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En Norvège, la jeunesse succombe à la tentation populiste 2.0
Fort d'un score historique aux législatives en Norvège, la droite populiste doit largement son succès à la jeunesse, en particulier chez les hommes, séduite par son discours anti-fiscal, anti-élites et anti-immigration martelé sur des réseaux sociaux devenus source essentielle d'information.
Si la gauche l'a emporté, permettant au Premier ministre travailliste Jonas Gahr Støre de rester au pouvoir quatre ans de plus, le parti du Progrès (FrP) a réalisé lundi la meilleure performance depuis sa création en 1973, en recueillant près d'un quart des voix (23,9%) et en devenant pour la première fois la principale force d'opposition.
"Ce soir, nous allons célébrer le meilleur résultat de tous les temps, et mon objectif, c'est que ce ne soit que le début", s'est exclamée sa cheffe, Sylvi Listhaug, devant ses partisans en liesse.
Parmi eux, énormément de jeunes.
Selon une enquête de la chaîne NRK, le FrP est désormais le premier parti chez les hommes de moins de 30 ans, une tendance observée dans un nombre croissant de pays en Europe.
Professeur de sciences politiques à l'université de Tromsø, Jonas Stein y voit "une combinaison de facteurs".
"Il y a l'économie --ce sont des personnes qui veulent garder une part plus élevée de ce qu'ils gagnent et pouvoir s'enrichir-- et une forme de contestation contre l'égalitarisme et une partie des forces progressistes", dit-il à l'AFP.
Dans un pays où la fiscalité est l'une des plus élevées d'Europe, le FrP veut sortir la tronçonneuse.
Le parti réclame notamment l'abolition de l'impôt sur la fortune qui a poussé plusieurs dizaines d'ultra-riches à s'exiler ces dernières années.
"Nous devons baisser nos impôts parce que nous voyons que certains Norvégiens qui créent beaucoup d'emplois, des entrepreneurs prospères, s'installent en Suisse ou en Suède, et cela n'est pas durable pour la Norvège", a expliqué Mme Listhaug à l'AFP.
Parallèlement, le parti préconise de réduire les coûts liés à la bureaucratie, l'aide au développement, l'immigration, et les subventions aux énergies renouvelables.
Tenant à conserver l'anonymat, l'un de ces primo-votants à avoir voté FrP dit avoir fait ce choix car "chacun devrait pouvoir davantage garder son propre argent afin de choisir soi-même les prestations sociales qui lui conviennent".
"Pour moi, c'est essentiellement une question d'économie et d'impôts, mais la criminalité occupe aussi mon esprit, le fait que le FrP veuille donner plus d'argent à la police, qu'il souhaite une politique d'immigration plus sévère (...) car j'ai le sentiment que l'intégration ne fonctionne pas très bien actuellement", explique le jeune homme qui, à 19 ans, gère sa propre société d'investissements.
- "Davantage de polarisation" -
Branche Jeunes du FrP, le FpU et son leader, Simen Velle, ont été extrêmement actifs sur les réseaux sociaux de prédilection des jeunes pendant la campagne.
Sur TikTok, le mot d'ordre "Votez FrP!" s'est répandu comme une traînée de poudre.
Résultat: le parti du Progrès a largement remporté le "skolevalg", des élections simulées dans les lycées pour sensibiliser les jeunes à la démocratie, avec 26% des voix.
Le FrP reste cependant difficile à classer.
Politologue, Johannes Bergh le définit comme un "parti populiste de droite" anti-immigration et anti-élites.
"Mais si on le compare à d'autres partis de cette catégorie en Europe comme les Démocrates de Suède ou (le Rassemblement national de) Marine Le Pen, le parti du Progrès est plus modéré et fait beaucoup plus partie de l'establishment" qui "ne franchit pas la limite du racisme", précise-t-il.
Il a d'ailleurs déjà exercé le pouvoir en Norvège aux côtés des conservateurs entre 2013 et 2020.
Alors titulaire de plusieurs ministères, Mme Listhaug avait fait des vagues pendant la crise migratoire en 2015, en dénonçant "la tyrannie de la bonté" et en estimant que les étrangers "ne (pouvaient) être accueillis en grande pompe".
Rejetant tout lien de parenté avec d'autres partis européens, la responsable de 47 ans décrit elle-même aujourd'hui le FrP comme "un parti libéral qui veut plus de liberté (de choix), moins de taxes, moins de gouvernement et (...) une politique d'immigration stricte".
Dans un paysage politique norvégien où règne une culture du compromis, le nouveau poids du FrP pourrait déboucher sur "davantage de polarisation", souligne Jonas Stein.
"Jamais les deux principaux partis norvégiens n'ont été aussi éloignés l'un de l'autre".
F.Pavlenko--BTB