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Trump a reçu le président syrien pour une rencontre historique
De la liste noire du FBI à la Maison Blanche: Donald Trump a reçu lundi Ahmad al-Chareh, une première pour un chef d'Etat syrien et une consécration pour l'ancien jihadiste.
"Je l'aime bien", a réagi le président américain après la rencontre, qui s'est déroulée loin des caméras, en ajoutant: "Nous ferons tout ce que nous pouvons pour que la Syrie réussisse."
"Il a un passé brutal, et je pense, franchement, que sans passé brutal vous n'avez aucune chance", a encore dit le milliardaire de 79 ans.
Il avait déjà exprimé sa sympathie pour le président intérimaire, dont la coalition islamiste a renversé le dirigeant de longue date Bachar al-Assad en décembre 2024, pendant leur toute première rencontre, en mai dans le Golfe.
Le département d'Etat a annoncé à l'occasion de cette visite historique une nouvelle pause des sanctions américaines de la loi César, en attendant que le Congrès ne les lève éventuellement pour de bon.
Le président syrien est arrivé discrètement à 11h37 locale (16h37 GMT) à la Maison Blanche.
Il est passé par une entrée latérale, sans le protocole habituellement réservé aux chefs d'Etat et de gouvernement étrangers, que le président américain vient presque toujours accueillir sur le perron.
- Partisans -
Les journalistes n'ont pas non plus été conviés dans le Bureau ovale en présence des deux dirigeants, comme c'est généralement le cas lors de visites officielles.
Ahmad al-Chareh a quitté les lieux aux alentours de 13h20 locales (18h20 GMT), et s'est arrêté quelques instants pour saluer des partisans qui l'acclamaient devant la Maison Blanche.
La présidence syrienne a publié un communiqué laconique, accompagné de quelques photos, indiquant que les deux dirigeants avaient évoqué "les manières de développer et renforcer" la relation bilatérale, ainsi que "plusieurs sujets régionaux et internationaux".
Ahmad al-Chareh a obtenu une nouvelle pause pour 180 jours de la loi César qui imposait des sanctions américaines drastiques contre le gouvernement de Bachar-al-Assad, et qui avait déjà été suspendue en mai.
Le département d'Etat américain est favorable à une levée complète de cette loi adoptée en 2019, qui bannissait la Syrie du système bancaire international et des transactions financières en dollars, mais cela passe par un vote du Congrès.
Ni Washington ni Damas n'ont communiqué dans l'immédiat sur une autre annonce qui était attendue lundi.
Pendant la visite, la Syrie devait en effet signer un accord pour rejoindre la coalition internationale antijihadiste menée par les Etats-Unis, selon l'émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack.
- Base militaire -
Les Etats-Unis, eux, prévoient d'établir une base militaire près de Damas, "pour coordonner l'aide humanitaire et observer les développements entre la Syrie et Israël", selon une autre source diplomatique en Syrie.
Vendredi, Washington avait retiré le dirigeant syrien de la liste noire des terroristes.
Depuis 2017 et jusqu'à décembre dernier, le FBI offrait une récompense de 10 millions de dollars pour toute information menant à l'arrestation du leader de l'ancienne branche locale d'Al-Qaïda, le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS).
Jeudi, le Conseil de sécurité de l'ONU avait aussi levé les sanctions contre Ahmad al-Chareh, à l'initiative des Etats-Unis.
Dès sa prise de pouvoir, le dirigeant syrien a rompu avec son passé, multipliant les ouvertures vers l'Occident et les Etats de la région, dont Israël avec lequel son pays est théoriquement en guerre.
Il a toutefois aussi promis de "redéfinir" la relation de son pays avec la Russie de Vladimir Poutine, allié-clé de Bachar al-Assad, qu'il a rencontré à Moscou il y a moins d'un mois.
"Trump amène Chareh à la Maison Blanche pour dire qu'il n'est plus un terroriste (...) mais un dirigeant pragmatique et, surtout, flexible qui, sous la direction américaine et saoudienne, fera de la Syrie un pilier régional stratégique", explique l'analyste Nick Heras.
En mai, Donald Trump avait pressé son homologue syrien de rejoindre les accords d'Abraham, qui ont vu plusieurs pays arabes reconnaître Israël en 2020.
R.Adler--BTB