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Fed: Warsh entre en scène, pas de dégel des taux d'intérêt en vue
Le monde économique attend mercredi la première conférence de presse de Kevin Warsh, le nouveau patron de la banque centrale des Etats-Unis que Donald Trump veut voir baisser les taux d'intérêt malgré le dérapage de l'inflation.
M. Warsh prendra la parole à partir de 18H30 GMT, une demi-heure après l'envoi d'un communiqué concluant deux jours de réunion de politique monétaire à huis clos.
La Réserve fédérale (Fed) devrait annoncer un statu quo, le quatrième de suite. Ses taux directeurs sont compris entre 3,50% et 3,75% depuis décembre.
Les banquiers centraux américains actualiseront également leurs prévisions concernant la première économie mondiale, qui semble robuste mais voit les prix monter en flèche sous l'impact du choc énergétique déclenché par la guerre au Moyen-Orient.
Une fois digérés ces éléments, qu'ils ont largement anticipés, les investisseurs porteront leur attention sur Kevin Warsh lui-même.
Ce quinquagénaire, qui été l'un des gouverneur de la Fed pendant la crise financière de 2008, arrive à la présidence de la banque centrale avec un bagage atypique et une crédibilité à défendre.
Pour être désigné, il a dû convaincre le président Donald Trump qu'il était l'homme de la situation.
Or, le chef de l'Etat semble faire peu de cas de l'indépendance de l'institution.
Partisan des taux bas pour stimuler l'activité, il a notamment tenté d'évincer Jerome Powell qui a dirigé la Fed pendant huit ans et s'est attiré le respect des marchés et de ses pairs en résistant aux pressions présidentielles.
- "Plus politique" -
Kevin Warsh, lui, ne loue guère le bilan de son prédécesseur. Il trouve que la Fed communique trop et qu'elle occupe une place disproportionnée dans l'économie via le volume d'actifs qu'elle détient.
En terme de politique monétaire stricto sensu, les investisseurs ne savent pas dans quel camp le placer.
Ils essaient "de comprendre s'il est un faucon ou une colombe, ou pire, un faucon déguisé en colombe", résume à l'AFP Steve Sosnick, analyste pour Interactive Brokers.
Cet observateur utilise le jargon des banques centrales: les "faucons" sont focalisés sur la lutte contre l'inflation et plus enclins à relever les taux, et les "colombes" davantage promptes à soutenir la croissance via des taux bas.
Kevin Warsh a longtemps été considéré comme un "faucon", avant de se montrer plus souple pendant sa campagne pour le poste à la Fed.
- "Trop tôt" pour souffler -
"Cela me fait penser qu'il est une figure plus politique par rapport à ceux qui ont présidé la Fed avant lui, (...) que ses vues pourraient changer en fonction de l'environnement politique", remarque Pao-Lin Tien, qui enseigne l'économie à l'université George Washington, dans la capitale américaine.
Le mandat de M. Warsh à la tête de la Fed court jusqu'en mai 2030. Donald Trump aura entretemps dû céder sa place à la Maison Blanche.
Pao-Lin Tien s'étonne que le président américain fasse "le contraire de ce dont il a besoin pour s'assurer que les taux d'intérêt baissent".
Le milliardaire républicain met la pression sur la banque centrale au risque qu'elle se rebiffe (douze personnes en tout votent sur les taux américains). Il a aussi démarré la guerre contre l'Iran qui a propulsé l'inflation au plus haut depuis trois ans.
Dans ces conditions, même s'il le voulait, Kevin Warsh serait bien en peine de convaincre ses collègues qu'il est temps d'assouplir la politique monétaire.
La donne pourrait changer si la détente entre Washington et Téhéran se confirme.
L'espoir d'un déblocage prochain du détroit d'Ormuz fait déjà refluer les cours du pétrole. "Mais il est probablement trop tôt pour dire" si cela peut améliorer la trajectoire de l'inflation aux Etats-Unis, reprend Pao-Lin Tien.
"Tant que le détroit (d'Ormuz) n'est pas officiellement rouvert," poursuit l'économiste auprès de l'AFP, "je n'oserai pas dire que le pire est derrière nous."
F.Pavlenko--BTB