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Bayrou une dernière fois devant les députés pour sa chute annoncée
Sauf coup de théâtre, François Bayrou va devenir le premier chef de gouvernement de la Ve République à tomber sur un vote de confiance. Un scénario qu'il a lui même provoqué et qui ouvre une nouvelle période d'incertitudes, au moins jusqu'à la nomination de son successeur.
Tous les regards se tournent déjà vers Emmanuel Macron, de nouveau à la recherche d'un Premier ministre. Le troisième depuis qu'aucune majorité ne s'est dégagée à l'Assemblée nationale après la dissolution, il y a plus d'un an.
Après le président du Sénat Gérard Larcher vendredi, il recevra lundi la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, d'après son entourage. Ses proches n'excluent pas une prise de parole dans les prochains jours, peut-être dès mardi, évoquant un chef de l'Etat qui, cette fois, veut aller vite.
En attendant, après moins de neuf mois à Matignon, lundi à 15H00, François Bayrou montera à la tribune de l'Assemblée pour engager la responsabilité de son gouvernement. Les chefs de files des groupes parlementaires lui répondront, avant le vote attendu dans la soirée.
La sentence est déjà connue: face aux vetos annoncés de la gauche et de l'extrême droite, le centriste sait que la fin de son bail est imminente.
Dans cet esprit, il a convié ses ministres à "un moment convivial" à Matignon dans la soirée, d'après son entourage.
Il travaille "depuis plusieurs jours" sur son discours, ajoute-t-on. Comme durant ses multiples interviews, il devrait marteler la lourde "menace" que le "surendettement" fait peser sur le pays et qui justifie, à ses yeux, un effort budgétaire de 44 milliards d'euros pour 2026.
Son pari très risqué -- un "suicide politique", selon l'ex-président Nicolas Sarkozy -- s'est presque immédiatement révélé perdu.
Le maire de Pau a refusé de faire des concessions, provoquant sa chute avant même l'examen du budget, exercice sur lequel son prédécesseur Michel Barnier (LR) s'était déjà cassé les dents.
Son bail à Matignon a été marqué par l'affaire Bétharram, un conclave raté sur les retraites, et peu de projets de loi marquants. Lui assure n'avoir "aucun regret".
- "Pas traîner" -
Les tractations pour le remplacer sont déjà bien entamées, beaucoup réclamant que le président ne laisse pas s'éterniser un gouvernement gérant les affaires courantes, face à l'impératif du budget 2026.
Plusieurs dates plaident aussi pour une vacance courte: les mobilisations "Bloquons tout" le 10 septembre, syndicale le 18, ou encore la décision vendredi de l'agence Fitch qui pourrait dégrader la note de la dette française.
Dans la course au successeur, le PS s'est placé au centre du jeu, Olivier Faure se déclarant "prêt" pour Matignon.
Mais si Emmanuel Macron a demandé aux chefs du camp gouvernemental de "travailler" avec les socialistes, peu dans son entourage pensent qu'il nommera le premier secrétaire du Parti socialiste, qui rejette l'idée d'un gouvernement "commun" avec des macronistes.
Et le patron des Républicains Bruno Retailleau, qui plaide pour l'élaboration d'un "accord de gouvernement" avec le prochain locataire de Matignon, a prévenu: "hors de question" d'accepter un Premier ministre socialiste.
Plus probable donc: la négociation d'un accord de non-censure par une personnalité de droite ou du centre.
"Il faut de la stabilité. Et le plus stable, c'est le socle commun qui dialogue avec les socialistes", estime un proche du président. Selon lui, il est possible qu'Emmanuel Macron nomme d'abord un Premier ministre qui négocierait sur un contrat de gouvernement avant de procéder aux nominations de ses ministres.
Plusieurs noms circulent pour Matignon : les ministres Sébastien Lecornu (Armées), Gérald Darmanin (Justice), Catherine Vautrin (Travail et Santé), Eric Lombard (Economie), le président LR des Hauts-de-France Xavier Bertrand, l'ancien chef de la diplomatie et ex-socialiste Jean-Yves Le Drian...
- "Tambouille" -
Le Rassemblement national pousse lui pour une dissolution et de nouvelles législatives anticipées, qu'il dit cette fois pouvoir gagner.
Marine Le Pen -- qui connaîtra lundi la date de son procès en appel dans l'affaire des assistants d'eurodéputés lui valant une inéligibilité -- s'est dite prête à "sacrifier" son mandat de députée pour porter son parti à Matignon.
La France insoumise réclame pour sa part la démission d'Emmanuel Macron ou sa destitution, ses députés devant déposer une motion en ce sens. Le PS, en voulant gouverner sous Macron, ne fait que prendre part à une "grande tambouille", a fustigé son leader Jean-Luc Mélenchon.
M.Furrer--BTB