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Législatives en Colombie : sans sièges réservés, les ex-Farc reconvertis en parti politique jouent leur survie
L'accord de paix de 2016 avec les ex-Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) garantissait dix sièges au Parlement aux ex-guérilleros reconvertis en parti politique. Mais pour les législatives de dimanche, ils sont pour le première fois soumis au vote populaire et doivent convaincre de leur légitimité pour assurer leur survie politique.
La sénatrice Sandra Ramirez, 63 ans, dont le patronyme dans la guérilla était Griselda Lobo, fait campagne, agite des drapeaux, danse et multiplie les discours sur les places publiques.
Mais après plus d'un demi-siècle de tentatives infructueuses de prise du pouvoir par les armes, les ex-Farc peinent à survivre en démocratie.
Le parti Comunes, né de l'accord de 2016 avec l'Etat, a subi des revers à toutes les élections dans lesquelles aucun siège ne lui était réservé, ne parvenant à remporter ni gouvernement régional, ni municipalité.
D'ailleurs, sur ses affiches de campagne et sur ses drapeaux, Sandra Ramirez a préféré faire apparaître le logo et les couleurs de la coalition de partis de gauche Fuerza Ciudadana à laquelle Comunes appartient, sur fond de stigmatisation des ex-guérilleros dans un pays marqué par plus de six décennies de conflit armé.
- "Chercher les voix" –
L'AFP l'a accompagnée au cours d'un meeting à Bogota où la sénatrice a enchaîné les photos avec des sympathisants pendant un concert de rap censé séduire l'électorat jeune des quartiers populaires.
"Aller chercher les voix n'a pas été facile", confie celle qui fut dans la guérilla la compagne de Manuel Marulanda Vélez, alias Tirofijo, cofondateur et premier commandant des Farc, mort en 2008.
Seule candidate de Comunes pour le Sénat (16 pour la Chambre basse), elle est consciente de la difficulté de convaincre au moins 750.000 électeurs et parvenir à conserver le poste qu'elle occupe depuis 2018.
Aux législatives de 2018 et 2022, et malgré les sièges qui lui étaient réservés, Comunes figurait sur les bulletins de vote et n'a obtenu respectivement que 0,3% et 0,1% des suffrages.
Pour Rafael Quishpe, chercheur aux universités de Giessen, en Allemagne, et des Andes, à Bogota, ces législatives serviront d'indicateur pour déterminer si les ex-Farc "ont réussi à cimenter une base politique".
- "Tension irréconciliable" -
La participation politique des ex-Farc a été au cœur des négociations de l'accord historique qui a permis la réintégration à la vie civile d'environ 13.000 combattants et collaborateurs de cette guérilla marxiste.
Mais, en Colombie, une "tension irréconciliable" persiste entre les opposants à l'accord de paix et des candidats comme Sandra Ramirez, explique M. Quishpe.
Sur les réseaux sociaux, la sénatrice essuie moult insultes de la part de ceux qui ne pardonnent ni son passé dans la guérilla, ni les accusations de recrutement de mineurs qui pèsent sur elle.
Pourtant, la justice essaie de tracer son sillon dans son œuvre de réconciliation.
Le tribunal de paix né de l'accord de 2016 condamne à des peines alternatives à la prison les membres des ex-Farc qui reconnaissent leurs crimes et offrent réparation aux victimes.
Le dernier commandant des Farc et actuel dirigeant de Comunes, Rodrigo Londoño, alias Timochenko, et d'autres ex-membres de la direction de la guérilla ont été condamnés en septembre à huit ans de travaux d'intérêt général et à des restrictions de leur liberté pour plus de 21.000 enlèvements.
Ils sont en attente de jugement pour d'autres crimes contre l'humanité et crimes de guerre.
La réconciliation est d'autant plus difficile que la violence politique est toujours présente en Colombie, nombre de candidats pour ces législatives étant la cible de menaces ou d'attaques de la part de groupes armés toujours actifs.
Le plus grave incident a été l'assassinat du sénateur de droite Miguel Uribe, mort en août dernier. L'un des principaux suspects de ce crime est Ivan Marquez, l'ex-numéro deux des Farc, à la tête d'une guérilla dissidente qui a repris les armes.
Malgré ces cicatrices difficiles à refermer et une présence politique précaire, Sandra Ramirez estime que le parti Comunes "va continuer" à avancer, même si ce n'est "pas à pas de géant".
"Les huit années passées au Parlement ont valu la peine", assure-t-elle, et mettre un terme à la "longue nuit de la guerre" est "possible", veut-elle croire.
O.Krause--BTB