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La chasse aux mines navales, un précieux savoir-faire entretenu par la France
Le sonar de L'Aigle scrute le fond de la Manche à quelques encablures des falaises de craie de Dieppe, en Normandie: tandis que le potentiel minage du détroit d'Ormuz inquiète, la Marine traque inlassablement les mines aux abords des côtes françaises.
Sur l'écran noir du sonar de détection installé sous la coque du navire, une multitude de points blancs représentent autant d'objets repérés au fond de la mer.
Certains sont alignés. "Des casiers à crevettes", tranche l'analyste sonar, plongé dans le noir du central opération du chasseur de mines, l'un des huit en service dans la Marine française.
Sur un autre écran, le sonar de classification, plus précis, renvoie une image, semblable à une échographie en haute définition, d'un cylindre de plusieurs mètres de long.
Une mine de fond, comme celles mouillées par milliers il y a 80 ans, pendant la Seconde Guerre mondiale?
"On a fait plonger les plongeurs-démineurs ce matin pour vérifier. C'était un rondin de bois", relate le commandant de L'Aigle, le capitaine de corvette Jacquelin du Réau.
"Il y a beaucoup de choses sous l'eau, qui tombent des bateaux ou qui sont charriées par les fleuves", ajoute-t-il.
Mais aussi des mines. En 2025, 853 engins explosifs ont été neutralisés par les plongeurs-démineurs aux abords des côtes et plages françaises, dont quelques dizaines de mines.
- "Poisson autopropulsé" -
"Il y a énormément de courants, de tempêtes. A chaque fois que le fond est brassé, il y en a qui remontent", explique le commandant du Réau. Il s'agit souvent de mines à orins, ces boules hérissées de picots auparavant reliées à un câble et flottant à proximité de la surface qui ont fini par couler avec le temps.
La chasse aux mines, c'est l'éloge de la patience: le navire progresse à moins de 5 noeuds, voire bien moins, et peut espérer repérer un objet jusqu'à 500 mètres. Sa coque est en résine, "amagnétique", pour éviter de déclencher l'explosion des mines à influence, qui détonnent en cas de perturbation magnétique ou acoustique,
Il faut ensuite "classifier" l'objet en s'approchant à 150 mètres pour déterminer s'il s'agit d'un rocher ou d'une menace bien plus létale, en l'éclairant avec le sonar sous différents angles. Une nouvelle génération de drones dotés de sonars permettra de rester davantage à distance de sécurité.
Sur le pont arrière, deux robots sous-marins jaunes équipés d'une caméra sont sagement rangés: des PAP, pour "Poisson autopropulsé", utilisés pour identifier puis faire exploser les mines, tout comme les 6 plongeurs-démineurs embarqués à bord du navire, en service depuis 1987.
S'assurer de l'absence de mines est un travail de longue haleine: "déminer une zone, ça peut prendre des années, ouvrir un couloir pour le passage de navires, c'est une question de semaines", assure le commandant du Réau.
"Un chantier de neutralisation, ça prend beaucoup, beaucoup de temps. On n'a pas forcément intérêt à neutraliser" les mines qui ne gênent pas directement la navigation dans le couloir que l'on veut emprunter si on veut aller vite, explique-t-il.
- expérience dans le Golfe -
Dans le détroit d'Ormuz, les Gardiens de la Révolution iraniens ont mis en garde contre une "zone dangereuse" de 1.400 km2 - soit 14 fois la superficie de Paris - où pourraient se trouver des mines.
Alors que Paris et Londres cherchent à bâtir une coalition de pays prêts à contribuer à une mission "purement défensive" afin selon l'Elysée de "restaurer la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz lorsque les conditions de sécurité le permettront", il faudra nécessairement s'assurer de l'absence de ces menaces sous-marines.
Pour une telle mission, la connaissance de la zone d'opération est précieuse: au cours des campagnes de chasse aux mines, des bases de données sont constituées.
Lors d'un nouveau passage, l'équipage peut alors écarter les objets qui apparaissent déjà dans la base et se concentrer sur ceux qui n'y étaient pas auparavant.
Or les Britanniques, les Américains mais aussi les Français ont mené au cours des années de nombreuses missions de chasse aux mines dans le Golfe et le détroit d'Ormuz, établissant des relevés des fonds marins.
En 1991, à l'issue de la guerre du Golfe, L'Aigle avait même neutralisé une quinzaine de mines qui avaient été mouillées par les Irakiens.
C.Kovalenko--BTB