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De paria à président: Marcos Jr accède à la tête des Philippines
Après des décennies consacrées à redorer l'image de sa famille, Ferdinand "Bongbong" Marcos Jr, qui deviendra jeudi le nouveau président des Philippines, a parachevé le spectaculaire retour en grâce de son clan, passé en moins d'une génération de l'opprobe au pouvoir suprême.
Marcos Jr, connu sous le surnom "Bongbong", va succéder à Rodrigo Duterte après une victoire écrasante à la présidentielle en mai.
Le clan familial va ainsi emménager à nouveau dans le palais présidentiel de Malacanang, à Manille, 36 ans après le soulèvement populaire qui avait conduit au renversement de la dictature de son père et à l'exil de la famille aux Etats-Unis.
Pourtant décrit par son père comme "insouciant et paresseux", Marcos Jr a réussi à atteindre le poste suprême.
Défait de peu à l'élection pour la vice-présidence en 2016 face à Leni Robredo, "Bongbong" était déterminé à prendre sa revanche à la présidentielle du 9 mai cette année.
Promettant d'unifier le pays, Marcos Junior entend lutter contre le chômage et l'inflation, la pandémie de Covid-19 ayant porté un sérieux coup à l'économie de l'archipel.
Il s'est dit "humble" devant la victoire et a promis de "toujours chercher à atteindre la perfection".
"Je veux bien faire, car quand un président fait bien, le pays se porte bien et je veux bien faire pour ce pays", a-t-il dit à des journalistes après la ratification des résultats par le Congrès.
- Il se rêvait astronaute -
Enfant, il se rêvait astronaute. Mais il a fini par suivre le même destin que son père et entrer en politique.
Vice-gouverneur puis gouverneur de la province d'Ilocos Norte, le fief familial, dans les années 1980, Marcos Jr a également été membre de la Chambre des représentants et du Sénat.
Les liens de M. Marcos avec son père, auteur d'une répression sanglante pendant les années de loi martiale, font de lui l'un des hommes politiques philippins qui suscite le plus de clivages.
"Bongbong" était en pension en Grande-Bretagne lorsque Marcos Senior a décrété la loi martiale en 1972.
Mais il a su tirer profit des réseaux sociaux pour mener une vaste campagne de désinformation à destination des jeunes, qui n'ont connu ni l'oppression, ni la corruption à grande échelle qui ont marqué les 20 années de règne de son père.
Il s'est aussi appuyé sur le soutien de Sara Duterte, fille du président sortant et candidate victorieuse à la vice-présidente, et d'autres membres de l'élite politique.
Marcos Jr et Mme Duterte ont en commun d'être des enfants de dirigeants autoritaires, ce qui suscite l'inquiétude des groupes de défense des droits humains et d'une grande partie du clergé qui redoutent que les deux familles s'installent durablement au pouvoir.
Marcos Jr défend aujourd'hui le régime de son père, dont il loue le "génie politique", en s'appuyant sur la forte croissance économique du début et les dépenses publiques sous la loi martiale, occultant la corruption et la mauvaise gestion qui ont ensuite appauvri la nation.
- Eviter les médias -
"Il dit au monde: jugez-moi, non sur mes ancêtres, mais sur mes actes", a rapporté dans un communiqué Vic Rodriguez, un proche conseiller, après la victoire de Marcos Jr.
Après la mort du dictateur déchu à Hawaï (Etats-Unis) en 1989, les Marcos sont rentrés au pays et ont commencé leur remarquable retour sur le devant de la scène politique, exploitant les allégeances locales pour se faire élire à une série de postes élevés.
Ils ont bénéficié des accusations de corruption qui ont visé les gouvernements ayant suivi les années de dictature et de la colère causée par l'inégale répartition des richesses.
Voulant éviter de répéter les erreurs de sa campagne présidentielle de 2016, qui l'avait vu assailli de questions sur le passé de sa famille, Marcos Jr a boudé les débats et n'a accordé que de rares interviews, dans lesquelles il est apparu assez mal à l'aise.
Après même sa victoire, la parole de Marcos Jr s'est faite rare dans les médias, l'élu préférant communiquer à travers Trixie Cruz-Angeles, avocate et blogueuse, nommée récemment son attachée de presse.
Ses opposants ont tenté de le faire disqualifier de la course à la présidence, invoquant une condamnation antérieure pour défaut de déclaration de revenus, l'accusant d'avoir menti sur ses diplômes et d'avoir près de 4 milliards de dollars de droits de succession impayés.
Même s'il l'a qualifié de "faible", le président sortant Rodrigo Duterte a soutenu sa candidature. Certains y ont vu une tentative du président sortant, qui fait l'objet d'une enquête internationale pour sa guerre meurtrière contre la drogue, d'obtenir la garantie qu'il ne sera pas poursuivi après son mandat.
M.Furrer--BTB