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Nikol Pachinian, le Premier ministre arménien qui courtise l'Occident au grand dam de Moscou
Multipliant les vidéos sur les réseaux sociaux, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, dont le parti est favori des législatives de dimanche cultive une image de dirigeant proche des citoyens. Ancien journaliste passé par la prison et arrivé au pouvoir sur une promesse de réformes, il a engagé un rééquilibrage géopolitique délicat entre la Russie et l'Occident.
Âgé de 51 ans, il fait face dimanche à des élections législatives clés pour son parti, donné favori dans les sondages. Ce scrutin aura valeur de test pour les choix les plus clivants de celui qui avait été porté au pouvoir par des manifestations de rue en 2018 dans ce petit pays du Caucase.
"Pour moi, le changement le plus important qui s'est produit, c'est que le gouvernement et le peuple arméniens s'aiment", a-t-il plaidé lors de la campagne.
Huit ans après son arrivée au pouvoir, les opinions sont divisées.
Ses partisans voient toujours en lui l'homme qui avait défié l'élite post-soviétique au terme d'une marche de plusieurs centaines de kilomètres à travers le pays, dormant à la belle étoile et s'adressant aux Arméniens depuis des bancs, des toits ou des cours d'immeubles.
Ses détracteurs jugent qu'il détourne le pays de son allié historique, la Russie, lui reprochent la perte de l'enclave disputée du Karabakh au profit de l'Azerbaïdjan qui l'a repris par la force, et estiment qu'il affiche des tendances de plus en plus autoritaires.
- "Je vous aime" -
Lors de la campagne, il a silloné l'Arménie en autobus, saluant ses sympathisants par une formule devenue familière: "Bonjour, peuple bien-aimé. Alors, comment allez-vous ?"
Entre deux déplacements, il alimente sans relâche ses réseaux sociaux, goûtant des spécialités locales ou s'adressant à ses abonnés depuis son bureau. L'un de ses messages, un simple "Je vous aime tous", a récolté plus de 100 millions de vues sur Instagram.
Ce message contraste avec les critiques de plus en plus vives de ses adversaires, qui l'accusent d'abuser des tribunaux, de la police et de son autorité pour réprimer ses rivaux, y compris au sein de l'influente Église apostolique arménienne.
En 2020, pour défendre le Karabakh face à l'armée de l'Azerbaïdjan, il s'était mué en chef de guerre, appelant les Arméniens à "s'unir et briser l'échine de l'ennemi".
Le revers militaire n'en a été que plus douloureux: le Karabakh est définitivement repris par la force en 2023 par l'armée azerbaidjanaise, en dépit de la présence de forces d'interposition russes. Cela provoque l'exode de dizaines de milliers d'Arméniens et des manifestations d'ampleur de l'opposition.
Le Premier ministre se présente désormais comme le garant d'une paix nécessaire avec Bakou.
- Clandestinité et prison -
La défaite face à l'Azerbaïdjan entraîne M. Pachinian vers un autre choix qui divise en Arménie: l'éloignement de la Russie et le rapprochement avec les Occidentaux, allant jusqu'à une éventuelle adhésion à l'UE.
Le Premier ministre se défend de vouloir rompre avec la Russie, principal partenaire économique, et affirme ne procéder qu'à un simple rééquilibrage des relations. Mais Moscou a déjà pris acte, promettant des conséquences sévères à son allié.
Né en 1975 à Ijevan, dans le nord du pays qui faisait alors partie de l'URSS, Nikol Pachinian étudie le journalisme à l'université d'Etat d'Erevan, d'où il affirme avoir été exclu en raison de son engagement politique.
Il connaît aussi la clandestinité et la prison. Après l'élection présidentielle de 2008, marquée par des affrontements entre police et manifestants qui avaient fait dix morts, il avait passé un an dans la clandestinité avant de se rendre aux autorités en 2009. Emprisonné jusqu'en 2011, il est élu député l'année suivante.
Amateur de musique, il joue volontiers de la batterie au sein d'un groupe devant ses partisans, accompagnant même en mai le président français Emmanuel Macron pour interpréter "La Bohème", du Français d'origine arménienne Charles Aznavour.
J.Horn--BTB