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Abelardo de la Espriella, le millionnaire admirateur de Trump qui veut mater les groupes armés
Abelardo de la Espriella, un millionnaire de droite admirateur de Trump et tenant de la manière forte en matière de sécurité, dit être entré en politique pour éviter que la Colombie ne soit "détruite" par la gauche.
Cet homme d'affaires de 47 ans, qui aime se faire appeler "Le Tigre" et faire le salut militaire devant ses partisans, s'est fait connaître comme avocat en défendant d'anciens paramilitaires, des narcotrafiquants, des footballeurs et un homme à l'origine d'une vaste fraude pyramidale en Colombie.
Dénonçant la classe politique, il a mené campagne en "outsider" ayant renoncé à sa vie luxueuse dans la ville italienne de Florence pour sauver "la patrie", parvenant à évincer la droite traditionnelle.
Dimanche, il affrontera lors du second tour de la présidentielle le sénateur de gauche Ivan Cepeda, allié du président sortant Gustavo Petro.
Marié et père de quatre enfants, M. de la Espriella propose des mesures sécuritaires rappelant la lutte antigangs du président salvadorien Nayib Bukele, dont il arbore la même barbe soigneusement entretenue, et une réduction drastique des dépenses de l'Etat dans le style de l'Argentin Javier Milei.
Pour sa première course à la présidence, il assure avoir "les couilles" pour gouverner d'une "main de fer" le pays, premier producteur mondial de cocaïne miné par un conflit armé interne depuis plus de six décennies.
- Costumes et opéra -
Chanteur d'opéra amateur, il porte généralement des costumes impeccables sans cravate et des mocassins.
Durant de spectaculaires meetings de campagne, où il apparaît sur scène derrière une vitre pare-balles, l'homme d'affaires n'hésite pas à revêtir le maillot jaune de l'équipe de football, une utilisation politique d'un symbole national dénoncée par la gauche.
Après le premier tour, il a reçu le soutien du président américain Donald Trump mais aussi de la droite traditionnelle en Colombie menée par l'influent ex-président Alvaro Uribe (2002-2010).
Dans un pays très catholique, il dit s'être rapproché de Dieu après s'être un temps identifié comme athée.
De nationalités américaine et colombienne, il est la cible de nombreuses questions sur l'origine de sa fortune soudaine.
- "Du pain et de l'eau"-
Alors que la vague de violence liée aux groupes armés impliqués dans le trafic de drogue, inédite depuis dix ans, domine la campagne présidentielle, Abelardo de la Espriella promet une guerre totale contre guérillas et narcotrafiquants.
L'avocat, qui puise largement ses références auprès de MM. Bukele et Trump, a fait campagne en s'appuyant sur le désenchantement vis-à-vis de la stratégie de "paix totale" du président sortant Gustavo Petro, premier dirigeant de gauche du pays ayant tenté sans succès de négocier avec une myriade de groupes armés.
Représentant de la droite dure, il assure vouloir faire construire 10 méga-prisons dans lesquelles les détenus seraient enfermés "dix étages sous terre" et nourris "de pain et d'eau".
Son sexisme et ses propos homophobes ont été vivement critiqués pendant la campagne. Mais cela n'a pas entamé sa popularité.
Sur le plan économique, il adopte une posture très libérale et veut réduire de 40% l'appareil d'Etat. Il compare la gestion de la Colombie à celle d'une entreprise et affirme qu'elle devrait être "confiée à des personnes qui, au cours de leur vie, ont créé de la richesse".
Avant de se présenter à la présidence, le candidat se vantait sur les réseaux sociaux de voyager en jets privés et faisait la promotion de ses diverses affaires, parmi lesquelles sa marque de rhum et une ligne de vêtements baptisée "De la Espriella Style".
L'homme d'affaires a grandi dans le nord de la Colombie, y menant selon lui une existence à la "Tom Sawyer", entre pêche et jeux à la campagne.
Sa désinvolture lui a parfois joué des tours. Il a ainsi dû présenter des excuses après avoir estimé qu'il fallait "éventrer" la gauche. Et dans une interview, il a raconté comment, jeune homme, il s'amusait à attacher de la poudre à canon à des chats pour les faire voler dans les airs, avant d'affirmer qu'il s'agissait d'une plaisanterie.
J.Bergmann--BTB