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Municipales: candidat et salarié, deux agendas parfois difficiles à concilier
Ni le temps libre d'un candidat retraité, ni l'autonomie d'un chef d'entreprise: les salariés engagés dans la course aux municipales jonglent avec un double agenda exigeant, pris entre une campagne souvent intense et un emploi qu'ils doivent, parfois, mettre en pause.
"C'est très difficile de dégager du temps pour ce genre d'engagement", confie à l'AFP Antoine (prénom modifié), directeur marketing d'un groupe du CAC40, qui a demandé l'anonymat.
Ce cadre de 48 ans est candidat sur une liste à la Celle-Saint-Cloud (Yvelines). "Comme le maire ne se présente pas, l'élection est assez contestée. Donc, ça demande un certain niveau d'engagement émotionnel", souligne-t-il.
Un évènement professionnel important l'a fait manquer une réunion de sympathisants qu'il devait animer. "La campagne, c'est comme l'associatif, il faut être présent sinon tu perds vite en visibilité", relève-t-il.
Résultat, il se retrouve en fond de liste, en 27e place. "Un choix" qu'il assume, mais teinté de "regrets".
Malgré ces contraintes, les cadres et professions intellectuelles supérieures comme lui restent parmi les Français les plus engagés dans la vie politique locale.
Ils représentaient en 2025 20,5% des conseillers municipaux, juste derrière les retraités (22,7%), selon la Direction générale des collectivités locales (DGCL).
- Conflits d'intérêts -
Parmi les freins à l'engagement politique, le manque de temps (42%) et la difficulté à concilier engagement et vie familiale (38%) figuraient en bonne place d'une étude conjointe de l'Institut Terram et du Laboratoire de la République publiée en août 2025.
Pour y remédier, la loi sur le statut de l'élu local, en vigueur depuis fin décembre, a étendu de 10 à 20 jours ouvrables le droit d'absence du salarié candidat "pour participer à la campagne électorale".
Ces absences ne sont pas rémunérées mais, à la différence du congé sans solde classique, "elles ouvrent droit à congés payés et sont considérées comme du temps de travail effectif, avec tous les avantages liés à l'ancienneté", explique Daniel Mingaud, avocat en droit du travail à Toulouse.
Dans les faits, peu y ont recours. "C'est une perte de salaire que je n'avais pas envie d'assumer", rapporte Anthony Le Bras, 50 ans, candidat sur une liste à Concarneau (Finistère).
Ce responsable de formation au Crédit Agricole milite surtout le soir et le weekend, avec "un impact important sur la vie de famille et les loisirs".
Si son responsable RH ne lui a donné "aucune consigne" de discrétion sur son emploi auprès des électeurs, les règles peuvent varier fortement d'une organisation à l'autre.
À la Banque de France, les agents candidats "doivent s'abstenir de mentionner leur appartenance" à l'institution publique et indiquer, par exemple, "analyste financier" dans le formulaire de déclaration de candidature, selon une note interne consultée par l'AFP.
À l'inverse, le géant de l'eau et des déchets Veolia invite ses salariés "à faire preuve de transparence quant à leur activité au sein de l’entreprise".
Mais à chaque fois, des règles strictes en matière de prévention des conflits d'intérêts s'appliquent.
Veolia peut ainsi, dans certains cas, interdire à un salarié d'exercer dans son territoire d'élection. À la Banque de France, un directeur de succursale "ne peut se présenter à des élections au niveau de son rayon d'action".
- "Collègues arrangeants" -
Loin des grandes structures, c'est la solidarité qui prime dans les TPE. Corentin Tranchant, 33 ans, travaille chez un caviste d'Argentan (Orne), où il est candidat, avec trois autres salariés à temps plein. "J'ai des collègues arrangeants. Dès qu'il y a une réunion, j'arrive toujours à me libérer", dit-il.
Les questions d'agendas se posent aussi après la campagne, en cas d'élection.
Troisième sur sa liste, Anthony Le Bras peut devenir maire-adjoint. "Cela nécessitera de passer à temps partiel", ce que devrait lui accorder son employeur le Crédit Agricole, anticipe-t-il, à l'instar d'autres collègues avant lui.
La banque compte "de très nombreux élus, plusieurs maires, plusieurs conseillers municipaux", et "valorise l'engagement politique", assure-t-il.
Et selon lui "souvent, ce n'est ni à l'extrême gauche, ni à l'extrême droite. Donc en termes d'image, c'est un peu moins préjudiciable".
M.Furrer--BTB