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Berlin, Londres et Paris prêts à réimposer des sanctions contre l'Iran
L'Allemagne, le Royaume Uni et la France sont prêts à déclencher le mécanisme de réimposition de sanctions contre l'Iran si aucune solution négociée n'est trouvée sur le programme nucléaire iranien d'ici fin août.
Dans une lettre adressée au secrétaire général de l'ONU, António Guterres, et au Conseil de sécurité, obtenue par l'AFP et confirmant une information du quotidien Financial Times, les trois ministres des Affaires étrangères soulignent avoir "clairement indiqué que si l'Iran ne souhaite pas parvenir à une solution diplomatique avant fin août 2025, ou ne saisit pas l'opportunité d'une prolongation", ils sont "prêts à déclencher le mécanisme" permettant de rétablir l'ensemble des sanctions internationales à l'encontre de Téhéran.
Le trio européen Allemagne, France, Royaume-Uni -- connu sous le nom E3 -- fait partie des puissances mondiales, avec la Chine, la Russie et les Etats-Unis, qui avaient négocié l'accord nucléaire historique de 2015 avec Téhéran, prévoyant un encadrement des activités nucléaires iraniennes en échange d'une levée des sanctions internationales.
Le texte est devenu caduc lorsque Washington a décidé de se retirer unilatéralement du traité sous la première présidence de Donald Trump, et Téhéran s'est affranchi des engagements pris.
Depuis, les Occidentaux tentent de renégocier un traité encadrant le programme nucléaire alors qu'ils suspectent Téhéran de vouloir se doter de l'arme nucléaire, ce que les autorités iraniennes réfutent.
Dans leur courrier adressé mardi à l'ONU, le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul, ses homologues français Jean-Noël Barrot et britannique David Lammy se disent "pleinement engagés en faveur d'une résolution diplomatique de la crise provoquée par le programme nucléaire iranien et poursuivront leurs échanges en vue de parvenir à une solution négociée".
Mais ils font aussi une liste "non exhaustive" des engagements nucléaires pris dans le cadre de l'accord qui avait été signé en 2015 que "l'Iran n'a pas respectés", dénonçant en particulier l'accumulation d'un stock total d'uranium enrichi, "plus de 40 fois" supérieur à la limite fixée par le traité.
- "Préoccupant" -
"Depuis 2019, l'Iran s'est délibérément et publiquement écarté de ses engagements (...) comme en témoignent plus de 60 rapports de l'AIEA sur six ans", écrivent-ils. "Le non-respect par l'Iran de ses engagements (...) est aussi flagrant que préoccupant".
Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran est l'unique pays non doté de l'arme nucléaire à enrichir de l'uranium à un niveau élevé (60%), bien au-delà de la limite de 3,67% fixée par l'accord de 2015.
Cette lettre intervient alors que l'échéance -- fin août -- pour enclencher le mécanisme de retour des sanctions internationales approche.
Elle est ausi envoyée alors que l'avancement du programme nucléaire iranien fait l'objet de nombreuses spéculations depuis les frappes israéliennes et américaines en juin.
La guerre des douze jours avait mis un coup d'arrêt aux négociations entamées entre Téhéran et Washington d'une part et aux discussions avec le E3 d'autre part.
En outre, l'Iran avait suspendu sa coopération, déjà limitée, avec l'AIEA.
Le 25 juillet, les émissaires français, britanniques et allemands ont toutefois repris langue avec leurs homologues iraniens lors d'une réunion à Istanbul sans résultat tangible.
Dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi avait annoncé qu'un directeur général adjoint de l'agence était attendu lundi à Téhéran pour discuter d'un nouveau cadre de coopération pour les inspections des sites iraniens.
S'agissant des sanctions, il avait affirmé le 20 juillet que le E3 n'avait pas de légitimité à réenclencher le mécanisme de sanctions, également dans un courrier adressé à l'ONU.
Les trois ministres répondent dans leur lettre que ces affirmations sont "infondées".
Les trois pays, en tant que participants au traité de 2015 connu sous l'acronyme JCPOA, "seraient clairement et sans ambiguïté juridiquement fondés à utiliser les dispositions pertinentes de la résolution 2231 (2015) du Conseil de sécurité des Nations unies pour déclencher le mécanisme", préviennent-ils.
Lors de négociations en Turquie le mois dernier, les E3 avaient évoqué la possibilité de repousser la date limite de fin août si Téhéran acceptait de reprendre les négociations avec les États-Unis et la coopération avec l'Agence internationale de l'énergie atomique.
Mais, le E3 fait le constat que leur offre de prolongation est restée sans réponse de la part de l'Iran.
M.Ouellet--BTB