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A Tyr, des Libanais cherchent le "parfum" de leurs maisons détruites par la guerre
Bassam Khalil est sollicité sans cesse depuis une semaine pour dégager des débris à Tyr, ville côtière dans le sud du Liban, où les habitants tentent de se relever après la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien.
"Les gens ont commencé à me contacter depuis le cessez-le-feu, pour dégager les débris devant leur maison", raconte l'homme de 45 ans, dont les bulldozers et pelleteuses sont très demandés.
Ils "accourent, impatients de fouiller les décombres à la recherche de leurs affaires", raconte-t-il à l'AFP, s'activant à prélever avec sa pelleteuse des gravats bloquant l'entrée d'un dépôt.
Mais la plupart du temps "ils se rendent compte qu'il n'y a rien à trouver", ajoute-t-il.
Des décombres jonchent plusieurs quartiers de la ville, en particulier Abou Dib et Al-Ghadir, situés en bord de mer et visés par des raids israéliens.
De nombreuses frappes se sont abattues sur Tyr, l’une des plus grandes villes méridionales. Le Liban et particulièrement le sud du pays a été entraîné dans la guerre le 2 mars par le Hezbollah, après des tirs vers Israël en soutien à l'Iran.
A ce stade, la municipalité a recensé 60 morts, 26 immeubles détruits et près de 1.000 habitations endommagées.
Début juin, l'armée israélienne a émis un ordre d'évacuation incluant pour la première fois toute la ville même le quartier chrétien, avant des frappes contre le Hezbollah. Il n'y avait plus de refuge et des dizaines de milliers d'habitants ont fui vers le nord.
Selon les autorités locales, plus des deux tiers d'entre eux sont rentrés après l’accord conclu la semaine dernière entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre régionale qui a permis une relative accalmie.
-"Comme le phénix"-
Hussein Hassan, 40 ans, est revenu cette semaine pour rouvrir son salon de coiffure bien que la façade en verre ait été soufflée et un mur fissuré.
Les habitants de Tyr "aiment la vie et le travail. Nous secouons la poussière et nous relevons comme le phénix", dit-il fièrement, en accueillant des clients dans une boutique désormais à l'air libre, sans vitrine.
"Même après des dizaines de guerres, nous serions capables de nous relever (...) et retourner au travail", assure-t-il.
La ville reprend vie, mais Hassan comme d'autres confient à l’AFP leur crainte que ce calme ne soit que provisoire.
"Par expérience, nous ne faisons pas confiance" à Israël mais "nous ne pouvons pas simplement rester assis à attendre la mort", ajoute le coiffeur.
Malgré l'incertitude, et tandis que des troupes israéliennes se trouvent toujours dans une partie du sud au Liban, y compris près de Tyr, certains commencent à réparer leurs maisons ou leurs commerces.
La façade et un mur de cette supérette ont été détruits. Ali Samhat, 26 ans, supervise le déblaiement: "nous savons tous qu’Israël aime la destruction, mais la vie continue. Ce n'est pas une frappe ou une roquette qui nous en dissuaderont".
-"L'odeur de ma maison"-
Dans une rue avoisinante, une autre frappe israélienne a réduit en ruines un immeuble de plusieurs étages le mois dernier.
Abbas Achour y avait sa maison. Vivant et travaillant en Grande-Bretagne depuis plus de 20 ans avec sa famille, il retient ses larmes en cherchant désespérément dans les décombres.
"J'essaie de prélever n'importe quel objet (...) J’ai des choses précieuses ici (...) jusqu’au parfum de ma maison et de mes enfants", confie cet homme de 59 ans, enfilant des gants de protection.
Majd Jaffal, 19 ans, est lui si heureux de retrouver la Méditerranée.
"Depuis notre retour, je viens ici tous les jours (...) la mer nous a manqué, c'est le coeur battant de Tyr", lance cet étudiant en informatique, se prélassant avec sa famille dans un restaurant en bord de mer.
Malgré les destructions, la ville se prépare pour une nouvelle saison estivale sur sa célèbre plage, selon son maire adjoint Alwan Charafeddine.
"Quand nous nous couchons le soir sans entendre de frappes (...) nous savons que la situation est plus calme (...) j'espère que ça restera sous contrôle", dit Majd Jaffal, déjà trois fois déplacé.
N.Fournier--BTB