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À Mayotte, un projet d'aéroport qui attend toujours de décoller
Une piste plus longue et une liste d'inquiétudes qui ne raccourcit pas: le projet du futur aéroport de Mayotte, censé pallier les limites techniques de celui de Dzaoudzi, a franchi une nouvelle étape mais continue de diviser agriculteurs et écologistes en désaccord sur son impact environnemental.
Le futur aéroport, qui doit sortir de terre en 2036, sera construit à Bouyouni, dans le nord de Grande-Terre, l'île principale de Mayotte. Un site retenu en décembre 2025 par les ministères des Transports et des Outre-mer pour sa situation "loin du littoral et en altitude, ce qui le protège des risques naturels et (...) permet de préserver les milieux naturels sensibles du lagon et du littoral".
Le 17 avril, un décret classant "le projet d'aérodrome de Bouyouni/M'Tsangamouji" au sein des aéroports de catégorie A, les plus importants, a été publié au Journal officiel, permettant d'engager l'enquête publique. La déclaration d'utilité publique, elle, est attendue avant la fin du second semestre.
Le projet, d'1,2 milliard d'euros, n'est pas neuf. Evoquée dès 2011, l'idée d'un nouvel aéroport répond à une demande des élus mahorais qui réclament depuis des années une "piste longue".
Car l'aéroport actuel de Dzaoudzi ne dispose que d'une piste de 1.930 m, trop courte pour les gros-porteurs, qui ne peuvent pas décoller à pleine charge et doivent effectuer une escale technique allongeant considérablement le temps de vol.
Longtemps, l'hypothèse de l'allongement de la piste de Dzaoudzi a tenu la corde. Mais en avril 2025, changement de cap: le président Emmanuel Macron affirme lors d'une visite à Mayotte qu'un nouvel aéroport sortira de terre à Bouyouni.
Raison avancée: les contraintes géologiques et urbaines trop fortes à Dzaoudzi. Enclavé entre zones urbaines et lagon, l'aéroport actuel ne peut être agrandi sans empiéter sur ce milieu naturel fragile que Mayotte aimerait voir classer à l'Unesco.
- "Aberration" -
L'activité sismique plaide également pour un déménagement. Depuis l'émergence, en 2018, d'un volcan sous-marin à 50 km de Petite-Terre, l'île où est située l'aéroport, celle-ci enregistre 400 micro-séismes par mois et s'est enfoncée de 19 cm, selon le Bureau de recherches géologiques et minières.
Dans ce contexte, agrandir l'aéroport coûterait sept milliards d'euros et obligerait à interrompre toute desserte aérienne pendant 18 mois, selon la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). La piste "connaît déjà des épisodes de submersions marines" conduisant "à l'annulation ou au report de vols", précise la DGAC qui prévoit "de très grosses difficultés d'exploitation" à l'horizon 2035.
Le site de Bouyouni prévoit, lui, une piste de 2.730 m et des infrastructures empiétant sur 490 ha, dont 369 ha de zones agricoles. Mais les opposants s'interrogent sur l'urgence de quitter un aéroport dont le terminal a été rénové en 2014.
Ce projet est "une aberration", tranche Anfane Saïd, porte-parole du groupement des agriculteurs bio de Mayotte. "Le site fait partie des zones les plus fertiles de l'île. Il va totalement contre nos ambitions de viser l'autonomie alimentaire", estime l'agriculteur.
"L'accès au foncier est difficile" déjà, mais "dans le même temps, le projet prévoit de s'étendre sur 300 ha de foncier agricole", déplore le producteur d'ananas et de manioc Anwar Soumaila Moevale, président des Jeunes agriculteurs de Mayotte.
Les opposants pointent également la menace sur trois nappes phréatiques situées sous le site, alors que le territoire souffre d'une pénurie d'eau chronique.
En Petite-Terre, on craint la délocalisation d'une centaine d'emplois. "L'aéroport, c'est ce qui nous fait travailler le plus", s'inquiète Moussa Abdallah, représentant des taxis de l'île.
- Soutien écologiste -
Mais le projet a le soutien d'organisations écologiques, pourtant vent debout contre d'autres chantiers de l'État à Mayotte.
Agrandir l'aéroport de Dzaoudzi "supposait de bétonner le récif corallien sur trois kilomètres. A Bouyouni, le nouvel aéroport aura un impact environnemental, mais beaucoup moins important", souligne Michel Charpentier, président des Naturalistes de Mayotte, qui concède que le projet va quand même "empiéter sur des espaces naturels".
Le gouvernement table sur la maîtrise du foncier pour fin 2028. Les travaux devraient débuter début 2027, pour une ouverture en 2036.
Le projet, dont le coût figure dans la loi de programmation pour la refondation de Mayotte promulguée en août 2025, représente 37% des 3,2 milliards d'investissements prévus par ce texte.
Reste à voir si le calendrier tiendra, dans un territoire où la complexité des expropriations foncières et les conflits de propriété ont l'habitude de rallonger considérablement les délais des chantiers.
R.Adler--BTB