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Lionel Jospin est mort, hommage national prévu jeudi
Un hommage national sera rendu jeudi matin à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, qui avait porté la "gauche plurielle" au gouvernement entre 1997 et 2002, après son décès dimanche à l'âge de 88 ans.
"Je veux avant toute chose dire ici l'émotion, le respect de la Nation tout entière et dire qu'un hommage national lui sera rendu jeudi", a déclaré le président Emmanuel Macron lundi soir, sans préciser si la cérémonie aurait lieu aux Invalides. Le chef de l'Etat avait plus tôt salué un "grand destin français".
Un "hommage" est également prévu à l'Assemblée nationale mardi, selon l'agenda de sa présidente Yaël Braun-Pivet.
M. Jospin avait indiqué en janvier avoir subi "une opération sérieuse" et être en convalescence à son domicile, mais sans divulguer de détails.
Décrivant sa "tristesse", Jean-Luc Mélenchon, à qui Lionel Jospin avait mis le pied à l'étrier en le nommant ministre entre 2000 et 2002, a salué "un modèle d'exigence et de travail".
"Il restera l'homme des 35 heures, de l'alliance rouge rose vert, du refus de toucher à l'âge de départ à la retraite. Et une présence intellectuelle dans un univers qui partait à la dérive", a encore déclaré le leader insoumis.
Alors que l'échiquier politique est plus polarisé que jamais et que les gauches semblent être devenues "irréconciliables", Lionel Jospin reste celui qui a permis à une "gauche plurielle", réunissant socialistes, écologistes et communistes, de gouverner.
Celui qui se définissait lui-même comme un "austère qui se marre" a mené ce rassemblement à la victoire surprise des élections législatives de 1997, convoquées par le président Jacques Chirac après une dissolution censée au contraire conforter son pouvoir.
Porté par une conjoncture économique favorable, il avait alors mis en place la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, la couverture maladie universelle et un contrat d'union civile, le Pacs, précurseur du mariage pour tous. Il avait aussi tenu bon sur le principe selon lequel aucun ministre ne pouvait rester au gouvernement s'il était mis en examen, une jurisprudence qui a ensuite fait long feu.
- "Une référence" -
Mais il n'avait pas réussi à transformer l'essai. Et coup de tonnerre le 21 avril 2002, c'est Jean-Marie Le Pen qui s'était qualifié au second tour de la présidentielle, en duel contre Jacques Chirac.
Le soir même, Lionel Jospin avait annoncé son retrait de la vie politique dans une séquence restée gravée dans les esprits.
"C'était un homme d'Etat et je n'en vois pas beaucoup aujourd'hui, à droite comme à gauche, c'était un véritable homme de gauche, c'est-à-dire d'une gauche qui bien sûr a des valeurs", a souligné Martine Aubry qui était la numéro 2 du gouvernement entre 1997 et 2002.
L'ancien président François Hollande, très proche de Lionel Jospin et qui était premier secrétaire du PS pendant son séjour à Matignon, a salué un "homme engagé" qui avait fait preuve de sa "conception élevée de l'action publique fondée sur la probité, la clarté et la responsabilité".
"Monstre sacré de la gauche" pour Marine Tondelier (Ecologistes), "dernière apparition d'un homme de gauche au pouvoir prenant des mesures radicales comme les 35 heures", pour Manuel Bompard (LFI): bien au-delà du PS, les personnalités de gauche saluent un homme qui a porté une génération de responsables politiques.
"Lionel Jospin est celui qui nous a accompagnés pendant toutes ces années, qui a été celui qui a permis à une génération de gouverner, à une autre génération, la mienne, de se former", a déclaré son lointain successeur à la tête du PS Olivier Faure.
- "Intégrité" -
Les leçons de son échec en 2002 ont été largement analysées: dispersion de la gauche, campagne ratée, montée de l'extrême droite. Et Lionel Jospin est resté silencieux pendant une dizaine d'années.
Pendant le quinquennat de François Hollande, il avait présidé une commission sur la moralisation de la politique puis siégeait au Conseil constitutionnel en 2014. Il était ensuite intervenu ponctuellement dans la vie publique, en particulier pour dénoncer les alliances du Parti socialiste avec La France insoumise.
Même à droite et au centre, la figure morale de Lionel Jospin a été saluée.
"Il emmène avec lui une part de la gauche laïque, attachée à l'universalisme républicain", a réagi le président du Sénat Gérard Larcher (LR). Reconnaissant "un adversaire politique", Marine Le Pen a également rendu hommage à "un homme de gauche intègre".
F.Müller--BTB