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Benoît Payan, un maire de Marseille enfin élu et triomphant face au RN
Surnommé "le maire non élu" depuis six ans par ses détracteurs, Benoît Payan tient enfin sa revanche, élu haut la main face au RN à Marseille, témoignant de l'habileté de cet homme de gauche qui a consacré sa vie à la politique.
Yeux bleu clair soulignés de lourdes poches, visage empreint de rondeur méridionale, il ne craint ni emphase, ni lyrisme quand il évoque, dans un phrasé typiquement marseillais, sa ville "belle et rebelle", forcément "une des plus belles du monde", "capitale de la Méditerranée", "qui se relève toujours".
Mais ses adversaires le décrivent en apparatchik opportuniste issu du Parti socialiste, qui aurait utilisé en 2020 l'écologiste Michèle Rubirola comme une marionnette pour faire gagner la coalition du Printemps marseillais avant de prendre sa place au bout de six mois seulement.
Une "trahison" que de nombreux électeurs ont peiné à digérer, reprochant à Payan son appartenance à un PS sali par les affaires dans le Sud.
"Heureusement que Marseille a Benoît Payan!", réplique son ex-adjointe Olivia Fortin, aujourd'hui maire des 6/8e arrondissements, venue de la société civile. Après 25 ans de règne du LR Jean-Claude Gaudin, "on a trouvé des cailloux dans les coffres, une administration exsangue, rien ne marchait !"
Fort de ses relations, le quadragénaire est allé chercher l'argent de l'Etat pour le plan "Marseille en grand" lancé par Emmanuel Macron. Une manne de 5 milliards d'euros, destinée à remettre à flot la deuxième ville de France, en particulier ses écoles délabrées.
La priorité des priorités pour cet enfant modeste, pour qui l'ascenseur social a fonctionné depuis l'arrivée à Marseille de ses aïeux italiens, dont une grand-mère vendeuse de limaçons dans le quartier du Panier et un grand-père kiosquier sur le Vieux-Port.
Benoît Payan est le fils unique d'un menuisier et d'une employée de l'Urssaf. Une origine populaire et très catholique qu'il partageait avec son meilleur ennemi, Jean-Claude Gaudin.
- "Frustration" -
Ce bon élève a toujours su qu'il ferait de la politique. Il envoie dès ses 14 ans une lettre de motivation pour entrer au PS, se souvient l'ex-ministre Marie-Arlette Carlotti.
Notaire diplômé, il n'exercera jamais et entre comme agent administratif au département, dirigé alors par le socialiste Jean-Noël Guérini, avant de rejoindre la région Provence Alpes-Côte d'Azur puis Marie-Arlette Carlotti à son ministère. En 2015, il devient conseiller départemental.
Chef de file de l'opposition lors du dernier mandat de Gaudin, il aimait recevoir des journalistes avant chaque conseil municipal, pour en commenter, acerbe et pointilleux, les délibérations.
Benoît Payan, très discret sur sa vie privée, a toujours dit qu'il aurait besoin de deux mandats minimum pour changer les choses. "Il y a une frustration", reconnaît un proche collaborateur, "tout prend trop de temps, le potentiel de cette administration a longtemps été sous-employé".
D'autant que le maire de Marseille doit composer avec, ou plutôt contre, une métropole tenue par la droite avec à sa tête la double perdante des municipales de 2020 et 2026 Martine Vassal. "Pendant six ans ils ont puni politiquement les Marseillais", souffle la même source.
Malgré ces "chicayas" dénoncées par Emmanuel Macron lui-même, Benoît Payan a réussi à "remettre Marseille sur la carte du monde, avec des événements d'ampleur comme l'arrivée de la flamme olympique ou la visite du Pape", ajoute ce proche.
"Moi, dans la ville, je n'ai qu'un seul but… c'est de la recoudre, c'est de retisser les liens. Ce n'est pas de monter les Marseillais les uns contre les autres", répète le maire.
Pour préserver ce "vivre ensemble", et limiter la progression des extrêmes dans cette ville-monde, patchwork de communautés notamment arménienne, comorienne, juive ou musulmane, Benoît Payan a refusé de hisser le drapeau israélien, puis le drapeau palestinien sur le fronton de la mairie face au conflit Israël-Hamas.
Pour l'union des gauches qu'il est allé ardemment défendre à Paris avant les législatives de 2024 , l'ex-socialiste, désormais "divers gauche", n'a pas eu le même succès à Marseille.
Des élus écologistes, certains dénonçant sa gestion "verticale" des affaires, voire des "méthodes de voyou", sont partis avec pertes et fracas, rejoignant parfois l'Insoumis Sébastien Delogu.
Les mots les plus durs sont venus de LFI qui n'a jamais fait partie de sa majorité, et que Benoît Payan voulait "écraser au premier tour", selon un de ses adjoints.
Une stratégie gagnante puisque avec à peine 12% des voix, Sébastien Delogu n'a eu d'autre choix que de se retirer face un RN "aux portes de la ville"...
J.Bergmann--BTB