèse-majesté liées à des remarques faites il y a dix ans à des médias sud-coréens.
Une douzaine de putschs réussis depuis la fin de la monarchie absolue en 1932 a cimenté la place de l'armée dans le cœur de la vie politique thaïlandaise, laissant planer en permanence l'hypothèse d'une intervention si le gouvernement en place allait contre ses intérêts.
I.Meyer--BTB