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Au pays des cow-boys, dernier duel entre Trump et sa bête noire républicaine
Dans le Wyoming, Donald Trump règne toujours en maître. Pour avoir osé le défier, la républicaine Liz Cheney, célèbre élue de cet Etat très conservateur de l'Ouest américain, affronte une campagne de réélection des plus périlleuses.
"Son heure a sonné", assure Mike Schaefer, résident de la capitale Cheyenne, qui n’aime pas que cette femme de 56 ans "soit tellement anti-Trump".
Car à Washington, la parlementaire copréside une commission enquêtant sur le rôle que Donald Trump a joué dans la violente attaque menée par ses partisans contre le Congrès américain, le 6 janvier 2021.
Le ton toujours très martial, elle s'efforce depuis plus d'un an de démonter la théorie véhiculée par le clan Trump selon laquelle l'élection de 2020 a été "volée" à l'ancien président -- un argument auquel adhèrent encore des millions de trumpistes, malgré les innombrables preuves du contraire.
"L'Amérique ne peut pas rester libre si nous abandonnons la vérité", martèle Liz Cheney, qui a promis de tout faire pour que l'ancien président ne s'approche plus jamais du Bureau ovale. Et tentera mardi de se faire réélire à son poste dans le Wyoming, qui a voté à plus de 70% pour Donald Trump lors de la dernière présidentielle, face à Joe Biden.
En riposte à son rôle dans cette commission d'enquête, Donald Trump a fait de Liz Cheney sa bête noire absolue. Il ne ménage pas le moindre coup contre l'élue, qu'il a qualifiée de "déloyale et belliciste" et a jeté toutes ses forces derrière son opposante, Harriet Hageman, une avocate de 59 ans aux longues tenues sombres et imposants bijoux turquoises, auprès de qui il est allé faire campagne, fin mai.
- Campagne fantôme -
Qu'importe que Liz Cheney, héritière d'une droite très traditionaliste et aussi connue pour être la fille de l'ancien vice-président Dick Cheney, soit pro-armes ou anti-avortement. Dans le Wyoming, l'Etat le moins peuplé d'Amérique, elle n'est plus en terrain conquis.
Depuis qu'elle enquête sur Donald Trump et son entourage, l'élue a été visée par une série de menaces de mort et ne se déplace plus sans escorte policière. Cette femme blonde à lunettes a été répudiée par le parti républicain du Wyoming, dont le président a lui-même participé aux manifestations le jour de l'assaut du Capitole.
"Liz défend des électeurs qui sont dans sa tête, et ce ne sont pas les électeurs du Wyoming", dénonce Mary Martin, présidente du parti républicain du comté montagneux de Teton, où Mme Cheney est domiciliée.
Dans son Etat, le premier à avoir accordé aux femmes le droit de vote en 1869, comme le rappelle une grande fresque dans le centre-ville de Cheyenne, l'élue est donc contrainte de mener une sorte de campagne fantôme, sans meetings électoraux ou événements publics.
- "L'esprit des cow-boys" -
De récents sondages la placent 20 voire 30 points derrière sa concurrente trumpiste, qui a grandi dans un ranch, et incarne selon Mary Martin "l’esprit des cow-boys du Wyoming": "travailleurs", "honnêtes" et "attachés à nos terres".
Adossé à son imposante moto rouge, Bill Gonzales, 59 ans, est un des rares électeurs croisés par l'AFP à défendre le bilan de Liz Cheney. Il assure être reconnaissant que cette femme ait "défendu ce qui est bon dans notre pays".
"Nous vivons aux Etats-Unis, nos élections sont sûres, elles sont justes. Et quiconque dit le contraire ment, un point c’est tout", assène ce fonctionnaire républicain, un résident de Cheyenne depuis toujours.
Mais prédit-il toutefois, "si Mme Cheney gagne, je vous garantis qu'un grand nombre de personnes vont dire que l'élection est truquée".
"Et non, elle ne l'est pas."
J.Bergmann--BTB