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Après les municipales, la primaire de la gauche mal engagée
La primaire de la gauche a du plomb dans l'aile, ses principaux défenseurs, le chef des socialistes Olivier Faure et la patronne des Ecologistes Marine Tondelier, sortant chacun affaibli des municipales.
Elle était annoncée pour le 11 octobre mais risque de ne jamais voir le jour: "La primaire est morte faute de combattants", assène un socialiste, opposant d'Olivier Faure.
Le premier secrétaire, qui souhaite une candidature unique de la gauche non mélenchoniste pour 2027 afin de contrer l'extrême droite, défend ce processus dans lequel sont déjà impliqués la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier, les députés Clémentine Autain (L'Après) et François Ruffin (Debout!), mais que refuse le leader de Place publique Raphaël Glucksmann.
Olivier Faure a promis que les militants socialistes seraient consultés.
"Il a besoin de la primaire, car il pense que c'est elle qui va régler son rapport à l'opinion", lance un opposant, alors que le patron du PS stagne autour de 5% dans les sondages.
Son camp espérait faire des municipales une rampe de lancement pour que le député de Seine-et-Marne se déclare candidat à ce processus de sélection et s'impose, tablant sur des résultats mitigés des Ecologistes.
De fait, Marine Tondelier, qui avait annoncé sa participation à la primaire avant l'élection des 15 et 22 mars, pâtit d'un bilan médiocre de son parti, qui a perdu plusieurs grandes villes comme Strasbourg, Bordeaux, Besançon et Poitiers, même s'il a réussi à conserver Lyon.
"Tondelier est affaiblie", tire à boulets rouges un socialiste.
Olivier Faure l'est également. Mardi, lors d'un bureau national qui a tourné à la crise, le chef des députés socialistes Boris Vallaud, qui s'était allié à lui lors du dernier congrès du parti, l'a mis en minorité.
Il a présenté une résolution, co-signée avec l'ensemble des opposants d'Olivier Faure, accusant la direction d'avoir donné un blanc-seing aux alliances de second tour aux municipales nouées dans certaines villes avec La France insoumise.
Mais, à un an de la présidentielle, au-delà de la stratégie vis-à-vis du parti de Jean-Luc Mélenchon, c'est bien en sous-main la primaire qui est en jeu.
Olivier Faure devait déjà faire face au refus du courant porté par le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, qui préfère un candidat issu d'un périmètre social-démocrate, allant du PS jusqu'à Raphaël Glucksmann et l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve.
Et Boris Vallaud est venu en février renforcer le camp des détracteurs voyant, sans Raphaël Glucksmann, une victoire impossible pour la gauche et un risque de fracture du PS.
- "Exacerbation des différences" -
La résolution de mardi montre que "la défiance vis-à-vis d'Olivier est majoritaire, il ne peut plus faire voter les militants", argumente un élu.
Olivier Faure a toujours répété qu'il n'était "pas fanatique" de ce processus, mais qu'il ne voyait pas d'autres mécanismes pour rassembler la gauche non mélenchoniste et éviter une multitude de candidatures.
Si chacun se décide par "ego mal placé", "on aura la même chose que le 21 avril 2002", a-t-il encore martelé jeudi soir sur BFMTV, assurant qu'il n'y aurait "pas d'accord national" avec LFI pour 2027.
Mais, même dans son camp, "personne ne croit plus beaucoup à la primaire", concède le président du conseil national du PS Luc Broussy. Il plaide cependant pour que le périmètre d'alliance du premier tour des municipales (PS, Ecologistes, PCF, Place publique et ex-LFI), reste identique pour la présidentielle.
Et Sébastien Vincini, président du département de Haute-Garonne, un autre proche d'Olivier Faure, concède que la démarche de rassemblement de la gauche non LFI "a du sens" mais rejette l'idée d'une primaire qui serait "un dispositif d'exacerbation des différences", dans un contexte où l'extrême droite et la droite appellent "à un cordon sanitaire contre la gauche".
Il plaide pour une incarnation socialiste à la présidentielle "avec un projet et un programme de gouvernance travaillé avec tous les partenaires".
Mais ceux-ci seront difficiles à convaincre et menacent déjà de candidatures séparées.
"Si les socialistes ne viennent pas, ils plombent la primaire c'est sûr", admet Marine Tondelier.
"Dans ce cas, la question d'une candidature écologiste va se poser", insiste une autre cadre du parti.
François Ruffin a aussi indiqué qu'il se mettrait "en position de porter une candidature propre", tandis qu'une autre ex-insoumise s'inquiète du retour d'un PS qui se croirait "hégémonique".
Chez les Insoumis, un cadre se délecte: "Le PS a retardé la primaire pour mieux l'enterrer".
N.Fournier--BTB