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Après trois ans de guerre, des Soudanais émus de rentrer chez eux à Khartoum
En serrant les mains de ses passagers juste après leur atterrissage à Khartoum, le pilote soudanais Mohamad Daafallah affiche un grand sourire. Il y a trois ans jour pour jour, au début de la guerre civile, l'aéroport était bombardé et allait être fermé pendant longtemps.
"C'est un sentiment fantastique de ramener les gens chez eux, de retrouver notre pays", confie-t-il à l'AFP, plein de fierté.
Lorsque les premiers combats ont éclaté le 15 avril 2023 entre l'armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), l'aéroport est devenu un champs de bataille, avant de tomber sous le contrôle des FSR.
Son terminal noirci et les carcasses d'avions sur le tarmac témoignent de l'intensité des affrontements.
Quand l'armée a repris la capitale en 2025 aux paramilitaires, l'aéroport constituait l'un des derniers bastions des FSR et les deux parties se sont affrontées jusqu'à l'intérieur du terminal.
- "Revoir ma maison" -
Un an plus tard, Khartoum est totalement aux mains de l'armée, alors que les FSR contrôlent une bonne partie du reste du pays. Le terminal a fait peau neuve, et accueille tous les jours des passagers allant ou arrivant de Port-Soudan, à près de 700 km.
La plupart arrivent en réalité en provenance du Caire, et transitent par cette ville sur la mer Rouge qui a fait office de capitale pendant la guerre en attendant le retour des vols internationaux, explique une employée.
Tarek Abdallah, fonctionnaire, est l'un d'eux. "C'est la première fois que je rentre au Soudan en trois ans, je vais revoir ma maison", se réjouit-il en ajustant le col de son costume.
Mais même si les autorités poussent au retour, il reste "inquiet", et n'est pas prêt à déménager avec ses trois adolescents dans une ville où les coupures de courant peuvent durer dix heures et où les infrastructures sont en ruine.
Sur les près de quatre millions de personnes qui ont fui Khartoum - la moitié des habitants - plus de 1,8 million sont rentrées en un an.
Selon les Nations Unies, moins de 80.000 habitants sont revenus dans le centre-ville, où beaucoup de rues sont presque vides. Un soldat est allongé sous un arbre. Une femme marche sous un soleil écrasant.
Un tour rapide en voiture permet de se rendre compte qu'on s'y est battu rue par rue, d'abord en 2023 quand les paramilitaires ont pris la ville, puis en 2025 quand l'armée et ses alliés l'ont reprise.
Les façades sont criblées de balles et les bâtiments de plus de quatre étages - banques, entreprises, institutions gouvernementales - ont des vitres brisées et des pièces recouvertes de suie.
- Fosses communes -
Des milliers d’explosifs jonchent encore Khartoum, nécessitant un travail quotidien des équipes de déminage.
L'électricité et l’approvisionnement en eau ne sont toujours pas rétablis dans une grande partie de la ville.
Le Programme des Nations unies pour l’environnement a récemment averti que "les eaux stagnantes et les égouts sont devenus des foyers de reproduction pour les moustiques porteurs du paludisme".
S'il n’existe pas de bilan exact des morts de la guerre, les autorités ont exhumé et ré-enterré plus de 20.000 corps à travers la ville.
Beaucoup ont été extraits de fosses communes ou de cimetières de fortune où des familles avaient vite enterré leurs proches en raison de l'insécurité prévalant dans la ville.
De l’autre côté du Nil, la ville d'Omdourman, restée relativementsûre pendant les combats, est animée. Des employés y nettoient les rues, des usagers attendent le bus.
C’est là que se rendent de nombreux Soudanais ayant décidé de rentrer, dont Bothaina, une poétesse septuagénaire.
"Je suis tellement épuisée, je veux juste rentrer chez moi", a-t-elle déclaré à l’AFP alors que l’avion atterrissait.
"Cela fait si longtemps que je voulais revenir".
S.Keller--BTB