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La branche néerlandaise des Amis de la Terre secouée par le passé pro-apartheid de son ancien chef
La branche néerlandaise des Amis de la Terre, organisation de défense du climat et de l'environnement qui a notamment poursuivi Shell en justice, est plongée dans la tourmente depuis que son patron a abandonné le navire pour Tata Steel, avant d'être licencié par le sidérurgiste en raison de son passé pro-apartheid.
L'organisation Milieudefensie et son directeur Donald Pols avaient fait les gros titres en 2021 grâce à une victoire en justice contre Shell, lorsque les juges avaient ordonné au géant pétrolier de réduire drastiquement ses émissions de carbone.
Né en Afrique du Sud, Donald Pols, 54 ans, est au coeur d'un scandale qui a abouti à la démission collective du conseil de surveillance de Milieudefensie.
L'affaire commence le mois dernier lorsque M. Pols annonce, à la surprise générale, qu'il quitte Milieudefensie après onze ans à sa tête, pour rejoindre Tata Steel au poste de directeur du développement durable et de la communication.
"Une étape logique", selon M. Pols, arguant qu'il pourrait ainsi rendre l'entreprise plus durable, de l'intérieur.
Mais des voix s'élèvent: comment un homme qui fut l'un des premiers à décider de cibler individuellement les entreprises polluantes peut-il finir par rejoindre une de ces entreprises ?
- Symbolique nazie -
"Nous sommes étonnés du départ de Donald Pols et très déçus par sa décision de rejoindre Tata Steel, l’un des plus grands pollueurs des Pays-Bas", a alors réagi le président du conseil de surveillance de Milieudefensie, Marty Smits.
M. Pols a pris ses nouvelles fonctions le 1er juin. Sa carrière chez Tata Steel n'aura toutefois duré qu'une journée: le 2 juin, l'industriel publie un communiqué annonçant son licenciement.
"Ces derniers jours, il est apparu clairement que des informations supplémentaires concernant son passé ont été révélées, des informations qui (...) n'avaient pas été communiquées à l'entreprise", déclare le groupe.
Le même jour, le quotidien néerlandais NRC révèle le passé de Donald Pols: à 19 ans, il dirigeait un groupe d'extrême droite appelé Afrikaner Studente Front (ASF), à l'université de Pretoria.
À l'époque, cette université était considérée comme l'un des hauts lieux de la lutte entre les Afrikaners blancs conservateurs et les opposants à l'apartheid, le système politique de ségrégation raciale institutionnalisée alors en place en Afrique du Sud.
Selon le quotidien NRC, l’ASF empruntait une symbolique nazie et perturbait les discours de dirigeants sud-africains noirs, dont Nelson Mandela. Avec pour objectif la création d'un Etat pour les Afrikaners blancs d'Afrique du Sud et la fin du mouvement anti-apartheid inspiré par M. Mandela (libéré de prison en 1990).
- "Comportement répréhensible" -
"C'est notre pays, et nous ne permettrons pas qu'il nous soit arraché de manière aussi dictatoriale", avait alors déclaré Donald Pols dans une interview à la presse locale en 1991, d'après NRC. "La seule façon d’éviter un bain de sang est d'octroyer aux Afrikaners leur propre patrie".
Un passé sulfureux mis au jour lorsque l'historienne Anne-Lot Hoek a contacté NRC après être tombée à plusieurs reprises sur des mentions de l'ancien chef de Milieudefensie pendant ses recherches pour un livre sur l'apartheid.
M. Pols a déclaré à NRC avoir honte de son "comportement répréhensible". "Il n'y a aucune justification et je ne veux pas me justifier. J'en suis responsable. Mais je ne suis plus du tout la personne que j’étais à l’époque", a-t-il ajouté.
Peu après la publication de l'article de NRC, Marty Smit, de Milieudefensie, a indiqué que M. Pols avait révélé son passé à l'association de défense de l'environnement "dès sa candidature en 2015". "Donald s'est clairement distancié de son passé sur tous les fronts et a exprimé ses regrets", a ajouté le président dans un communiqué.
Mais deux jours plus tard, la tempête médiatique est telle que Marty Smits démissionne, tout comme le reste du conseil de surveillance.
"Les distractions internes ne doivent pas faire obstacle" à l’objectif de l'organisation, à savoir la justice climatique, a indiqué le conseil, espérant que leur décision ramènera "la paix".
O.Bulka--BTB