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Loin de la guerre au Moyen-Orient, montée des frustrations dans le monde sur l'approvisionnement en carburants
Loin de la guerre au Moyen-Orient, les problèmes d'approvisionnement en hydrocarbures se font sentir dans le monde entier, bouleversant la vie des populations du Nigeria aux Philippines, qui doivent s'adapter aux pénuries et à la hausse des prix.
Les prix de référence du pétrole oscillent actuellement autour de 100 dollars (86,50 euros) le baril, soit une hausse de 40 à 50% depuis le début le 28 février de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, qui perturbe l'approvisionnement en pétrole et en gaz.
- Dépenser davantage -
Plusieurs semaines avant le déclenchement de la guerre, Adeola Sanni, une entrepreneure nigériane de 36 ans fabriquant des uniformes d'entreprise à Lagos, avait prévu d'embaucher un employé supplémentaire.
Maintenant, son plan tombe à l'eau car son budget est accaparé par l'achat de carburant pour les générateurs qui alimentent ses machines à coudre, dans le pays le plus peuplé d'Afrique où les prix de l'essence ont augmenté de 20%.
L'approvisionnement en électricité du Nigeria est instable même dans de meilleures circonstances, mais il s'est détérioré encore ces dernières semaines en raison de pénuries d'approvisionnement en gaz, obligeant entreprises et ménages à dépenser davantage pour des générateurs privés.
"Je dépense actuellement plus de 33% de plus qu'habituellement sur les carburants", a dit à l'AFP Mme Sanni.
Au Nigeria, les prix du pétrole ont augmenté récemment de 830 naira pour un litre à Lagos à 1.250 naira (de 0,53 à 0,80 euro), un record dans un pays où le pris à la pompe était de 195 naira seulement début 2023. Les prix sont ensuite redescendu à 1.130 nairas.
Parallèlement, les tarifs des transports publics ont augmenté de près d'un tiers, ajoutant à la détresse des usagers déjà ébranlés par une crise du coût de la vie provoquée par des réformes qui ont réduit drastiquement les subventions sur le carburant.
- "Plans chamboulés" -
En Inde, Kriti Prasad, femme au foyer de 43 ans, s'est retrouvée à chercher désespérément du gaz de cuisine alors que les stocks s'amenuisent. Partout dans le pays, les gens font la queue devant les agences de distribution de bouteilles de gaz.
Les plaques de cuissons électriques ont connu une hausse de leur ventes en Inde, où les habitants cherchent des alternatives au gaz. Ces besoins peuvent être particulièrement aigus pendant les fêtes religieuses comme l'Aïd pour les musulmans et à l'approche de la fête hindoue de Chhath.
"J'ai essayer de réserver une bouteille de gaz depuis plusieurs jours, mais sans succès jusqu'à présent. Cela a chamboulé tous nos plans", a dit à l'AFP Kriti Prasad, avant d'ajouter: "Le gouvernement dit qu'il n'est pas nécessaire de paniquer, mais la réalité sur le terrain est différente".
Les petits et moyens restaurants indiens ont également été contraints de modifier leurs menus, les autorités donnant la priorité aux approvisionnements en gaz des ménages. Avec des prix du gaz au marché noir quasiment doublés, certains envisagent de cuisiner sur des poêles à bois.
- Compenser les coûts -
Au Philippines, certains conducteurs de taxis triporteurs ont vu la hausse du prix des carburants réduire leurs gains de moitié.
Romeo Cipriano conduit un triporteur à Manille depuis quatre décennies et assure que les prix actuel des carburants sont les plus élevés qu'il ait jamais vu.
Il a récemment rejoint des centaines de chauffeurs faisant la queue pour recevoir une aide en espèces de 5.000 pesos (72 euros). En attendant patiemment sa subvention au centre communautaire de Manille, M. Cipriano a déclaré qu'il ne pouvait que prier pour une fin rapide de la guerre.
"Nous ne sommes pas les seuls à être affectés", a-t-il dit, en affirmant: "Personne ne gagne dans une guerre".
Les autorités ont également augmenté les tarifs de certains transports locaux afin de compenser le coût du carburant.
- Prix critique -
Le pêcheur français David Le Quintrec a affirmé que les prix du gasoil pour les bateaux de pêche avaient augmenté de façon "énorme", forçant les professionnel du secteur à naviguer sur de plus courtes distances pour économiser du carburant.
"Le diesel a atteint un prix qui devient assez critique pour nous", a déclaré M. Le Quintrec, en déchargeant des soles et des bars pêchés récemment dans la nuit au port de Lorient (ouest de la France).
Le pêcheur, qui dirige aussi L'Union Française des Pêcheurs Artisans (UFPA), a vu le prix du carburant s'envoler en l'espace de 10 jours, après le déclenchement de la guerre en Iran: il est passé de 60 centimes d'euros le litre à près de 90 centimes, raconte-t-il à l'AFP.
Non loin de là, le responsable des opérations de pêche, Jérôme Nicol, ne voit guère d'espoir. Si le gasoil atteint un euro le litre, les cinq chalutiers de sa flotte resteront au port, car il ne sera plus rentable de les envoyer en mer.
"Pour les bateaux qui consomment plus d'une tonne de carburant par jour, cela représente plusieurs centaines d'euros de plus", assure-t-il.
- "Trop cher pour moi" -
A Ashgabat, la capitale du Turkménistan voisin de l'Iran, Shemshat Kurbanova, un retraité, a pris l'habitude d'acheter des jus et des fruits iraniens. Mais désormais le prix de la plupart de ces produits a augmenté.
L'Iran a interdit toutes les exportations de marchandises et de produits agricoles, provoquant une pression économique sur le Turkménistan et l'ensemble de l'Asie centrale, où Téhéran exerce une influence économique croissante.
"J'appréciais leurs prix bas. Mais maintenant, tout a doublé", a déploré M. Kurbanova.
Kerim Ballyev a réduit sa forte consommation de cigarettes iraniennes. "C'est trop cher pour moi", a-t-il dit. "Je n'achèterai plus de paquet entier, je les achèterai à l'unité", a-t-il ce fonctionnaire.
- Pénuries -
En Thaïlande, les automobilistes et les motards font la queue pour se ravitailler en carburant, confrontés à des pénuries qui s'aggravent et à la hausse des prix.
Oracha, 48 ans, livreuse de repas, explique qu'elle perd de l'argent parce qu'elle doit désactiver son application pendant une heure pour chercher du carburant.
"Je perds mon revenu pour cette heure-là", dit-elle, ajoutant qu'elle gagne normalement entre 30 et 50 bahts (0,79 à 1,32 euro) de l'heure et qu'elle doit travailler plus longtemps pour rattraper le temps perdu.
"S'il n'y a pas de carburant, j'ai l'impression de ne pas avoir de travail du tout", dit-elle.
burx/rl/emp/thm
W.Lapointe--BTB