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À l’entrée de Gaza, des centaines de camions humanitaires bloqués et une aide au compte-gouttes
Au poste-frontière de Rafah, à l’entrée côté égyptien de la bande de Gaza, des centaines de camions humanitaires attendent depuis des jours l’autorisation d’Israël pour livrer des vivres dans le territoire palestinien affamé.
Mais seuls quelques-uns franchissent chaque jour la frontière, au gré des décisions israéliennes, selon des chauffeurs et humanitaires. "Tout dépend de leur bon vouloir", affirme Mahmoud El-Sheikh, un camionneur égyptien bloqué depuis 13 jours avec une cargaison de farine.
"Hier, 300 camions ont été renvoyés. Seuls 35 ont pu passer", détaille-t-il.
Chaque nuit, jusqu’à 150 camions s’alignent côté égyptien. Au matin, " les Israéliens inspectent ceux qu’ils veulent et renvoient les autres ", explique Hussein Gomaa, un collègue.
En général, expliquent les chauffeurs, les poids-lourds sont dirigés, une fois franchi le poste, vers le passage israélien Kerem Shalom, à quelques kilomètres. Là, les conducteurs doivent descendre de leur véhicule le temps de l’inspection avant de connaître le sort de leur cargaison.
- L'aide humanitaire filtrée -
Après presque deux années de guerre, l’ONU alerte sur la menace d'une "famine généralisée" à Gaza, combinée à une pénurie d’eau et de soins médicaux.
Malgré l’urgence, les ONG dénoncent une lenteur intenable: Israël continue de bloquer l’entrée de secours vitaux, d’abris et de pièces pour les infrastructures hydrauliques, selon plusieurs responsables onusiens, routiers et volontaires du Croissant-Rouge égyptien interrogés par l’AFP.
Les cargaisons sont souvent rejetées au motif qu’elles sont à "double usage" — susceptibles d’être détournées à des fins militaires.
"Certains matériaux sont refusés simplement parce qu’ils sont métalliques", déplore Amande Bazerolle, responsable des urgences à Gaza pour Médecins Sans Frontières (MSF).
Selon des volontaires, d'autres motifs frisent parfois l’absurde: "une palette mal alignée, un film plastique mal enroulé…", rapporte l'un d'entre eux, du Croissant-Rouge.
A cause d'une palette en plastique et non en bois, une camion transportant des brancards de soins intensifs est ainsi resté bloqué, malgré les alertes de l’ONU sur leur pénurie à Gaza.
"Vous pouvez avoir un numéro d’approbation" qui a été "validé par toutes les parties", explique Amal Emam, responsable du Croissant-Rouge égyptien, "y compris du COGAT" - organe du ministère de la Défense israélien gérant les affaires civiles dans les Territoires palestiniens occupés. "Et une fois à la frontière, tout est refusé."
Dans les entrepôts où l’aide s'entasse depuis des mois, les stocks sont principalement composés de produits secs — lentilles, pois chiches, haricots, riz, pâtes. Plusieurs denrées affichent déjà des dates de péremption dépassées.
La liste des produits interdits "s’étend sur des pages entières", décrit Olga Cherevko, porte-parole du Bureau de coordination humanitaire de l’ONU (OCHA).
- "Une famine organisée" -
Alors que l’entrée de médicaments basiques, comme des anti-inflammatoires, peut prendre une semaine, les traitements sensibles, comme l’insuline, doivent être transportés dans des véhicules non adaptés, Israël refusant régulièrement les conteneurs réfrigérés.
"On n’ose plus faire entrer d’antidouleurs puissants, de peur que le camion entier soit refusé", confie un responsable de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Dans les entrepôts, des dizaines de bouteilles d’oxygène, fauteuils roulants, toilettes portables et générateurs s’accumulent.
"C’est comme s’ils rejetaient tout ce qui pourrait redonner un semblant d’humanité", accuse un employé de l’ONU sous couvert d’anonymat.
Un responsable de l’OMS estime que seuls 50 camions parviennent à entrer chaque jour. L'Egypte évoque plutôt 130 à 150 camions, parfois 200 — soit environ un tiers des besoins quotidiens, selon l'ONU.
L’AFP n’a pas pu vérifier ces chiffres de manière indépendante.
"C’est une famine organisée", a accusé lundi le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, en visite au poste de Rafah.
Dans un message publié sur X, la semaine dernière, le COGAT a nié bloquer l’aide, affirmant que 320 camions étaient entrés dimanche à Gaza.
Sur le terrain, alerte MSF, même des scalpels ou des fixateurs externes pour traiter les membres cassés sont rejetés. "Des gens risquent de perdre leurs membres car nous n'avons pas les outils nécessaires", déplore Amande Bazerolle.
I.Meyer--BTB