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Migration : l'Allemagne affiche sa fermeté avec l'expulsion de 81 condamnés afghans
Le gouvernement allemand a expulsé vendredi 81 Afghans condamnés par la justice, nouveau signal du durcissement de la politique migratoire opéré par le chancelier conservateur Friedrich Merz.
Le vol a décollé en direction de l'Afghanistan avec à son bord des hommes "soumis à une décision d'expulsion et qui ont déjà été condamnés par la justice pénale", a annoncé le ministère de l'Intérieur.
L'initiative a aussitôt été dénoncée par l'ONU, qui a demandé "l'arrêt immédiat du renvoi forcé de tous les réfugiés et demandeurs d'asile afghans".
Il s'agit de la seconde opération de ce type depuis l'été dernier, la première depuis l'entrée en fonction de la coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates dirigée par Friedrich Merz.
Les expulsions vers l'Afghanistan sont controversées en raison du retour au pouvoir des talibans en août 2021, autorité que le gouvernement allemand ne reconnaît pas et avec laquelle il n'entretient pas de relations diplomatiques.
Comme d'autres dirigeants européens, Friedrich Merz souhaite restreindre l'accueil des demandeurs d'asile dans un contexte de progression de l'extrême droite à travers le continent.
Cette opération d'expulsion a été annoncée le jour où le gouvernement allemand accueillait, dans le sud du pays, les ministres de l'Intérieur de cinq pays de l'UE désireux de durcir leurs politiques d'immigration.
Les renvois de délinquants afghans vers leur pays "doivent pouvoir se poursuivre à l'avenir. Les auteurs d'infractions graves n'ont pas le droit de séjourner dans notre pays", a affirmé le ministère allemand de l'Intérieur Alexander Dobrindt.
Plusieurs des Afghans expulsés avaient été condamnés pour violences sexuelles, homicides, blessures volontaires, incendies criminels, infractions liées aux stupéfiants, selon les autorités régionales.
- Médiation du Qatar -
Le précédent gouvernement dirigé par le social-démocrate Olaf Scholz avait expulsé, le 30 août 2024, un groupe de 28 Afghans condamnés pour crimes, une première depuis le retour au pouvoir des talibans.
L'opération menée vendredi a pu se dérouler grâce à l'entremise du Qatar, a précisé le ministère de l'Intérieur.
Mais Berlin avait indiqué récemment vouloir négocier directement avec les autorités talibanes. "Ces discussions devront avoir lieu" , a dit vendredi M. Dobrindt.
Pour autant, "il n'y a pas d'élargissement des relations ni de reconnaissance du régime en place" à Kaboul, a assuré le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul.
Berlin "coopère avec un régime terroriste", a fustigé une députée du parti d'opposition de gauche radicale Die Linke, Clara Bünger.
Dénonçant lui aussi la décision de Berlin, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits humains Volker Türk a souligné que certains Afghans expulsés risquaient "d'être persécutés" dans leur pays.
"Expulser des personnes vers des pays dangereux comme l'Afghanistan et diaboliser les réfugiés est l'expression d'un programme autoritaire qui a malheureusement également trouvé son chemin en Allemagne", a abondé Amnesty International.
L'Allemagne souhaite également pouvoir procéder à des expulsions vers la Syrie.
- Solutions européennes -
Le thème de l'immigration est coeur des débats politiques dans le pays marqué par une progression sans précédent de l'extrême droite aux législatives de février dernier.
"La surcharge de nos pays par la migration illégale contribue également de manière massive à la polarisation de la société", a souligné Alexander Dobrindt devant ses homologues européens.
La première économie européenne a accueilli plus d'un million de réfugiés, dont de très nombreux Syriens et Afghans, lors de la crise migratoire des années 2015-2016, sous le mandat de l'ex-chancelière Angela Merkel.
Les gouvernements qui ont suivi ont refermé la page de cette politique d'accueil.
Au cours des dernières semaines, la coalition de Friedrich Merz a décidé le refoulement des demandeurs d'asile aux frontières du pays et modifié la législation afin de limiter le regroupement familial pour certaines catégories de réfugiés et d'allonger les délais d'accès à la nationalité allemande.
Mais "nous ne pourrons résoudre le problème à long terme qu'ensemble, au sein de l'Union européenne", a dit le chancelier vendredi lors d'une conférence de presse.
Le ministre de l'Intérieur a dit miser sur une initiative européenne visant à faciliter les expulsions des migrants déboutés de l'asile vers des pays tiers hors UE.
"Nous voulons créer la possibilité de renvoyer les migrants dans des pays voisins proches de leur pays d'origine" lorsque ce dernier refuse de reprendre ses ressortissants, a-t-il déclaré à la presse.
T.Bondarenko--BTB