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Nucléaire: compte à rebours vers le rétablissement des sanctions contre l'Iran
Les sanctions de l'ONU contre l'Iran seront formellement rétablies samedi soir après l'échec des négociations avec les Occidentaux, qui réclament des gages sur son programme nucléaire, le président iranien fustigeant une exigence américaine de céder "tout" l'uranium enrichi.
Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran est le seul pays non doté de l'arme nucléaire à enrichir l'uranium à un niveau élevé (60%) proche du seuil technique de 90%, nécessaire à la fabrication de la bombe atomique.
Téhéran se défend d'avoir de telles ambitions sur le plan militaire mais insiste sur son droit au nucléaire à des fins civiles, notamment pour produire de l'électricité.
D'après l'AIEA, l'Iran dispose d'environ 440 kilos d'uranium enrichi à 60%, un stock qui, s'il était enrichi jusqu'au niveau de 90%, permettrait au pays de se doter de 8 à 10 bombes nucléaires, selon des experts européens.
Le président iranien Massoud Pezeshkian a affirmé samedi que les Etats-Unis avaient exigé de l'Iran de lui remettre "tout" son uranium enrichi en échange d'une prolongation pour trois mois d'une suspension des sanctions, qualifiant cette requête d'"inacceptable".
"Ils veulent que nous leur cédions tout notre uranium enrichi", a déclaré à la télévision d'Etat M. Pezeshkian avant de s'envoler pour Téhéran, depuis New York où il a assisté à l'Assemblée générale de l'ONU.
"Dans quelques mois, ils auront une nouvelle exigence et diront (de nouveau) qu'ils veulent rétablir le snapback", a ajouté le président iranien, en référence au mécanisme de rétablissement des sanctions onusiennes qui entrera en vigueur sauf rebondissement dans la nuit de samedi à dimanche.
Le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, groupe de pays appelés E3, ont déclenché fin août ce dispositif qui permet dans un délai de 30 jours de rétablir les sanctions levées en 2015 après l'accord sur le nucléaire iranien.
Après le feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU et l'échec vendredi de la Russie et de la Chine à repousser la date butoir, de lourdes sanctions, allant d'un embargo sur les armes à des mesures économiques, seront rétablies dans la nuit de samedi à dimanche, sauf coup de théâtre de dernière minute.
En protestation, l'Iran a rappelé samedi "pour consultations" ses ambassadeurs en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, a indiqué la télévision d'Etat.
- "Gestes concrets" -
Des réunions au plus haut niveau se sont multipliées toute la semaine en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New York pour tenter de trouver une solution diplomatique.
Mais le trio européen a jugé que Téhéran n'avait pas fait les "gestes concrets".
Les Européens avaient posé trois conditions: reprise des négociations avec les Etats-Unis; accès des inspecteurs de l'AIEA sur les sites nucléaires sensibles de Natanz, Fordo et Ispahan, bombardés en juin par Israël et les Etats-Unis; processus pour sécuriser le stock d'uranium enrichi.
Après avoir suspendu ses relations avec l'agence onusienne à la suite des attaques de juin, l'Iran avait accepté début septembre un nouveau cadre de coopération avec l'AIEA.
Des inspections de certains sites nucléaires ont repris cette semaine, selon l'agence.
Dans ce contexte, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a accusé Américains et Européens de "mauvaise foi", jurant que son pays ne céderait "jamais à la pression". Mais il a également laissé la porte ouverte aux négociations.
Les Iraniens jugent illégal le processus de rétablissement des sanctions, tout comme la Chine et la Russie.
Les deux pays ont proposé, sans succès, vendredi au Conseil de sécurité de l'ONU de prolonger de six mois l'accord sur le nucléaire iranien qui expire le 18 octobre, afin de donner plus de chances à la diplomatie.
- Désaccord de la Russie -
Dans ces conditions, des observateurs craignent que certains pays, notamment la Russie, décident de s'affranchir de la décision du Conseil de réimposer les sanctions. Une hypothèse qu'a d'ailleurs semblé suggérer vendredi l'ambassadeur adjoint russe à l'ONU Dmitry Polyanskiy.
"Il n'y a pas de snapback et il n'y aura pas de snapback. Toute tentative de ressusciter les résolutions anti-iraniennes du Conseil de sécurité en place avant 2015 est nulle et non avenue", a-t-il martelé après l'échec du vote.
En 2015, France, Royaume-Uni, Allemagne, Etats-Unis, Russie et Chine avaient conclu avec Téhéran un accord, prévoyant un encadrement des activités nucléaires iraniennes en échange d'une levée des sanctions.
Les Etats-Unis, sous le premier mandat du président Donald Trump, ont décidé en 2018 de s'en retirer et de rétablir leurs propres sanctions.
L'Iran s'est ensuite affranchi de certains engagements, notamment sur l'enrichissement d'uranium.
"L'Iran n'a jamais cherché et ne cherchera jamais à fabriquer une bombe atomique. Nous ne voulons pas d'armes nucléaires", a affirmé cette semaine à la tribune de l'ONU le président iranien.
L.Janezki--BTB