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A Jérusalem-Est, l'angoisse d'un quartier palestinien menacé d'expulsion
Yousra Qwaider, Palestinienne de 97 ans, est désemparée: d'ici quelques jours, la maison dans laquelle elle vit depuis 50 ans près de la Vieille Ville de Jérusalem doit être démolie, pour faire place à l'extension d'un site archéologique touristique.
"Je ne sais pas quoi faire (...) Je veux rester dans ma maison", supplie cette dame alitée qui vit avec 12 proches.
Mme Qwaider habite al-Boustan ("Le Jardin" en arabe), quartier de Silwan, faubourg de Jérusalem-Est qui s'étend au pied de la muraille sud de la Vieille Ville, dans un secteur où la colonisation israélienne ne cesse de s'intensifier.
Des dizaines d'habitations palestiniennes y ont déjà été détruites par la municipalité de Jérusalem après que leur construction a été déclarée illégale au regard de la loi israélienne.
L'annexion de Jérusalem-Est dans la foulée de sa conquête par Israël en juin 1967 lors de la troisième guerre israélo-arabe est jugée illicite par l'ONU, qui condamne régulièrement comme illégales au regard du droit international les mesures israéliennes visant à modifier la composition démographique de la partie orientale, majoritairement palestinienne, de la Ville sainte.
Jérusalem est un enjeu central du conflit israélo-palestinien. Pour Israël, la ville est sa capitale "éternelle" et "indivisible". Les Palestiniens, qui l'appellent al-Quds ("La Sainte" en arabe), veulent en faire la capitale de l'Etat indépendant et souverain auquel ils aspirent.
"Quand la maison a été construite en 1970, il n'y avait pas de permis de construire. Nous avons tout essayé pour régulariser la situation", se désole Mohammed Qwaider, le fils de la vieille dame.
Selon l'ONG pacifiste israélienne Ir Amim, les démolitions ont augmenté "de façon spectaculaire" à al-Boustan depuis les massacres du 7 octobre 2023 commis par le mouvement islamiste palestinien Hamas dans le sud d'Israël, et menacent désormais "la grande majorité" des 115 maisons ou immeubles d'habitation du quartier.
- "Décision politique" -
Depuis le 7-Octobre, 54 d'entre elles ont déjà été rasées, selon l'organisation.
Selon Fakhri Abou Diab, à la tête du comité des habitants, la municipalité compte démolir le reste "d'ici octobre".
"Nous vous demandons d'empêcher cela, de nous laisser rester dans nos maisons. C’est une décision politique (...) Vous devez faire quelque chose", a-t-il imploré au milieu de gravats lors d'une visite organisée pour des diplomates le 23 avril.
"Détruire des maisons et nous déplacer, c'est un crime de guerre. Nous n'avons nulle part où aller", ajoute cet homme de 64 ans, dont la maison a été démolie en 2024.
L'AFP n'a pas obtenu de réponse de la municipalité à une requête sur le sujet.
Des milliers de maisons à Jérusalem-Est sont construites sans permis de construire, quasi impossibles à obtenir pour les Palestiniens.
Les démolitions doivent permettre de faire de la place pour le "Jardin du Roi", projet d'extension du complexe archéologique et touristique de la Cité de David, géré par l'association Elad, organisation nationaliste vouée à renforcer la présence juive dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est.
L'importance et l'intérêt de ce site archéologique sont avérés, mais Elad affirme qu'il est situé sur l'ancienne cité du roi David, ce qui est loin de faire l'objet d'un consensus parmi les archéologues.
"Il y a très peu de découvertes archéologiques à al-Boustan donc" les membres d'Elad se servent de passages bibliques mentionnant un jardin du roi à Jérusalem pour dire "qu'il se trouvait probablement là où se situe al-Boustan aujourd'hui", dit Yonatan Mizrahi, de l'ONG israélienne anti-colonisation La Paix Maintenant.
Pour le député arabe israélien Ahmed Tibi, l'objectif est une "judaïsation de Silwan". Après le 7-Octobre, les autorités israéliennes "ont estimé qu'elles pouvaient tout se permettre", a-t-il dit à l'AFP.
- "Pour nous, c'est interdit" -
Plus de 2.000 Palestiniens risquent ainsi d'être déplacés dans ce qui s'apparenterait à "l'une des plus importantes vagues d’expulsions à Jérusalem-Est depuis 1967", met en garde Ir Amim.
Pour Laura Wharton, élue de l'opposition de gauche au conseil municipal de Jérusalem, "l'habitant moyen de Silwan ne voit pas sa maison reconnue, n'a pas de permis de construire, pas d'endroit où se garer et les principaux services qu'il reçoit sont ceux pour la démolition."
En revanche, "en 20 à 30 ans de démolitions ici, aucune maison de colon n'a jamais été démolie", dit-elle.
"Cet Israélien a le droit de construire regardez, il est à 50 mètres, personne ne l'en empêche. Mais pour nous, c'est interdit", lance, amer, Omar Abou Rajab en montrant un chantier.
Cet homme de 60 ans est en train de raser lui-même sa maison pour éviter les coûts exorbitants qu'entraînerait l'intervention de la municipalité.
M.Odermatt--BTB