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Nucléaire iranien: les Européens amorcent le rétablissement des sanctions contre Téhéran
Face à l'impasse des négociations sur le nucléaire iranien, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne ont mis jeudi leur menace à exécution en entamant à l'ONU la procédure de rétablissement des sanctions internationales contre Téhéran dans trente jours.
Les trois pays, surnommés E3, "souhaitent notifier le Conseil de sécurité que, sur la base de preuves factuelles, le E3 estime que l'Iran est en position de non respect important de ses engagements" en vertu de l'accord sur le nucléaire de 2015, le JCPOA, et "invoquent ainsi le mécanisme connu sous le nom du snapback" qui ouvre un processus de trente jours permettant de réimposer une série de sanctions suspendues il y a dix ans, indique la lettre.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a dénoncé une décision "injustifiée et illégale" des Européens, tout comme l'ambassadeur russe adjoint à l'ONU pour qui elle n'a "absolument aucune base légale".
Israël a au contraire salué "une étape importante pour arrêter le programme nucléaire iranien".
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a affirmé que les Etats-Unis étaient ouverts à des discussions "directes" avec l'Iran "afin de trouver une solution pacifique et durable à la question du nucléaire iranien".
Signé par le E3, l'Iran, les Etats-Unis, la Chine et la Russie, le JCPOA suspend diverses sanctions économiques internationales prises par l'ONU contre l'Iran.
Le gouvernement iranien, qui avait lancé un programme nucléaire secret, est accusé de vouloir se doter de l'arme atomique, ce qu'il réfute. L'accord a été dénoncé en 2018 par les Etats-Unis qui ont rétabli leur propre volet de sanctions.
Le E3 menaçait de rétablir les sanctions quelques semaines avant que n'expire la possibilité d'y recourir en vertu du JCPOA, et après la campagne de bombardements israéliens et américains menés en juin contre les sites du programme iranien.
- Vers un délai supplémentaire ? -
Ils espèrent pousser l'Iran à des concessions alors que la diplomatie est au point mort: les négociations Etats-Unis-Iran sont ensablées, la coopération de Téhéran avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) est restreinte, et les discussions entre Téhéran et les Européens n'avancent pas.
"En juillet 2025, les E3 ont mis sur la table une offre d'extension de la résolution" 2231 de l'ONU régissant le JCPOA "et de son mécanisme de +snapback+. Les exigences fixées par les E3 en contrepartie de cette extension, à savoir notamment la reprise des négociations, le respect par l'Iran de ses obligations à l'égard de l'AIEA, et des mesures pour répondre à nos préoccupations concernant le stock d'uranium hautement enrichi, n'ont pas encore été remplies de manière satisfaisante par l'Iran", écrivent les trois ministres des Affaires étrangères dans une déclaration conjointe séparée.
Dénonçant "un risque majeur de prolifération", ils affirment avoir fait "tous les efforts possibles pour sortir de l'impasse" depuis plusieurs années.
"L'escalade nucléaire de l'Iran ne doit pas aller plus loin", a justifié jeudi le chef de la diplomatie française sur X, alors que le sort de 400 kilos d'uranium à 60%, permettant de fabriquer 9 bombes, demeure inconnu depuis qu'ils ont été visés par les bombardements israéliens et américains de juin.
Toutefois, "cette mesure ne signe pas la fin de la diplomatie: nous sommes déterminés à mettre à profit la période de trente jours qui s'ouvre pour dialoguer avec l'Iran", affirme Jean-Noël Barrot.
- "Jouer l'escalade" ? -
Il est dans l'intérêt des Iraniens "d'utiliser ces trente jours pour faire des efforts", a expliqué une source diplomatique française. "Je pense qu'ils vont être tentés de jouer l'escalade, du moins en partie", prévient-elle, "mais si on ne faisait rien, le dossier du nucléaire iranien sortait de l'ONU pour toujours".
"Nous attendons désormais de l'Iran" une "coopération totale avec l'AIEA", un "engagement clair en faveur de négociations avec les Etats-Unis", et des certitudes sur le sort du stock d'uranium iranien, a expliqué sur X le ministre allemand Johann Wadephul.
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé à saisir cette "fenêtre d'opportunité" de trente jours pour éviter le rétablissement des sanctions.
Mais Téhéran affirme que cette décision "compromettra gravement le processus d'interaction et de coopération en cours" avec l'AIEA.
"Les Iraniens s'arc-boutent à leur position maximaliste qui est de n'autoriser aucune nouvelle coopération avec l'AIEA. Est-ce qu'il peut y avoir des négociations dans les trente jours ? C'est l'objectif de tout le monde, mais il faut que les Iraniens abandonnent cette position maximaliste", analyse pour l'AFP Héloïse Fayet, chercheuse sur les questions nucléaires à l'Institut français des relations internationales (Ifri).
Le délai de trente jours expirera durant les réunions de la "semaine de haut niveau" de l'Assemblée générale de l'ONU à New York du 22 au 30 septembre, où seront rassemblés des dizaines de dirigeants mondiaux.
M.Furrer--BTB