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Otan: Hegseth annonce un réexamen de la présence militaire américaine en Europe
Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a nettement accentué jeudi la pression sur les Européens, et le Canada, alliés des Etats-Unis au sein de l'Otan, annonçant un réexamen d'ici six mois de la présence militaire des États-Unis en Europe.
D'abord conciliant en arrivant au siège de l'Otan à Bruxelles, le secrétaire américain à la Guerre, comme il s'est rebaptisé lui-même, a vite changé de ton, critiquant vertement certains alliés européens.
"Trop de pays alliés ne reconnaissent toujours pas la nécessité historique que le président Trump leur a clairement exposée (...) : refaçonner une alliance militaire pertinente et puissante", a-t-il déclaré devant les 32 ministres de la Défense de l'Alliance.
En conséquence, "j'annonce aujourd'hui un réexamen de six mois (...) qui étudiera la présence des forces américaines et leur implantation en Europe", a-t-il affirmé.
"Ce sera un véritable réexamen. Il sera conçu pour garantir que l'Otan progresse rapidement et irréversiblement vers une Europe aux commandes, qui assume la responsabilité principale de la défense du continent", a-t-il averti, après une volée de critiques à l'égard des pays européens ayant refusé leur aide aux États-Unis pendant la guerre contre l'Iran.
L'exigence par les Etats-Unis d'un meilleur partage du fardeau entre Européens et Américains dans la défense du continent n'est pas nouvelle. Mais elle a pris un tour plus dramatique depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche l'an dernier.
Pete Hegseth a aussi qualifié de "honteux" le comportement de ceux ayant renaclé ou refusé aux forces américaines l'accès des bases de l'Otan sur leur territoire.
- "Nos fils et nos filles" -
"Ces alliés ont mis en danger les fils et les filles de l’Amérique, nos fils et nos filles, en leur refusant un accès prévisible aux bases et aux couloirs aériens qui n’auraient jamais dû être remis en question", a-t-i lancé.
Et de préciser que ce réexamen de la présence américaine en Europe devrait aussi permettre à terme que les États-Unis aient la garantie de pouvoir utiliser les bases de l'Alliance sur le continent européen lorsqu'ils le jugeront utile.
Pete Hegseth a également menacé l'Alliance de réduire la contribution américaine à son budget si certains pays se refusaient à tenir les engagements pris l'an dernier au sommet de l'Otan à La Haye.
"Notre contribution annuelle à l'Alliance sera conditionnée au respect, par les autres pays, de leurs objectifs de dépenses de défense. Là où d'autres alliés ne dépensent pas avec l'urgence nécessaire, nos contributions diminueront", a-t-il averti.
L'an dernier, à La Haye, les alliés se sont engagés à consacrer d'ici 2035 au moins 5% de leur Produit intérieur brut (PIB) à leurs dépenses de sécurité, dont 3,5% pour leurs dépenses strictement militaires.
"De nombreux pays tiennent les engagements", a-t-il reconnu, mais "certains doivent encore faire plus, et nous serons francs à ce sujet, aussi bien en privé qu'en public".
Le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte a pourtant tenté de déminer le sujet jeudi matin en soulignant les "énormes quantités d'argent" désormais dépensés par les Alliés.
Les pays européens de l'Otan et le Canada ont dépensé l'an dernier 90 milliards de dollars de plus que l'année précédente, soit une hausse de près de 20%, s'est-il félicité.
L'an dernier, les 32 pays de l'Otan avaient tous atteint l'objectif précédent, soit 2% de dépenses militaires par rapport au PIB, décidé en 2014.
Mais selon des responsables de l'Alliance atlantique, trois pays européens, dont la République tchèque et la Slovénie, sont retombés cette année en-deça des 2%, tandis que nombre d'entre eux, comme la France, dépassent à peine ce pourcentage.
Les Etats-Unis ont déjà commencé à ajuster leur présence en Europe, avec des réductions de troupes en Allemagne.
Washington a également indiqué début juin sa volonté de réduire sa contribution au "modèle de forces" de l'Alliance, qui permet à l'Alliance de savoir sur quels moyens militaires elle peut compter de la part de ses 32 pays membres en cas de nécessité.
La réduction de la contribution américaine à ce "modèle de forces" a suscité un regain d'inquiétude, même si les Européens assurent pouvoir y faire face.
"Ce que l’on voit, c’est que les Européens compensent désormais ce recul", a assuré jeudi M. Rutte.
G.Schulte--BTB