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Programmation militaire: le Sénat se déchire sur le montant de l'effort budgétaire pour les armées
Le Sénat s'est déchiré mardi soir sur le montant de la rallonge budgétaire allouée aux armées face aux menaces du monde, la droite essuyant un rare échec dans l'hémicycle sur l'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) alors qu'elle exigeait du gouvernement un effort supplémentaire.
Dans le contexte de guerre en Ukraine et au Moyen-Orient, le projet de loi fixe les grandes orientations et les moyens des armées françaises, en portant à 436 milliards d'euros les dépenses militaires prévues d'ici la fin de la décennie, soit 36 milliards supplémentaires par rapport à la dernière loi de programmation (2023).
Adopté très largement par les députés ces derniers jours dans un rare consensus, le texte semblait promis à un examen tranquille à la chambre haute, dominée par une alliance entre la droite et les centristes, avant un vote solennel prévu mardi 9 juin.
Mais les débats ont tourné au vinaigre au milieu de la nuit.
Les sénateurs Les Républicains, qui demandaient un effort supérieur à celui proposé par le gouvernement et avaient voté en commission une rallonge de 14 milliards d'euros, soit 50 milliards au lieu de 36 d'ici 2030, ont finalement vu leur proposition rejetée à cinq voix près, à l'initiative de la ministre des Armées Catherine Vautrin et du groupe socialiste.
Mais ce vote inattendu, dû notamment à la division des troupes centristes, a été réduit à néant dans la foulée, la droite parvenant à obtenir, en réaction, le rejet pur et simple de l'article-phare du projet, qui actait la trajectoire budgétaire jusqu'en 2030, avec l'enveloppe de 36 milliards d'euros...
"Nous avons assisté toute la journée à un déploiement d'efforts d'une ministre des Armées qui s'est battue pour faire baisser son budget de 14 milliards d'euros. C'est incompréhensible", a regretté auprès de l'AFP le président LR de la commission de la Défense du Sénat, Cédric Perrin, évoquant des "menaces et pressions venues de Matignon" pour convaincre certains sénateurs de suivre la position gouvernementale.
"Le Sénat ne serait plus lui-même s'il acceptait le texte initial dont nous savons tous qu'il n'est pas cohérent avec l'analyse stratégique et politique sur laquelle il est construit", a-t-il expliqué.
- "Devoir de vérité" -
La trajectoire budgétaire - non-contraignante en elle-même - pourra certes être rétablie par la suite dans le cheminement législatif du texte, mais c'est un contretemps non-négligeable pour le Premier ministre Sébastien Lecornu et le président Emmanuel Macron, qui espèrent obtenir un vote définitif au Parlement avant la date symbolique du 14 juillet.
Le Parti socialiste, qui soutient l'enveloppe de 36 milliards, a fustigé l'attitude de la droite. "La gauche a fait le choix de la lucidité avec 436 milliards pour nos armées, la droite a fait le choix de voter zéro milliard", a constaté le sénateur Rachid Temal, regrettant auprès de l'AFP le rejet de cet article phare, qui proposait dans sa version gouvernementale "un effort conséquent" mais "sincère" selon lui.
Durant de longues heures, Catherine Vautrin avait essayé de convaincre le Sénat, s'opposant frontalement à son ancienne famille politique des Républicains.
"Trente-six milliards, c'est déjà beaucoup d'argent. Honnêtement, 50 milliards entre maintenant et 2030, c'est un objectif qui nous paraît extrêmement difficile à financer", a-t-elle lancé, appelant les parlementaires à un "devoir de vérité".
Les débats ont même pris un tour très politique quand le candidat à la présidentielle, Bruno Retailleau, est venu lui-même dans l'hémicycle pour défendre l'effort prôné par ses troupes, assumant un "choix politique" pour "être crédible en Europe" face à "l'ensauvagement du monde" et le "désengagement américain".
L'ancien ministre de l'Intérieur a aussi salué l'adoption d'une enveloppe de 300 millions d'euros dans cette LPM pour équiper... la gendarmerie. Une mesure qui a outré la ministre, celle-ci accusant le Sénat de "mélanger la sécurité intérieure et la guerre".
Le gouvernement soutiendra tout de même quelques amendements déposés au Sénat, selon Mme Vautrin, favorable à ouvrir le recrutement des réservistes spécialistes aux ressortissants étrangers ou à autoriser les soignants militaires étrangers à exercer temporairement en France sans être inscrits à l'ordre des médecins ou des infirmiers.
Les débats se poursuivent mercredi sur le projet de loi.
M.Ouellet--BTB