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Au Sénégal, la solidité du duo Diomaye-Sonko à l'épreuve
Accolades, échanges fraternels, sourires... Au Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko semblent avoir retrouvé leur complicité après de premiers signes de tension, sans toutefois dissiper les doutes sur l'avenir de leur duo d'ici la présidentielle de 2029.
Le pays est depuis la présidentielle de 2024 dans une situation singulière, avec un président redevable de son poste à son Premier ministre et mentor, à qui le fauteuil serait certainement revenu si sa candidature n'avait été invalidée.
Compagnons de route de longue date, M. Sonko, 51 ans, et le président Faye, 45 ans, forment un attelage qui a suscité de nombreux espoir dans le pays, notamment chez les jeunes, après leur triomphe il y a 16 mois au terme de trois années d'un combat commun contre l'ex-pouvoir qui leur a valu d'être emprisonnés.
Depuis que M. Faye a nommé M. Sonko Premier ministre, ils se répartissent les tâches - affaires étrangères pour le premier, tout en retenue, affaires intérieures et autres pour le second, dans un style plus clivant - et expriment volontiers leur estime mutuelle.
Mais un malaise est récemment apparu au grand jour au sein du duo, qui a remporté la présidentielle dès le premier tour sous le slogan "Sonko mooy Diomaye" ("Sonko c'est Diomaye").
Dans une sortie tonitruante début juillet, le Premier ministre, visage dur et ton menaçant, s'en est vivement pris au président Faye, fustigeant un "problème d'autorité" dans le pays, lors d'une rencontre de leur parti, le Pastef.
"Si c'était moi le président, les choses ne se passeraient pas comme ça", avait-il asséné.
A l'origine de cette mésentente, un supposé manque de soutien du président face aux attaques dont M. Sonko, personnage à la fois adulé et honni, dit faire l'objet.
L'épisode, qui a laissé craindre une crise au sommet de l’État, a été vite étouffé par le président, qui a assuré n'avoir aucun conflit avec son Premier ministre.
- "Malaise profond" -
Mais pour beaucoup, le différend demeure toujours malgré les apparences.
"Tout indique que c'est un malaise plus profond", estime Sidy Diop, analyste politique qui note une "véritable rupture" entre le président et la base radicale du Pastef, fidèle à Ousmane Sonko.
Depuis la sortie de M. Sonko, M. Faye est sous pression, certains militants du Pastef inondant de messages hostiles chacune de ses publications sur les réseaux sociaux.
Parallèlement, plusieurs responsables du parti et des ministres ont affiché leur soutien au Premier ministre, qui reste le président et leader charismatique du Pastef.
Sur les réseaux sociaux, un député du Pastef proche du Premier ministre, Guy Marius Sagna, n'a pas hésité à qualifier M. Sonko de "président légitime", reléguant M. Faye au rang de "président légal".
"On sent carrément qu'il y a désormais deux camps" au sein du parti, observe Samba Oumar Fall, auteur d'un ouvrage sur le duo intitulé "Ruptures et promesses".
S'ils n'affichent aucun différend politique, les deux hommes ont quelques sources de désaccords sur la forme, notent plusieurs observateurs, notamment sur la marche de la justice et le traitement des crimes commis par le pouvoir précédent, mais aussi sur la nomination par M. Faye de certains responsables accusés d'être proches de l'ancien régime.
- Pas comme les autres -
Cette agitation suscite déjà des interrogations sur le maintien de ce pouvoir bicéphale d'ici la présidentielle de 2029.
Alors que cette échéance est encore lointaine, le leader du Pastef a récemment affirmé que "rien ni personne" ne pourrait l'empêcher d’être candidat. Or plus ce rendez-vous va se rapprocher, plus les tensions risquent de s'exacerber, estime l'analyste Sidy Diop.
"Rien, absolument rien, ne saurait briser le lien indéfectible qui (les) unit", balaye de son côté El Malick Ndiaye, un des responsables du parti.
Stratège ingénieux et opiniâtre, Ousmane Sonko a été le principal artisan de la victoire du président Faye, longtemps resté dans son ombre. M. Faye est le premier à reconnaître qu'il ne serait pas où il est si son guide ne l'avait poussé en avant quand sa propre candidature avait été invalidée.
Cela confère à M. Sonko une légitimité et une force politique qui en font un Premier ministre pas comme les autres, souligne M. Diop.
D'un autre côté, Bassirou Diomaye Faye détient le vrai pouvoir et peut se séparer de son chef de gouvernement par un simple décret, ajoute-t-il.
Alioune Tine, figure de la société civile, voit dans le duo Faye-Sonko un attelage "très complémentaire", conscient des multiples défis qui l'attendent comme l'emploi des jeunes, la cherté de la vie ou la relance économique: "Rien ne peut les séparer".
Un divorce entre les deux serait une terrible désillusion pour les Sénégalais, souligne Sidy Diop, selon qui "ils ne peuvent pas se payer le luxe d'une séparation qui ne profiterait à aucun des deux".
L.Janezki--BTB