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"C'est trop violent": à Minneapolis, les regrets des Latinos qui ont voté Trump
Lors des dernières élections présidentielles aux Etats-Unis, Edgar Hernandez a comme beaucoup de Latino-Américains voté pour Donald Trump. Mais face à la brutalité de sa politique migratoire à Minneapolis, où deux Américains sont morts en janvier, il éprouve des remords.
"Je ne suis pas d'accord avec ce qui se passe, c'est trop violent", confie à l'AFP ce pasteur protestant, élément de la vague latino qui a permis au milliardaire républicain de reconquérir la Maison Blanche il y a un an.
Les opérations coup de poing menées en pleine rue dans cette métropole démocrate du Midwest par des milliers de policiers fédéraux ont vidé son église.
Depuis deux mois, seul un quart de ses fidèles ose venir au service du dimanche. Les autres, des travailleurs sans-papiers, se terrent chez eux.
"Tous les Hispaniques sont d'accord pour dire que si une personne est ici illégalement et commet des délits, des vols, des meurtres, elle doit être arrêtée et expulsée", estime-t-il. "Mais je ne suis pas d'accord avec le fait d'expulser des personnes qui sont ici par nécessité et qui n'ont rien fait."
A 45 ans, cet Américain d'origine mexicaine se désole face à l'offre politique américaine, qui lui donne l'impression de devoir choisir entre "l'extrême droite ou l'extrême gauche".
En 2024, soutenir la démocrate Kamala Harris était impossible pour ce religieux, qui se désole face à la "décadence morale et spirituelle" d'une gauche défendant l'avortement et les lectures d'histoires aux enfants par des drag queens.
- Bourbier politique -
L'homme de foi reste critique des ex-présidents démocrates Joe Biden, incapable d'endiguer l'inflation, et Barack Obama, "l'expulseur en chef" ayant mis dehors des millions d'immigrés malgré ses discours d'espoir.
Alors, il a cru Donald Trump lorsque le milliardaire républicain a juré vouloir expulser les "criminels".
Le coup de filet indiscriminé actuel inclut toutefois les travailleurs sans-papiers sans antécédents judiciaires, les demandeurs d'asile et les enfants. De quoi choquer Sergio Amezcua, un autre pasteur ayant soutenu Trump.
"Je n'ai pas voté pour ça", soupire le Mexicano-Américain de 46 ans, scandalisé par les "contrôles au faciès" menés à Minneapolis.
En 2024, Donald Trump a obtenu le soutien de presque la moitié des électeurs latinos (48%), selon le Pew Research Center.
Un changement majeur dans cet électorat historiquement pro-démocrate, qui ne lui avait accordé que 36% de ses voix en 2020.
Mais à l'approche des élections de mi-mandat en novembre, Minneapolis risque de devenir un bourbier politique pour le président américain.
En janvier, les forces chargées de la lutte contre l'immigration ont été filmées en train d'abattre Renee Good et Alex Pretti, une mère de famille et un infirmier qui contestaient leur action.
Ils ont aussi embarqué Liam Conejo Ramos, un petit Equatorien de cinq ans dont le cas a suscité l'indignation.
"Ce n'est pas le genre d'images qui s'effacent facilement", estime David Schultz, professeur de sciences politiques à l'université Hamline, tout en soulignant que bien d'autres facteurs encore imprévisibles influenceront le scrutin de novembre.
- "Ca va beaucoup trop loin" -
Les sondages actuels montrent que "de nombreux électeurs indécis, y compris les Latinos, qui s'étaient tournés vers Trump en 2024, s'éloignent désormais de lui sur toute une série de questions, et pas seulement sur les opérations de l'ICE", poursuit-il.
Face à la violence à Minneapolis, "on ne peut que penser que cela érode davantage le soutien" en faveur des républicains, résume-t-il.
Certains membres du parti craignent désormais ouvertement les répercussions nationales de l'opération menée dans le Minnesota. Comme Ileana Garcia, la co-fondatrice du mouvement "Latinas for Trump".
Le président "va perdre les élections de mi-mandat à cause de Stephen Miller", son conseiller qui a fixé des quotas d'arrestations journalières à la police de l'immigration, a récemment confié au New York Times cette parlementaire locale de Floride.
A Minneapolis, Feliza trouve que "ça va beaucoup trop loin".
Cette fervente chrétienne de 42 ans, dont le grand-père était Mexicain, ne souhaite pas donner son nom complet, car elle aide de nombreux sans-papiers.
Lors des trois dernières présidentielles, ses convictions anti-avortement l'avaient poussée à soutenir Donald Trump.
Mais depuis qu'elle est aux premières loges des méthodes de la police de l'immigration, elle souhaiterait "n'avoir jamais voté pour lui".
L.Dubois--BTB